NOUVELLES
17/01/2020 12:09 EST | Actualisé 17/01/2020 12:24 EST

Hydrocarbures: un professeur de McGill démissionne par conviction

L'Université affirme prendre d'autres mesures pour réduire son empreinte carbone.

Gregory Mikkelson/Supplied
Le professeur Gregory Mikkelson, dont la recherche porte sur la philosophie environnementale, quitte l'Université McGill parce que celle-ci refuse de désinvestir de l'industrie des hydrocarbures.

Un professeur agrégé de McGill a remis sa démission après que l’Université eut refusé de cesser d’investir dans les hydrocarbures.

Gregory Mikkelson affirme qu’il ne peut plus supporter de travailler pour l’institution montréalaise parce que ses décisions financières entrent directement en conflit avec la recherche en éthique environnementale qu’il y conduit.

«J’enseigne que pour renverser la dévastation écologique et rétablir un équilibre, des changements sociaux et environnementaux sont impératifs», a affirmé M. Mikkelson au HuffPost Canada.

«Je vais procéder à une transition importante dans ma vie. La société canadienne devra aussi procéder à une transition importante pour atteindre nos objectifs climatiques et environnementaux en général», a-t-il ajouté.

Le Conseil des gouverneurs de McGill a voté en décembre contre une motion qui aurait forcé l’Université à retirer son fonds de dotation de 1,7 milliard de dollars de tout investissement dans l’industrie des hydrocarbures. Quelque 8,7% de cette somme sont présentement investis dans le secteur de l’énergie, selon un rapport du Conseil

«L’idée du désinvestissement est de faire en sorte que la vaste majorité des hydrocarbures restent enfouis. Si on ne le fait pas, c’est “game over” pour la planète», soutient le professeur.

La recommandation de désinvestir était venue du Sénat de l’Université et bénéficiait du soutien d’une majorité écrasante des étudiants et du personnel, selon M. Mikkelson. Le groupe étudiant Divest McGill a fait deux demandes similaires au cours des sept dernières années, mais celles-ci ont également été refusées par le Conseil des gouverneurs.

«Il y a un lien important entre la démocratie véritable et la durabilité environnementale», croit M. Mikkelson.

La porte-parole de McGill Cynthia Lee a refusé de commenter la démission de Gregory Mikkelson, mais l’Université affirme avoir pris d’autres mesures pour réduire l’empreinte carbone de son portefeuille d’investissements, incluant la réduction de sa participation dans certaines compagnies qui exploitent les hydrocarbures. Le Conseil a également accepté une motion pour augmenter la part de ses investissements dans les technologies vertes et l’énergie renouvelable.

«Une approche d’investissement plus consciente des émissions carbone complémente les objectifs ambitieux de McGill en matière de changements climatiques et de durabilité», a affirmé Mme Lee dans une déclaration écrite. L’un des objectifs de l’Université est de devenir carboneutre d’ici 2040.

La diplômée de McGill Bronwen Tucker, aujourd’hui analyste de recherche pour le groupe militant Oil Change International, qualifie la stratégie de l’Université de «mesurettes», alors que le but du désinvestissement est de marquer un grand coup.

«C’est vraiment répréhensible, compte tenu du contexte dans lequel nous vivons, et horrifiant de voir la lenteur avec laquelle les universités ont agi», a-t-elle affirmé au HuffPost.

Dans les années 1970 et 80, les universités américaines avaient cessé d’investir dans des compagnies qui brassaient des affaires en Afrique du Sud, pour protester contre l’apartheid. Bien que le mouvement n’ait pas paralysé l’économie du pays, il avait contribué à faire pression pour que le pays mette fin au régime.

Les institutions comme McGill n’investissent pas suffisamment pour avoir un impact réel sur l’industrie des hydrocarbures, affirme la professeure Jessica Green de l’Université de Toronto, qui fait des recherches sur la gouvernance climatique. Mais ensemble, elles pourraient contribuer à changer la façon dont le Canada approche la question.

 «Le désinvestissement met l’accent sur notre complicité collective dans les changements climatiques», juge-t-elle. «Ça enlève le droit aux compagnies pétrolières d’opérer en tout impunité et ça crée un mouvement qui attire les jeunes.»

Le mouvement pour le désinvestissement a connu des succès limités au Canada, malgré le leadership du Québec.

L’Université Laval était la première institution post-secondaire canadienne à retirer son argent de l’industrie des hydrocarbures, en 2017.

L’Université du Québec à Montréal a cessé tout investissement dans le charbon, le gaz naturel et le pétrole l’an dernier, suivie de l’Université Concordia.

L’Université de la Colombie-Britannique a annoncé en novembre qu’elle désinvestirait 380 millions de dollars de l’industrie des hydrocarbures, alors que les étudiants et professeurs réclamaient que l’institution investisse l’entièreté de son portefeuille de deux milliards de dollars dans des investissements durables. De nombreuses autres universités canadiennes continuent toutefois d’esquiver la question.

Gregory Mikkelson, dont la dernière journée de travail à McGill est prévue pour le 1er février, affirme que sa démission a attiré beaucoup plus d’attention médiatique à travers le pays que toutes les interventions qu’il a faites en faveur du désinvestissement au cours des sept dernières années.

Son téléphone «ne dérougit pas».

 Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

À VOIR: La décennie qui vient de se terminer à été la plus chaude jamais enregistrée