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17/11/2020 20:09 EST

Désinformation: plus de 300 000 messages étiquetés sur Twitter pendant l'élection

Jack Dorsey de Twitter et Mark Zuckerberg de Facebook ont défendu mardi les mesures mises en place pour assurer que leurs plateformes ne seraient pas utilisées pour propager des faussetés pendant l'élection américaine.

Bill Clark/Pool via ASSOCIATED PRESS
Le pdg de Twitter, Jack Dorsey, témoigne à distance lors d'une audience du Comité judiciaire du Sénat sur Facebook et sur les actions de Twitter autour de l'élection présidentielle américaine, le mardi 17 novembre 2020, à Washington.

WASHINGTON — Au moment où les patrons de Facebook et Twitter affirmaient être intervenus avec force pour combattre la désinformation électorale, les législateurs républicains les martelaient pour leur manque allégué d’impartialité politique, pour leurs pratiques d’affaires et pour leur domination du marché — mettant apparemment la table pour un recul des protections juridiques dont ils jouissent depuis longtemps.

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Jack Dorsey de Twitter et Mark Zuckerberg de Facebook ont défendu mardi, devant le comité judiciaire sénatorial, les mesures mises en place pour assurer que leurs plateformes ne seraient pas utilisées pour propager des faussetés ou inciter à la violence lors de la course entre Donald Trump et Joe Biden.

En réponse aux inquiétudes des démocrates membres du comité, ils se sont engagés à poursuivre sur la même voie lors des deux élections spéciales qui, en janvier, pourraient déterminer quel parti contrôlera le Sénat.

Les sénateurs républicains — dont le président du comité, le sénateur Lindsey Graham — ont ressuscité leurs plaintes de censure et de biais anti-conservateur contre les géants. Ils ont en revanche hésité à aborder la désinformation électorale, un sujet délicat pour des républicains qui sont nombreux à refuser de désavouer les allégations non fondées de fraude électorale du président Donald Trump, au moment où la désinformation concernant la victoire de M. Biden prolifère en ligne.

Les mesures adoptées par Twitter et Facebook pour endiguer la propagation de la désinformation ont irrité M. Trump et ses partisans.

Je pense que républicains et démocrates s’inquiètent du pouvoir qu’ont les réseaux sociaux de nous dicter ce qu’on peut voir et ce qu’on ne peut pas voir, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.Lindsey Graham, sénateur et président du comité sénatorial républicain

Les deux partis sont intéressés à abolir certaines des protections qui mettent les entreprises technologiques à l’abri des répercussions juridiques pour ce que les internautes diffusent sur leurs plateformes. M. Biden appuie fortement cette initiative.

«Je pense que républicains et démocrates s’inquiètent du pouvoir qu’ont les réseaux sociaux de nous dicter ce qu’on peut voir et ce qu’on ne peut pas voir, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas», a dit M. Graham.

Les deux partis font aussi front commun concernant la position de force des géants sur le marché, favorisant une application plus musclée des lois antitrust et, dans certains cas, le démantèlement de mastodontes comme Google et Facebook.

«Vos entreprises sont les plus puissantes du monde», a dit Josh Hawley, un sénateur républicain du Missouri, à MM. Dorsey et Zuckerberg.

«Il est temps que nous agissions contre ces requins de la finance», a-t-il ajouté.

M. Hawley en a rajouté sur Twitter: «Sous serment, Zuckerberg admet que Facebook a des ‘outils’ pour suivre ses utilisateurs sur internet, d’une plateforme à l’autre, d’un compte à l’autre, tout ça sans que l’utilisateur le sache. Je demande combien de fois cet outil a été utilisé au pays contre des Américains. Zuck refuse de répondre.»

Répondant aux allégations de M. Hawley voulant que Facebook coordonne ses politiques de modération de contenu avec des rivaux comme Google, M. Zuckerberg a dit, «Nous nous coordonnons et nous partageons sur les sujets de sécurité» comme le terrorisme ou l’influence des gouvernements étrangers — mais pas au sujet de la modération.

Malgré les craintes qui ont précédé le vote du 3 novembre, et même si les réseaux sociaux s’étaient préparés au pire, l’élection a été la plus sécuritaire de l’histoire des États-Unis, ont indiqué des responsables des deux partis — contredisant les allégations non fondées de fraude de M. Trump.

Twitter et Facebook ont ajouté des étiquettes de désinformation à certains contenus de M. Trump, surtout quand il évoquait une éventuelle fraude du vote par correspondance. Lundi, Twitter a ainsi étiqueté le gazouillis «J’ai gagné l’Élection!» du président, indiquant que des «sources officielles concluent à une issue différente de cette élection».

Twitter a fréquemment empêché ses utilisateurs de partager les messages de M. Trump, tandis que Facebook permet aux siens de propager les faussetés du président.

MM. Dorsey et Zuckerberg ont témoigné par visioconférence. M. Dorsey a indiqué que Twitter a étiqueté quelque 300 000 messages entre le 27 octobre et le 11 novembre concernant du contenu controversé et potentiellement trompeur, représentant 0,2 % de tous les micromessages ayant trait à l’élection américaine pendant cette période.

M. Zuckerberg a dit que Facebook s’est joint à des responsables électoraux pour retirer de fausses affirmations concernant le déroulement du vote et qu’il a apposé des avertissements à environ 150 millions éléments de contenu qui avaient été révisés par des vérificateurs indépendants.

Facebook a aussi interdit la désinformation concernant où et quand il était possible de voter, en plus de tentatives d’utiliser la menace du coronavirus pour intimider les électeurs.

M. Zuckerberg a reconnu que «la menace de l’interférence électorale persiste». 

Facebook est aussi intervenu deux jours après le vote pour interdire un groupe important baptisé «Stop the Steal» que des partisans de M. Trump utilisaient pour organiser des manifestations contre le dépouillement. Le groupe de 350 000 membres faisait écho aux allégations non fondées de fraude électorale du président.

Des groupes similaires ont toutefois continué à proliférer, dont un qui comptait près de 12 000 membres la semaine dernière. Facebook semblait les avoir rendus plus difficiles, mais pas impossibles, à trouver lundi.

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