Comment réagir quand un ami est accusé d’inconduite sexuelle?

La vague de dénonciations a peut-être écorché un proche. Vous pouvez couper les ponts ou l'aider à évoluer. À vous de choisir.

Avec la liste d’agresseurs allégués qui s’allonge tous les jours sur les réseaux sociaux, il y a de fortes chances que l’un d’entre eux vous soit familier. Un ami, un parent, un collègue, un ex-partenaire… Des sexologues et psychothérapeutes nous expliquent comment gérer cette situation pour le moins troublante.

La victime d’abord

Quelle que soit la nature de votre relation ou des actes qui sont reprochés à votre proche, la personne envers laquelle vous devriez avoir le plus d’empathie est toujours la présumée victime, selon les experts avec qui HuffPost Québec a discuté.

«Longtemps, les victimes sont restées dans le silence parce qu’elles avaient peur de ne pas être crues. Elles parlent enfin et ça prend du courage. Montrez-leur que vous les croyez, que vous les entendez. Quand tu invalides une victime, c’est comme si tu invalidais le viol. Ne soyez pas sur la défensive et n’allez pas tout de suite tenter de “sauver“ la réputation votre ami [potentiellement, NDLR] agresseur», avertit Véronique Jodoin, sexologue et psychothérapeute.

«C’est ben plate, mais le mouvement sert à faire peur, à faire réfléchir les agresseurs qui n’ont jamais eu de conséquences.»

- Véronique Jodoin, sexologue psychothérapeute

C’est normal d’être abasourdi, déboussolé, déçu, voire choqué envers un proche dénoncé. Un temps de recul est nécessaire. Mettez-vous dans la peau de la présumée victime, et tentez de mettre de côté votre favoritisme envers votre ami. Puis évaluez ce qui en ressort. «Chacun a le droit de réagir à sa manière envers l’agresseur [allégué, NDLR], que ce soit drastique ou non», rappelle Mme Jodoin.

«Il ne m’a jamais fait ça, donc ça ne se peut pas»

Quand on aime quelqu’un s’installe involontairement (ou injustement) un biais envers lui. Célébrités, tatoueurs et autres musiciens dénoncés ont d’ailleurs joui d’un contre-mouvement, jugé toxique par les spécialistes interviewées par le HuffPost Québec, composé d’amis et de fans qui les défendaient.

«Ce n’est pas parce que tu n’as rien fait à une personne que tout le monde est épargné. [Le tueur en série] Ted Bundy a, par exemple, tué des dizaines de femmes, mais n’a jamais fait de mal à sa femme et ses enfants», illustre Véronique Jodoin.

Et évidemment les agresseurs n’ont pas tous l’apparence et le comportement des vilains dans les bandes dessinées. Ils peuvent avoir «l’air» doux comme un agneau, mais sont plus harcelants dans certains contextes ou peuvent avoir commis une ou des fautes à un moment ou à un autre.

Un peu de compassion

Durant la vague de dénonciations, certains couperont les ponts complètement avec les agresseurs allégués, d’autres décideront de les accompagner afin de changer un possible comportement inadéquat. Le plus important, selon la sexologue psychothérapeute Caroline Messier-Bellemare, est de ne pas tomber trop vite dans le blâme, la critique et les attaques.

«Le blâme est rarement la meilleure solution, car il tend à enliser les victimes dans un état émotionnel déchirant, incluant la rage, de l’impuissance et une tristesse inouïe. Mais il induit aussi un sentiment de honte chez les agresseurs, qui vont souvent avoir tendance à devenir défensifs et nier, ce qu’on veut éviter à tout prix».

Sinon, ne vous sentez pas coupable si vous démontrez un brin de bienveillance ou de pitié à l’égard d’un proche pointé du doigt. «Le but du mouvement, c’est de conscientiser, de faire réfléchir. Vous avez tout à fait le droit de dire à un ami accusé que vous n’approuvez pas son comportement, mais que vous l’aimez quand même. Rappelez-lui que c’est un bon moment pour réfléchir. Aidez-le à cheminer […] Sans jamais oublier la victime», explique Véronique Jodoin.

Vous pouvez également profiter de cette ouverture à la discussion pour lui rappeler certains comportements inappropriés dans le passé, comme telle fois au bar… Ou lui demander plus de spécifications sur son intimité ou sur sa manière d’aborder ses partenaires. «La communication est le seul outil dont on dispose pour faire évoluer les mentalités. Pour comprendre et faire comprendre», rappelle la sociologue et féministe Chiara Piazzesi, spécialiste des relations de couple.

Le pardon, c’est possible?

Le processus ne sera pas facile, mais, oui, le pardon est envisageable dans certaines situations. Par exemple, si une personne entame une thérapie, reconnaît ses torts, présente ses excuses, se mobilise pour s’améliorer, vous pourriez être davantage prédisposé à lui accorder votre pardon.

«Pardonner, ça ne veut pas dire excuser, précise la sexologue Véronique Jodoin. Tu peux reconnaître que ce que l’autre a fait n’était vraiment pas correct, mais tu peux te libérer d’émotions négatives entretenues envers lui. Ça peut soulager. Mais, encore une fois, c’est un processus personnel. On n’est vraiment pas obligé de pardonner.»

Vous avez besoin d’aide? Voici quelques ressources :