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07/06/2019 16:41 EDT

«Brisez le silence», dit aux femmes le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix

Denis Mukwege, qui est en visite à Montréal, souhaite que les communautés soutiennent mieux les femmes victimes de violence sexuelle.

Stéphanie Marin, La Presse canadienne
Le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la la paix

MONTRÉAL — «Brisez le silence», a dit le prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege, aux femmes victimes de violences sexuelles. Vous allez ainsi détruire l’arme absolue des bourreaux et les empêcher de sévir dans l’impunité, a soutenu l’homme, en visite à Montréal vendredi.

Le viol dans les guerres et les conflits armés est une «arme de destruction massive», dont les effets se font sentir sur plusieurs générations, a dénoncé le gynécologue-obstétricien, dans un entretien privé avec La Presse canadienne, à Montréal. Malheureusement, c’est une arme que le monde ne veut pas reconnaître et ne veut pas sanctionner, dit-il.

Surnommé «l’homme qui répare les femmes», il a cessé depuis longtemps de compter le nombre de femmes torturées et mutilées venues se faire soigner dans sa clinique en République démocratique du Congo (RDC).

Le fardeau du silence

Il encourage les femmes à parler de ce qu’elles ont subi. Pour que les agresseurs soient tenus responsables de leurs crimes. Mais aussi, pour qu’elles puissent se libérer de leurs souffrances.

«Ne pas briser le silence, ça veut dire qu’on leur fait porter le fardeau du silence. Lorsqu’on ne dit pas, ça ne veut pas dire qu’on ne souffre pas», a-t-il expliqué.

Ce qu’il voit sur le terrain, c’est que les femmes qui ont brisé le silence ont la capacité de commencer une nouvelle vie. Parler leur donne une force, rapporte-t-il, soulignant que des femmes partout dans le monde sont victimes de telles violences.

Mais il souhaite aussi que les communautés soutiennent ces femmes qui ont le courage de parler. Elles ne doivent pas être stigmatisées, insiste-t-il.

Malgré toutes ces années passées à soigner ces femmes «dont les corps ont été utilisés comme champs de bataille», l’horreur des guerres et des conflits armés n’est pas encore derrière nous, souligne le Dr Denis Mukwege.

ll a récemment soigné un bébé de six mois, violé par un adulte. Son témoignage de ce tout qu’il a vu donne froid dans le dos.

La violence continue, «mais le monde a décidé de fermer les yeux et les oreilles», déplore-t-il.

Le prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 2018 lui a accordé encore plus de visibilité, qu’il utilise pour porter cette cause partout où il peut.

Ce vendredi, il en a parlé à Montréal, où il a également signé une entente de partenariat entre l’Université de Montréal et la Fondation Panzi RDC, dont il est le président du conseil. Cette entente de collaboration — non chiffrée — officialisera la participation de cinq des facultés de l’université à des échanges et des projets de recherche et de formation dans plusieurs domaines.

L’université mettra à contribution son expertise en formation et en recherche au service de celle du Dr Mukwege en matière de soutien aux victimes de violences sexuelles, est-il précisé. 

L’institution d’enseignement montréalaise lui décerne d’ailleurs un doctorat honoris causa vendredi après-midi pour souligner tout ce qu’il a accompli au cours de sa carrière.

La violence continue au Congo

Après la destruction de l’hôpital de Lemera en 1996 lors de la première guerre du Congo, le Dr Mukwege a notamment fondé, avec l’aide d’un organisme caritatif suédois, l’hôpital Panzi à Bukavu en 1999. Il y travaille toujours comme gynécologue-obstétricien. L’hôpital assure la prise en charge médicale, psychologique et sociale des trop nombreuses femmes victimes de violences sexuelles. Outre son travail à l’hôpital, le Dr Mukwege a acquis une renommée internationale en plaidant la cause de ces victimes.

Celles-ci lui ont demandé quelque chose: «vos voix», a-t-il rapporté à La Presse canadienne.

«Donnez votre voix aux sans-voix. Vous qui êtes dans une démocratie, vous, dont la voix peut être écoutée par vos leaders, dites-leur que ce qui se passe en RDC est tout simplement humainement inacceptable. Demandez-leur de s’engager pour le processus de paix. Allez porter notre voix.

«La paix, c’est ce que ces femmes souhaitent», a-t-il dit.

Au Congo, on est en train de parler de six millions de morts, de quatre millions de personnes déplacées, de centaines de milliers de femmes violées, rappelle tristement le médecin des femmes.