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08/06/2019 08:19 EDT

J’ai déménagé dans un mini-chalet et je ne me suis jamais sentie aussi bien

Troquer la vie urbaine pour un mode de vie rudimentaire a sauvé ma santé mentale.

CLARINGTON, ONT. — Le marché de l’emploi en l’Ontario était au ralenti quand j’ai obtenu mon diplôme de l’université York en 2008. J’ai donc sauté sur la première occasion d’emploi qui s’est ouverte à moi. J’étais téléphoniste et j’effectuais des tâches administratives pour une compagnie de placements à Toronto. Ce n’était pas glorieux, mais ça payait mes factures. Au cours des huit années suivantes, en regroupant mon salaire de base, mes commissions ainsi que mes promotions, j’ai gagné un salaire convenable, mais j’étais malheureuse.  Je n’étais pas passionné par mon travail et ma santé mentale en a souffert.

LeoPatrizi/Getty Images

J’ai commencé à avoir des attaques de panique. Je suis tombée en arrêt de travail lorsque celles-ci sont devenues courantes et plus sévères. Mon salaire a cessé de m’être versé, mais mes assurances sont demeurées actives. Lorsque j’ai tenté de retourner travailler, j’ai fait face à des critiques et j’ai subi de la colère de mes collègues. «Ça doit être reposant de prendre des vacances supplémentaires en été», ont-ils critiqué. Les discussions matinales autour d’un café ont laissé place à des salutations pressées et des détournements de regards. Mon retour au travail a été un échec.

Au même moment, ma relation avec la ville urbaine est devenue une source grandissante de stress. Économiser de l’argent en arrêt de travail était difficile et je me sentais déconnectée de ma communauté. Déménageant d’un appartement étroit et coûteux à l’autre, je ne me suis jamais sentie chez moi à Toronto.

Ce n’était qu’une question de temps avant que nous quittions la ville.

À travers la thérapie, la sobriété ainsi que la patience de mes amis et de ma famille, mes attaques de panique ont tranquillement diminué. J’étais prête à refaire mon entrée sur le marché du travail, mais je ne voulais pas retourner travailler à la banque. J’avais besoin d’un travail qui me passionnerait et où je m’accomplirais à mes propres conditions.

Avec de la recherche, et un peu de chance, je suis devenue entraîneuse en ligne, ce qui m’a permis de mettre à profit mes compétences en athlétisme dans un nouvel emploi qui me permettait de travailler de la maison. Je ne travaillais que 20 heures par semaine, mais mon salaire avait considérablement diminué. En ajoutant à cela un partenaire incapable de travailler, nos finances sont devenues très serrées. Ce n’était qu’une question de temps avant que nous quittions la ville.

«Nous savions que nous étions à la maison»

Mon conjoint et moi sommes des personnes passionnées de plein air. Nous aimons camper, faire de la randonnée pédestre ainsi que faire du canot. Notre vie à la maison est tranquille, nous ne recevons pas d’invités, ne faisons pas la fête et nous préférons vivre éloignés, sans être vus et entendus.  Notre dernier appartement à Toronto comportait une seule chambre et il était situé sur une colline à proximité de la forêt, dans un quartier qui tombait silencieux dès 18h.  Habiter là-bas nous a donné un avant-goût de ce qu’on désirait ; une communauté située dans une petite ville.

Laura McLean

En décembre 2018, nous avions compris que nous avions besoin d’une pause de la vie urbaine (et de la playlist de notre voisin). J’ai déniché le Airbnb le plus rural et abordable possible, j’ai réservé une voiture de location avec mes points récompenses et, pour 59 $ la nuit, nous étions en chemin.

Sur la route, on rigolait à l’idée de déménager à l’intérieur du Airbnb. Mais plus on s’approchait de notre destination, plus la discussion devenait sérieuse. Dès que nous avons mis les pieds sur la propriété, nous avons su que nous étions arrivés à la maison.

Notre petit chalet de 200 pieds carrés est située en périphérie de Newcastle, en Ontario, à l’intérieur d’une petite communauté rurale prénommée Clarington. Il fonctionne grâce à un modeste système solaire comportant trois panneaux solaires de 100 watts chacun, accrochés à une paire de batteries AGM de 6 volts chacune. Le chauffage et la plaque de cuisson fonctionnent au propane, et il faut soit apporter l’eau potable de la ville ou récupérer l’eau de pluie. Une petite toilette se trouve à l’arrière du chalet. La douche et les électroménagers pour le lavage se trouvent dans le chalet.

Une seule visite nous a suffi pour évoquer la possibilité de louer à long terme la propriété. Dès la fin de février 2019, nous avions délaissé la ville de Toronto pour notre nouveau chez-nous comportant 9000 habitants.

Le bonheur, c’est de se réveiller entouré par la nature

Durant notre première nuit, je me suis réveillée à 4 h avec le besoin urgent d’utiliser la toilette. Il faisait froid, sombre et la réalité m’a frappée; la toilette n’était pas qu’au bout du corridor. J’ai dû m’habiller, prendre ma lampe frontale et marcher dans la neige avant d’atteindre la cabane extérieure. Le siège frigide de la toilette n’était qu’un avant-goût des défis qui nous attendaient.

Nos plus grands défis demeurent la consommation d’électricité et l’approvisionnement en eau. Il nous faut renforcer notre panneau solaire, mais nous sommes divisés entre investir maintenant ou attendre d’acheter notre propre cabane éloignée (si cela se produit). Travailler de la maison et utiliser deux ordinateurs portables n’est pas simple ; nous n’arrivons pas toujours à nous connecter. Nous avons donc recours à la bibliothèque lorsque les journées nuageuses se succèdent.

Laura McLean

Puisqu’il est impossible de faire apparaître de l’eau en claquant des doigts, nous travaillons à réduire notre consommation. La cuisine, la vaisselle, et notre hygiène personnelle consomment près de 15 à 20 litres d’eau pour nous deux et notre chien. Nous recyclons cette eau pour notre potager.

Nous pensions faire un bon coup en déménageant l’hiver, en se disant que nous aurions à affronter le pire dès le début. Nous avions tort. Le printemps apporte les moustiques, le chien et moi avons eu des tiques, et nous ne pouvions sortir de la cabane sans nous faire dévorer. À l’approche de l’été, nous réalisons qu’une glacière ne suffira pas à garder notre nourriture au frais, ce qui veut dire que nous pourrions avoir à investir dans un meilleur panneau solaire plus tôt que prévu, ou abandonner complètement l’idée d’un système de réfrigération.

Laura McLean

Mais ces inconvénients semblent anodins lorsque nous nous réveillons chaque matin immergés dans la nature. Nos journées commencent au lever du soleil et se terminent au coucher de celui-ci. Notre nouvelle communauté est accueillante et nous avons déjà développé des amitiés à la boulangerie, à l’épicerie et la bibliothèque. Nous ne ressentons plus les effets de la crise oppressante de la vie urbaine.

La simplicité a été bénéfique pour notre santé mentale. Fini les attaques de panique. Notre chien est plus heureux. Mon conjoint qui souffrait d’insomnie dort maintenant la nuit entière. Nous sommes forcés de prendre conscience de l’impact de nos décisions et des conséquences de nos gestes. Quand vous habitez un endroit aussi restreint, tout ce que vous possédez a une utilité et une place, et cette organisation simplifie votre vie.

Globalement, le chaos et l’encombrement se font moins ressentir dans nos vies et dans nos esprits. 

La durée de notre séjour ici reste à déterminer. Notre rêve est de trouver la parfaite parcelle de terre et d’y construire notre propre cabane. Quelque chose que l’on pourra appeler notre véritable «chez-nous». Quelque chose de modeste, où nous pourrons vieillir dans le confort et la nature, où nous pourrons ressentir le sens de la communauté. Pour l’instant, nous allons économiser tous les sous possibles et appeler cette étape la première phase de notre vie «débranchée». C’est une expérience pour nous prouver que c’est possible, et jusqu’à maintenant, nous en profitons bien.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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