OPINION
19/06/2019 15:27 EDT | Actualisé 21/06/2019 15:01 EDT

Saison des abandons: et si on interdisait d'interdire les animaux dans les logements?

Depuis plusieurs années, le Québec détient le record des abandons d’animaux en Amérique du Nord. Dans la région de Montréal uniquement, ce nombre estimé à environ 50 000 chaque année.

Oszkár Dániel Gáti via Getty Images

Chaque année, la saison des déménagements est synonyme d’abandon pour des milliers d’animaux au Québec. En juin 2018, la SPCA de Montréal estimait que le nombre d’animaux recueillis au refuge triplait presque à cette période de l’année, passant de 600 à 1600 animaux par mois entre juin et août.

Chaque été, moult ressources sont ainsi déployées pour prendre soin de tous les chats et chiens accueillis au chenil. Et si la solution à cette crise résidait dans la levée des interdictions relatives aux animaux dans les baux résidentiels?

Le Québec, terre des abandons

Depuis plusieurs années, le Québec détient le record des abandons d’animaux en Amérique du Nord, alors que le nombre d’animaux abandonnés chaque année est estimé à un demi-million. Dans la région de Montréal uniquement, ce nombre estimé à environ 50 000.

Selon un sondage de l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ) datant de 2008, le déménagement serait l’une des principales raisons évoquées par les propriétaires qui abandonnent leurs animaux de compagnie.

Selon l’AMVQ, 170 000 chats et chiens déménageraient ainsi chaque année. Malheureusement, pour plusieurs d’entre eux, leur nouveau logis sera la fourrière.

Prendre soin des animaux depuis 150 ans

Si les abandons d’animaux nous désolent année après année, cette problématique ne constitue pas un enjeu récent dans l’histoire de l’organisation.

La SPCA de Montréal, qui se dédie au soin des animaux depuis 150 ans, ouvre son premier refuge sur le boulevard de Maisonneuve, en plein Quartier latin, en 1914.

Dès mars 1915, il est estimé que près de 300 à 400 chiens sont reçus chaque mois à la SPCA. La même année, on euthanasie plus de 4000 animaux au refuge, alors que seulement 102 chats et chiens trouvent une nouvelle maison. Ces statistiques représentent un taux de survie des animaux de moins de 3%.

La situation ne va pas en s’améliorant au cours des décennies suivantes. En 1955, l’organisation reçoit 97 489 chiens et chats, dont la plupart prennent le chemin de la chambre à gaz.

Devant cette triste réalité, la SPCA met sur pied, le 1er mars 1979, un premier programme incitatif de stérilisation pour les animaux adoptés au refuge.

Dans les mêmes années, la SPCA fait activement la promotion de cette opération et de l’adoption d’animaux en vue d’endiguer le problème de surpopulation animale et d’abandon à Montréal.

Sensibiliser le public au problème de la surpopulation animale

Les actions de la SPCA portent fruit. En 1992, compte tenu de la diminution graduelle du nombre d’animaux reçus au refuge, l’organisation croit bon de fermer définitivement sa chambre à gaz, qui ne sera plus réutilisée depuis.

En 2008, la stérilisation devient obligatoire au refuge. Enfin, en 2015, la SPCA met sur pied la clinique Mittens qui permet aux personnes à revenus modestes de faire stériliser leurs compagnons canins et félins à moindre coût.

Ayant réussi à sensibiliser de plus en plus la population montréalaise à l’importance de la stérilisation et de l’adoption des animaux, la SPCA a recueilli 6790 chiens et chats en 2018, c’est-à-dire 93% moins d’animaux qu’en 1955.

De la même manière, le taux d’euthanasie de la SPCA est de moins de 10% — le plus bas dans son histoire, alors que l’opération n’est pratiquée que sur des animaux qui souffrent de graves problèmes de santé ou de comportement.

Interdire l’interdiction d’animaux

Si la SPCA a raison de célébrer aujourd’hui ces avancées majeures en 150 ans d’histoire, les abandons demeurent trop nombreux à Montréal, comme c’est le cas partout au Québec.

Dans le contexte où bon nombre de locataires à faibles revenus peinent à trouver un logement qui corresponde à leur budget et à leur animal de compagnie, plusieurs d’entre eux se voient contraints d’abandonner leur chat ou leur chien dans les refuges.

Les clauses interdisant les animaux de compagnie favorisent ainsi les propriétaires et autorisent ces derniers à pénaliser les locataires vivant avec des animaux, peu importe si leurs compagnons canins et félins se montrent sages… ou turbulents.

Toutefois, une solution existe au problème des abandons, en plus de la sensibilisation du public à la stérilisation et à l’adoption des animaux: interdire l’interdiction des animaux dans les baux résidentiels, comme c’est le cas en France, en Belgique et en Ontario.

Dès lors, il ne tient qu’à l’Assemblée nationale — et au courage de ses élus, de suivre ces États en exemple.

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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