OPINION
25/06/2019 10:19 EDT | Actualisé 25/06/2019 10:20 EDT

C’est bientôt la journée du déménagement, mais qui aura vraiment son chez-soi?

Accroître le nombre d’options de logement pour les personnes sans-abri est essentiel et constitue une solution de rechange moins coûteuse que les refuges.

fhm via Getty Images
Le Canada a les moyens d’offrir à chaque citoyen l’accès à un logement décent. Mais les villes canadiennes peuvent-elles compter sur les moyens mis à leur disposition pour rendre possible l’accès au logement pour tous?

Alors que la grande journée du déménagement du 1er juillet approche à grands pas, des signaux d’alarme sur la disponibilité et l’abordabilité des logements se déclenchent.

C’est à la fois unique et un peu ridicule que Montréal, la deuxième plus grande ville du Canada, maintienne cette journée traditionnelle du déménagement.

Bien que l’on puisse s’attendre au chaos habituel et à des piles de meubles anciens et brisés le long des trottoirs aux environs de cette date de juillet, cela a néanmoins l’avantage d’attirer l’attention sur la situation du logement à Montréal.

Baisse du taux d’inoccupation, hausse du prix des loyers

Malheureusement, l’état du logement dans notre ville se dégrade. Au cours des dernières décennies, comparativement aux autres grandes villes nord-américaines, nous avons obtenu de meilleurs résultats en ce qui concerne la disponibilité de logements abordables. Toutefois, la situation évolue depuis plusieurs années et les changements ne sont pas pour le mieux.

Aujourd’hui, le nombre de logements inoccupés est à son plus bas depuis des décennies. Mais qui dit rareté, dit aussi hausse des loyers.

Cette dynamique est une source de stress pour tous les locataires, mais les gens qui gagnent un revenu modeste sont plus durement touchés. 

Le 5 juin dernier, une modification à la Loi sur la Stratégie nationale sur le logement ajoutant un droit au logement a été adoptée en première lecture au Parlement. C’est une évolution positive, mais que découlera-t-il de ce droit en réalité? Les villes canadiennes peuvent-elles compter sur les moyens mis à leur disposition pour rendre possible l’accès au logement pour tous? 

L’accès au logement: une responsabilité collective 

En 2015, le gouvernement du Québec a exprimé sa volonté de promouvoir l’accès au logement abordable en réduisant les niveaux de financement de son programme phare de logement, Accès Logis

Dans sa campagne électorale, la mairesse a présenté une plateforme qui comprenait l’ajout, au cours de son premier mandat, de 950 logements pour les citoyens les plus vulnérables de Montréal – les personnes sans-abri et celles qui vivent de graves problèmes de santé mentale. 

Avec seulement un peu plus de deux ans pour remplir son mandat et seulement 250 unités rendues aux premières étapes de la planification sur les 950 annoncés, je me demande si c’est une promesse qui peut être tenue.

Mes trois collègues directeurs et moi, qui représentons collectivement les quatre plus grands organismes d’aide aux personnes en situation d’itinérance de la ville – Mission Old Brewery, Mission Bon Accueil, Maison du Père et Accueil Bonneau – avons eu une rencontre avec la mairesse Plante et de nombreux fonctionnaires de la ville il y a plusieurs mois. Nous demeurons optimistes, malgré nos efforts infructueux, pour obtenir une rencontre de suivi avec la mairesse afin de lui présenter notre plan d’action. 

Rappelons que tout récemment, la mairesse de la ville de Montréal dévoilait dans le nouveau Règlement pour une métropole mixte, un outil adéquat qui permettra d’avoir un effet structurant dans la construction de logements sociaux, abordables et familiaux sans compromettre la vitalité et l’abordabilité du marché résidentiel dans son ensemble. Le règlement entrera en vigueur en janvier 2021.

Accroître le nombre de logements pour les plus vulnérables de Montréal

Accroître le nombre d’options de logement pour les personnes sans-abri est essentiel et constitue une solution de rechange moins coûteuse que les refuges. Cela présente aussi l’avantage de réintégrer les personnes marginalisées dans nos collectivités. 

Aujourd’hui, le service de logements avec soutien constitue l’élément le plus important des services offerts par la Mission Old Brewery. Nous avons donc la capacité de livrer la marchandise... et nous devons la livrer. 

Les Montréalais et les Canadiens sont habitués aux promesses politiques de tous les paliers de gouvernement qui finissent par tomber à l’eau, mais ce sont souvent les individus marginalisés qui souffrent le plus du non-respect de ces engagements. 

Dépassons le stade du statu quo

Tant que les gouvernements ne posent pas de gestes concrets concernant leurs promesses en matière de logement, n’affectent pas les ressources nécessaires ni n’établissent d’échéanciers pour la mise en œuvre d’un plan d’action et ne mobilisent pas des partenaires communautaires compétents, nous allons continuer de voir se dérouler ce qui se produira ce mois de juin comme c’est le cas tous les ans: la ruée vers le logement, l’acceptation de logements insalubres et de mauvaise qualité en tant que dernier recours abordable et ceux laissés derrière qui se retrouvent à nos portes.

Pourquoi cela va-t-il se reproduire?

Est-ce parce que les décideurs n’ont pas l’habitude d’être mal logés et qu’ils n’apprécient pas la valeur réelle de ce que cela signifie pour les gens et leurs familles? Est-ce parce qu’ils n’accordent pas suffisamment de place à cette question dans leur liste de priorités? Est-ce parce qu’il est plus facile de faire une promesse électorale que de la tenir?

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais j’ai une suggestion à faire à tous les paliers de gouvernement: trouvez la volonté de collaborer à l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action unifiés et respectez les échéances fermes. Le Canada a les moyens d’offrir à chaque citoyen l’accès à un logement décent. 

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