OPINION
27/05/2020 15:55 EDT

Déconfinement à vitesse variable: les personnes handicapées pourront-elles profiter de l’été?

Avant même de penser à sortir, nous devrons nous assurer que nos besoins de base sont remplis.

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Le déconfinement a officiellement commencé. On ose imaginer profiter de certains attraits touristiques dans un futur proche. Ce futur n’est toutefois pas aussi proche pour tout le monde! 

Si le coronavirus a chamboulé la vie de tout le monde, certaines parts de la population en ressentent davantage les contrecoups. C’est notamment le cas des personnes handicapées, un groupe dont je fais partie, puisque je me déplace en fauteuil roulant motorisé.

En tant que population particulièrement vulnérable durant cette crise sanitaire, nous savons que nous devrons prendre des précautions pendant longtemps. Nous savons aussi que nous aurons besoin de davantage de services de soutien pour profiter de la vie. Ces services de soutien – qui concernent autant les soins personnels, les tâches ménagères, le transport et l’accompagnement, par exemple – reprendront eux aussi très lentement. Cela nuira certainement à notre qualité de vie pendant un bon moment. Avant même de penser à sortir, nous devrons nous assurer que nos besoins de base sont remplis. 

Une vie n’est complète qu’avec une touche de plaisir, handicap ou non. Il n’y a rien de futile ici.

Considérant toutes ces contraintes, pourrons-nous profiter de l’été comme tout le monde? Probablement pas. Nous pourrions même être les dernières personnes à voyager à nouveau! Nous avons pourtant autant besoin des voyages et des loisirs que tout le monde. Une vie n’est complète qu’avec une touche de plaisir, handicap ou non. Il n’y a rien de futile ici.

Notre situation de handicap aura un effet multiplicateur sur les enjeux du déconfinement, l’accès au tourisme et aux loisirs et entrainera de nombreuses barrières supplémentaires. 

Je peux d’abord m’exprimer au sujet de l’accompagnement, ce casse-tête dans le contexte de la distanciation physique. Les nouvelles normes de distanciation – qui ne sont pas prêtes de disparaître – me rendent inconfortables. Non pas parce que je n’en comprends pas l’importance, mais parce que je ne peux tout simplement pas les appliquer! L’assistance humaine dont j’ai besoin nécessite un contact rapproché. Cela augmente donc mon risque d’infection. Comment pourrai-je profiter des loisirs dans ce contexte?

Je peux aussi vous partager les difficultés liées au déplacement. Les personnes handicapées ont moins accès à une voiture ou au transport en commun régulier que le reste de la population, alors qu’il s’agit de moyens de transport flexibles. Plusieurs d’entre nous utilisent principalement le transport adapté pour se déplacer. Il ne peut présentement être utilisé que pour des déplacements essentiels. Les contraintes de distanciation physique en réduisent la capacité, puisqu’une voiture qui transportait trois personnes ne peut maintenant qu’en transporter une.

Ça pourrait être long avant que le transport adapté puisse opérer au maximum de sa capacité et ainsi garantir un transport pour tout type de déplacement. Ça pourrait être long avant que les sorties dites de loisir soient acceptées pour le transport adapté. Alors que tout le reste de la population peut déjà aller dans les parcs, nous devrons attendre… pour combien de temps? 

Je peux finalement vous communiquer mes craintes par rapport à l’accès même aux installations touristiques. L’offre d’établissements accessibles universellement est déjà bien faible lorsque tout est ouvert à capacité maximale. Si les aménagements temporaires ne sont pas accessibles, que ce soit par l’installation de lavabos sans dégagement ou de corridors trop étroits, comment pourrai-je suivre les normes sanitaires pour me protéger et protéger les autres?

Les réouvertures partielles actuelles réduisent les possibilités qui me sont offertes, alors que j’ai déjà moins de possibilités que le reste de la population.

Si les parcs ouvrent seulement sans installations sanitaires, prendrai-je le pari d’y aller quand même? Si les haltes routières sont fermées, alors qu’elles comptent parmi les seuls établissements à offrir des toilettes accessibles, vais-je tout de même tenter parcourir de longues distances? Si les principaux attraits des régions restent fermés, alors qu’ils sont souvent les seuls à être relativement accessibles, prendrai-je le risque d’y séjourner? Les réouvertures partielles actuelles réduisent les possibilités qui me sont offertes, alors que j’ai déjà moins de possibilités que le reste de la population. 

Avec tous ces obstacles supplémentaires, nous ne sommes pas prêts de profiter de nouveau du tourisme. Le déconfinement sera certainement à vitesse variable. On souhaite tout de même que les feuilles n’aient pas le temps de tomber avant que nous puissions nous aussi retrouver les plaisirs qu’apporte le tourisme!