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21/05/2019 13:33 EDT | Actualisé 21/05/2019 17:22 EDT

Le réalisateur québécois Jean Beaudin est décédé

Le réalisateur des «Filles de Caleb» s'est éteint à l'âge de 80 ans.

La Presse Canadienne

L’un des monuments du cinéma et de la télévision d’ici, le réalisateur et scénariste Jean Beaudin, est décédé samedi à l’âge de 80 ans.

La nouvelle a été confirmée mardi par l’Agence Omada.

Né à Montréal en 1939, Jean Beaudin a d’abord étudié à l’École des Beaux-Arts de Montréal et a poursuivi des études en photographie à Zurich.

Entré à l’Office national du film en 1964, il produit ses premiers longs métrages _ “Stop” et “Le Diable est parmi nous”, qui n’obtiennent aucun succès _ ainsi que des courts et moyens métrages dans les années 1970.

C’est en 1977 qu’il signe la première grande oeuvre qui le fera remarquer, “J. A. Martin photographe”, pour laquelle il obtient à Cannes le prix du jury oecuménique et qui vaudra à Monique Mercure le prix de la meilleure interprétation féminine.

Tout comme ce premier succès, plusieurs autres films subséquents lui vaudront la réputation d’être l’un des cinéastes les plus importants dans la transmission de l’imagerie de la culture et de la littérature québécoises.

Ce sera notamment le cas du long métrage “Cordélia” (1980) et d’une série de films inspirés de la littérature québécoise, notamment “Mario”, “Le Matou”, “Being at home with Claude”.

Succès au petit écran

La mise en feuilleton du Matou pour la télévision le mènera à faire une autre retransmission culturelle pour le petit écran et avec un grand succès, avec “Les Filles de Caleb” (1990-91), qui a remporté 14 prix Gémeaux et qui a trouvé preneur dans 25 pays.

Il est également le réalisateur des séries télévisées “Shehaweh” et “Ces enfants d’ailleurs”, pour ne nommer que celles-là.

Sa carrière est marquée par l’obtention de 19 prix Gémeaux et cinq prix Génie.

Il a été fait Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2016, a reçu le Prix du Gouverneur Général pour les arts du spectacle en 2017 et L’Ordre de Montréal en 2019.

Un homme exigeant «pour toutes les bonnes raisons»

La comédienne Marina Orsini lui avait rendu hommage lorsqu’il a reçu le Prix du Gouverneur Général, un “privilège extraordinaire”, a-t-elle confié en entrevue avec La Presse canadienne: “Pour moi ç’a été un immense cadeau”.

Marina Orsini, qui a joué dans “Les Filles de Caleb”, “Shehaweh” et “Miséricorde”, est au nombre d’un groupe restreint de comédiens et comédiennes avec lesquels Jean Beaudin affectionnait travailler. Comme plusieurs l’ont dit à son sujet, il était exigeant et bien connu pour ses sautes d’humeur sur les plateaux.

“Exigeant, oui, mais pour toutes les bonnes raisons: Jean n’était pas friand de paresseux ou de gens qui ne sont pas préparés dans leur travail et qui ne donnent pas 100 pour cent d’eux-mêmes. Moi, je trouvais ça extraordinaire de travailler avec quelqu’un qui nous poussait toujours à nous dépasser et à donner plus que le meilleur de nous-mêmes, tout ça pour l’oeuvre”, raconte Mme Orsini.

“Il ne pouvait pas supporter ce qu’il considérait à certains moments comme de l’incompétence; il ne se contentait pas d’à peu près”, renchérit Johanne-Marie Tremblay, qui incarnait Célina Bordeleau dans “Les Filles de Caleb”.

La comédienne faisait aussi partie de ce groupe d’acteurs et actrices fétiches de Jean Beaudin et si elle croit aussi qu’il pouvait être craint sur un plateau, elle ajoute à son tour les bémols nécessaires: “Oui, il était très exigeant et avait parfois des sautes d’humeur, mais il avait aussi beaucoup de bonté, de tendresse et aussi de talent pour faire ressortir les émotions, faire ressortir ce qu’il désirait de l’humanité des personnages”, a-t-elle confié en entrevue téléphonique.

La comédienne, qu’il a aussi dirigée dans toutes sortes de rôles petits et majeurs (“Ces enfants d’ailleurs”, “Sans Elle”, “Nouvelle-France”, “Being at home with Claude”, “Shehaweh”), se dit reconnaissante d’avoir été ainsi privilégiée, d’autant plus que la relation professionnelle entre elle et lui était basée sur une compréhension mutuelle, voire une complicité.

“Quand j’arrivais sur un plateau de tournage avec Jean, je me sentais à l’aise. (...) Je comprenais ce qu’il voulait, je comprenais ce qu’il cherchait et il prenait son temps avec moi, il prenait le temps de venir me chercher, de venir chercher l’image de moi qu’il voulait et je me sentais en confiance.”

M. Émile pour toujours

“J’ai un souvenir extraordinaire de cet homme”, raconte d’emblée Guillaume Lemay-Thivierge, devenu vedette à l’âge de 8 ans grâce à son rôle de M. Émile dans “Le Matou”.

“Jean a fait de moi le plus beau M. Émile qu’on pouvait imaginer, je pense. Un petit gars baveux, attachant, bum, alcoolique”, raconte le comédien qui trouve l’affaire plutôt drôle, lui qui se définit comme “un p’tit gars élevé à la campagne, dans la douceur, dans le calme avec des parents hippies”, soit l’opposé du personnage qu’il a été appelé à jouer et qui lui a collé à la peau.

“Jean m’a toujours appelé Émile. Quand j’ai fait le deuxième tournage avec lui, “L’homme à la traîne”, et le jeune garçon que je joue était un peu énervé à un certain moment sur le plateau de tournage, et Jean Beaudin s’est fâché, comme seul lui était capable de le faire et il a crié devant toute l’équipe: ”Émile, tabarnak, c’est assez, reste tranquille!” Il m’a confirmé que j’allais m’appeler Émile à vie et il s’est permis de sacrer parce qu’il m’avait littéralement montré comment sacrer quand j’étais dans le Matou!”

Mais, plutôt que d’utiliser le terme “exigeant”, il en choisit un autre moins doux, ne voulant pas passer sous silence les blessures portées par le réalisateur à certains collaborateurs: “C’était un homme qui était dur avec certaines personnes dans les équipes techniques. Je le mentionne parce qu’il va y avoir des éloges et tout, mais il était un vrai malcommode qui brassait ses équipes parfois, mais aussi qui protégeait ses acteurs énormément.”

L’oeuvre de Jean Beaudin

Comme réalisateur

  • 1969 : Vertige
  • 1971 : Stop
  • 1972 : Les Indrogables
  • 1972 : Le Diable est parmi nous
  • 1973 : Trois fois passera
  • 1974 : Par une belle nuit d’hiver
  • 1975 : Cher Théo
  • 1977 : J.A. Martin photographe
  • 1977 : Jeux de la XXIème olympiade
  • 1980 : Cordélia
  • 1984 : Mario
  • 1985 : Le Matou
  • 1986 : La Bioéthique: une question de choix - L’homme à la traîne
  • 1990 : L’Or et le Papier (série télévisée)
  • 1990 : Les Filles de Caleb (feuilleton TV)
  • 1993 : Shehaweh (mini-série de 5 épisodes- TV)
  • 1992 : Being at Home with Claude
  • 1994 : Miséricorde (TV)
  • 1994 : Craque la vie! (TV)
  • 1997 : Ces enfants d’ailleurs (feuilleton TV)
  • 1997 : Les Prédateurs (“The Hunger”) (série télévisée)
  • 1999 : Souvenirs intimes
  • 2000 : Willie (série télévisée)
  • 2000 : Le loup-garou du campus (série télévisée)
  • 2002 : Le Collectionneur
  • 2004 : Nouvelle-France (en coproduction)
  • 2006 : Sans elle

Comme scénariste

  • 1975 : Cher Théo
  • 1977 : J.A. Martin photographe
  • 1980 : Cordélia
  • 1984 : Mario
  • 1986 : La Bioéthique: une question de choix - L’homme à la traîne
  • 1999 : Souvenirs intimes
  • 2002 : Le Collectionneur

Comme monteur

  • 1972 : Les Indrogables
  • 1973 : Trois fois passera
  • 1974 : Par une belle nuit d’hiver
  • 1975 : Cher Théo
  • 1977 : J.A. Martin photographe
  • 1980 : Cordélia

Comme producteur

  • 1984 : Mario
  • 2002 : Le Collectionneur
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