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22/10/2020 22:54 EDT | Actualisé 23/10/2020 07:21 EDT

Débat Trump-Biden: un dernier round maîtrisé sans K.-O. final

Un débat qui a une fois de plus mis en évidence les différences dans la vision des États-Unis des deux hommes.

Le président Donald Trump et son adversaire démocrate Joe Biden se sont affrontés quant à la meilleure manière de gérer la crise de la COVID-19 lors du deuxième et dernier débat d’une tumultueuse course à la Maison-Blanche, jeudi soir. Les deux candidats ont en bonne partie mis de côté la rancoeur qui avait marqué leur précédente rencontre, au profit d’échanges plus substantiels, qui ont permis d’étayer leurs visions radicalement différentes des défis auxquels les États-Unis sont confrontés.

Avec douze jours restants à la campagne, Donald Trump a cherché, comme il l’avait fait quatre ans plus tôt, à se poser en candidat marginal, et non en véritable politicien. Joe Biden, de son côté, a tenté de souligner l’incompétence du président sortant et ses répercussions sur la vie quotidienne des Américains.

Après un premier débat marqué par des échanges acrimonieux, les deux aspirants au poste de président sont restés relativement courtois dans cette joute, qui a néanmoins connu quelques moments de fracas.

La soirée s’est amorcée sur une prise de bec par rapport à la gestion de la pandémie, qui a tué plus de 225 000 Américains et détruit des millions d’emplois – l’enjeu central de la campagne, selon des sondages.

M. Biden a présagé “un hiver sombre” avec une résurgence des infections. M. Trump, toujours optimiste, a écarté la mise en garde de son rival et a défendu sa gestion de la crise.

EN VIDÉO: l’intégralité du débat 

Il a promis qu’un vaccin serait prêt d’ici quelques semaines. “On est tout près. Le virus s’en va”, a-t-il affirmé.

“Quiconque est responsable d’autant de morts ne devrait pas rester président des États-Unis”, a fait valoir M. Biden.

L’enjeu de leurs déclarations d’impôts a également échauffé les esprits.

M. Biden a évoqué des révélations du New York Times selon lesquelles M. Trump aurait seulement payé 750 $ en impôts il y a quelques années tout en détenant un “compte bancaire secret” en Chine.

Il a souligné qu’il avait pour sa part divulgué ses déclarations fiscales sur une période de 22 ans. “Je n’ai jamais accepté un cent venant de source étrangère de toute ma vie”, a-t-il martelé, avant de renvoyer la balle au président en lui demandant ce qu’il avait à “cacher”.

M. Trump a répondu que ses comptables lui ont dit avoir “prépayé des dizaines de millions de dollars” en impôts. Il a dit vouloir publier ses propres déclarations fiscales dès que possible, mais comme il le fait depuis maintenant quatre ans, il a plaidé qu’il ne peut pas rendre les documents publics pour l’instant puisqu’ils font l’objet d’un audit – ce qui, dans les faits, ne l’empêche pas de les dévoiler.

Afin de limiter les interruptions, la Commission des débats présidentiels avait décidé de couper le microphone des candidats pendant deux minutes au début de chaque segment, le temps que leur adversaire livre ses remarques d’ouverture. Le reste de chaque bloc de 15 minutes restait une discussion ouverte, sans aucune mise en sourdine.

JIM BOURG via Getty Images
Joe Biden et Donald Trump ont réussi à débattre sans se couper la parole à tout bout de champ.

À la traîne dans les intentions de vote, Donald Trump avait besoin de saisir l’occasion de ce débat pour changer la trajectoire de la course. Il a néanmoins renoué avec ses interjections colériques vers la fin de la soirée.

Les derniers débats présidentiels ont souvent un impact démesuré sur l’issue du vote, mais celui-ci se distingue à plusieurs égards. Plus de 46 millions d’électeurs ont déjà voté par anticipation et, face à un président sortant aussi polarisant, on dénombre beaucoup moins d’électeurs indécis que lors des précédentes campagnes.

Le ton est monté lorsqu’il a été question de politique étrangère, d’immigration et de justice raciale.

M. Biden a soulevé le refus de M. Trump de condamner les suprémacistes blancs et ses attaques contre le mouvement Black Lives Matter, lui reprochant de “jeter de l’huile sur tous les feux racistes”.

M. Trump a répliqué en s’autoproclamant “la personne la moins raciste dans la salle”. Il a aussi relevé à son tour le soutien de M. Biden, dans les années 1990, à une réforme de la justice qui aurait contribué à l’incarcération disproportionnée d’hommes afro-américains.

En matière de politique étrangère, M. Biden a accusé le président de faire affaire avec un “malfrat” en tenant des sommets avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Il lui a aussi reproché d’avoir séparé des enfants de leurs parents qui ont tenté de franchir la frontière américano-mexicaine de manière irrégulière.

Le débat animé par Kristen Welker du réseau NBC a permis à chaque homme de se faire valoir une dernière fois devant une audience de plusieurs dizaines de millions d’électeurs.

Inquiets que le président puisse perdre la Maison-Blanche et coûter le Sénat aux républicains, certains de ses conseillers l’avaient exhorté à troquer son agressivité du premier débat pour une attitude plus décontractée et à plutôt braquer les projecteurs sur son rival, qu’il surnomme “Joe l’endormi”.

Lorsqu’il se sent coincé, Donald Trump a tendance à s’emporter. Avant l’un des débats de la campagne présidentielle de 2016, alors qu’il tentait de détourner l’attention d’un enregistrement où l’on pouvait l’entendre se vanter d’attoucher sexuellement des femmes contre leur gré, Donald Trump avait tenu une conférence de presse en compagnie de femmes qui alléguaient avoir été agressées sexuellement par Bill Clinton, l’époux de la candidate démocrate de l’époque Hillary Clinton.

Donald Trump a récidivé, jeudi, en convoquant une autre conférence de presse surprise aux côtés d’un homme qui prétend avoir été le partenaire d’affaires de Hunter Biden et qui allègue que le vice-président avait été consulté par son fils par rapport à ses activités en Chine. M. Trump, qui a invité le procureur général des États-Unis à ouvrir une enquête sur les Biden, fait mousser une histoire de tabloïd sur des renseignements prétendument récupérés sur l’ordinateur portable de Hunter Biden en lien avec sa malfaisance présumée à l’étranger.

Lorsque l’imbroglio a été soulevé dans la soirée, M. Biden s’est directement adressé à la caméra: “Il n’est pas question de sa famille et de ma famille. Il est question de votre famille, et votre famille est durement frappée”.

MM. Biden et Trump avaient tous deux été déclarés négatifs à la COVID-19 le jour même. Toutes les personnes présentes dans l’auditoire portaient un masque, y compris la première dame Melania Trump, qui avait retiré le sien lors du premier débat. Contrairement à M. Biden, M. Trump ne s’est pas couvert le visage en montant sur scène à l’Université de Belmont, à Nashville, au Tennessee.