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29/09/2020 22:26 EDT | Actualisé 30/09/2020 08:35 EDT

«Menteur», «rien d'intelligent»: les insultes fusent entre Trump et Biden

Biden est allé jusqu'à demander à Trump de «la fermer».

Donald Trump l’avait présenté en rival vieux, sénile, endormi mais lui a finalement épargné son surnom de “Sleepy Joe” mardi soir: en s’adressant directement aux Américains tout en invectivant le président, Joe Biden a passé un test déterminant lors du premier débat chaotique de la présidentielle.

Le milliardaire républicain l’air renfrogné. Le vétéran de la politique offrant un large sourire sarcastique. Le contraste, sans doute calculé du côté démocrate, s’est affiché à de nombreuses reprises sur les écrans de télévision américains.

Après 90 minutes d’échanges houleux, une seule certitude: s’il a bafouillé, semblé s’embrouiller parfois, et a lui aussi pris certaines libertés avec la réalité, le candidat démocrate à la Maison Blanche a, un temps au moins, fait oublié son surnom de “Joe l’endormi”. 

“Clown”, “menteur”, “le pire président que l’Amérique ait jamais eu”: celui qui promettait depuis des mois de battre Donald Trump, 74 ans, ”à plates coutures”, s’est emporté à plusieurs reprises avec des mots forts, inédits dans un débat contre un président américain. 

“Je ne suis pas ici pour démonter ses mensonges”, a lancé Joe Biden, 77 ans, avant de lui décocher: “Vous allez la fermer!”

Saisissante, la phrase a marqué.

Et l’équipe Biden n’a tardé que quelques instants avant de mettre en vente des T-shirts avec cette réplique sur le visage de Donald Trump.

“Il n’y a rien d’intelligent en vous”, a rétorqué côté Donald Trump. 

 “Fier de lui”

Tenus à bonne distance sur scène à cause de la pandémie de Covid-19, c’est dans un grand silence, devant un public restreint, intime, mêlant leurs familles, des invités et de rares journalistes, que les deux hommes ont échangé invectives et railleries à Cleveland, dans l’Ohio. 

“Joe”: le président américain a appelé son rival par son prénom à de nombreuses reprises. Mais n’a pas repris, sur scène, le surnom qu’il martèle depuis des mois, devant ses foules de partisans ou sur son compte Twitter aux millions d’abonnés: “Sleepy Joe” (“Joe l’endormi”).

S’il lui a donné, en ouverture, du “Monsieur le président”, l’enfant de Scranton (Pennsylvanie), qui aime à se dire prêt à la bagarre contre les “brutes”, lui a opposé rires et sourires sarcastiques.

Mais l’ex-bras droit de Barack Obama a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser directement aux téléspectateurs. Et de jouer de son empathie, point fort de cet homme à la vie marquée par la tragédie.

Dans un vif échange sur la pandémie de nouveau coronavirus, il a rappelé le lourd bilan de plus de 200 000 morts aux Etats-Unis avant de se tourner vers la caméra.   

“Combien d’entre vous se sont levés ce matin avec une chaise vide à la table de la cuisine parce que quelqu’un est mort du Covid? Combien d’entre vous ont perdu votre mère ou père et n’ont même pas pu leur parler: une infirmière a dû tenir un téléphone pour que vous puissiez dire au revoir”.

Vous n’auriez jamais pu faire le travail que nous avons fait, vous n’avez pas cela dans le sang.Donald Trump

A propos des récentes révélations explosives du New York Times sur la situation fiscale du milliardaire, il a encore pris les Américains à témoins: 

“Vous qui êtes à la maison, vous qui vivez à Scranton (...) et toutes les petites villes et villes ouvrières d’Amérique, comment vont les choses pour vous? Ce type a payé 750 dollars d’impôts!” 

Et c’est avec une attaque que Donald Trump a offert à Joe Biden l’occasion de partager avec des millions d’Américains une expérience douloureuse.

Le démocrate évoquait la mémoire de son fils Beau Biden, emporté par un cancer en 2015, lorsque son rival tempétueux a cherché à ramener la conversation sur son autre fils, Hunter, cible régulière des républicains pour avoir décroché des contrats en Chine et en Ukraine grâce, selon eux, au seul nom de son père.

Il “a été viré de l’armée (...) pour usage de cocaïne”, a accusé le 45e président des Etats-Unis. 

“Ce n’est pas vrai”, a rétorqué Joe Biden sans le regarder.

Et, en s’adressant encore à la caméra, il a lancé: “Mon fils, comme beaucoup de gens que vous connaissez chez vous, a eu un problème de drogues. Il l’a dépassé. Il l’a réglé. Et je suis fier de lui”. 

Oreillette et stimulants

Chez Donald Trump, 74 ans, on a ainsi sous-entendu que Joe Biden, 77 ans, pourrait avoir recours durant la soirée à une oreillette.

Faux, a répondu le camp démocrate ― comme il avait déjà balayé la demande du président qui avait réclamé un test antidopage en soupçonnant le démocrate d’avoir recours à des stimulants.

Juste avant le débat, Joe Biden a toutefois semblé vouloir faire retomber la tension avec un tweet humoristique illustré par une photo avec des écouteurs d’iPhone et un pot de crème glacée. “C’est la soirée du débat alors j’ai préparé mon oreillette et mes produits dopants”, a-t-il écrit.

Son équipe a elle assuré que le camp présidentiel avait demandé au modérateur du débat Chris Wallace de ne pas mentionner le nombre de morts du Covid-19 (plus de 205.000 aux Etats-Unis).

“Mensonge”, a-t-on rétorqué côté républicain.

L’ancien vice-président démocrate a aussi rendu publiques mardi ses feuilles d’impôts pour l’année 2019, un coup directement adressé au locataire de la Maison Blanche, affaibli par des révélations explosives sur sa situation fiscale et son endettement.

Si leur impact sur le scrutin reste souvent limité, ces débats sont des moments forts de la campagne électorale, depuis le premier tête-à-tête télévisé organisé il y a 60 ans, à Chicago, entre John F. Kennedy et Richard Nixon.

Tout sépare les deux candidats septuagénaires. Le milliardaire républicain s’est présenté une fois, en 2016, et a créé la plus grande surprise de l’histoire politique moderne.

Entré en politique il y a un demi-siècle, Joe Biden, sénateur puis vice-président, espère que sa troisième tentative pour la Maison Blanche (il s’était déjà présenté aux primaires démocrates en 1988 et 2008) sera la bonne.

La hantise d’une gaffe

La force de l’ex-homme d’affaires républicain? Sa capacité à surprendre, casser les codes, imposer ses propres règles, son propre style.

Dans le camp de Joe Biden, on table sur son expérience, son sens de l’empathie.

Mais la crainte d’une gaffe hante le camp démocrate, tant ce vieux lion de la politique est habitué du genre.

Les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami, en Floride, et à Nashville, dans le Tennessee.

Le vice-président républicain Mike Pence affrontera la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre à Salt Lake City, dans l’Utah.

À VOIR AUSSI: Manif anti-Trump avant le débat

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