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Dans la lumière: les hauts et les bas du métier de travailleur humanitaire

La mission la plus difficile à laquelle Jean-Baptiste Lacombe-Lavigne a dû participer est sans aucun doute celle en réponse à l'épidémie d'Ebola en Guinée, en 2014.

Il a voyagé en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, en Haïti... Au cours de la dernière décennie, Jean-Baptiste Lacombe-Lavigne a visité une trentaine de pays. Découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures est ce qui l’a motivé à devenir travailleur humanitaire – un métier qui peut être très exigeant, physiquement et psychologiquement, mais qui le passionne.

Jean-Baptiste est «rapid response manager» pour la Croix-Rouge canadienne, c’est-à-dire le chef d’une équipe prête à être déployée en moins de 24 heures sur le terrain, partout dans le monde, en cas de catastrophe naturelle, d’épidémie ou de conflit armé, par exemple.

«Le rôle le plus important pour le chef d’équipe, c’est d’essayer de comprendre le chaos qui se passe dans une crise humanitaire, explique-t-il. Quand tu arrives sur le terrain, souvent, il n’y a plus de réseau de communications, les téléphones ne marchent pas, il n’y a plus d’électricité, plusieurs routes sont coupées, les hôpitaux sont pleins et pas forcément fonctionnels.»

Voyez le témoignage de Jean-Baptiste Lacombe-Lavigne dans la vidéo en haut de l’article.

La dernière mission à laquelle il a participé, par exemple, se déroulait au Mozambique, après le passage du cyclone Idai, en mars dernier. La catastrophe naturelle avait détruit notamment la moitié de l’hôpital de Nhamatanda, et peu de temps après, une épidémie de choléra a frappé la région. Jean-Baptiste et son équipe ont dû transformer l’hôpital en centre de traitement contre le choléra.

Jean-Baptiste Lacombe, lors de sa mission avec la Croix-Rouge au Mozambique, en 2014, après le passage du cyclone Idai.
Crédit: Joseph Léger
Jean-Baptiste Lacombe, lors de sa mission avec la Croix-Rouge au Mozambique, en 2014, après le passage du cyclone Idai. Crédit: Joseph Léger

«La clé du succès, c’est vraiment la rapidité, la qualité du travail et la pertinence de l’hôpital dans l’endroit, précise Jean-Baptiste. On ne va pas mettre un hôpital juste à côté d’un autre hôpital qui est déjà fonctionnel, par exemple. On est vraiment là pour supporter les capacités locales, pas pour les remplacer ou dire: ″tassez-vous, nous on prend le relais″... L’idée, c’est vraiment de supporter durant une période d’urgence.»

Les travailleurs humanitaires, des colonisateurs?

Car si les travailleurs sont souvent vus comme des sauveurs, ils se font aussi critiquer. Plusieurs les accusent d’agir en «colonisateurs», c’est-à-dire de débarquer dans une région et de décider de ce qui est le mieux pour la population locale... à sa place.

«C’est une critique qui est encore pertinente pour plusieurs petites organisations qui ont un but politique, admet-il. Mais dans le cas de la Croix-Rouge, nos principes, c’est vraiment: la neutralité, l’impartialité, l’indépendance. Et quand on arrive sur le terrain, on n’est pas là comme des sauveurs, on est là pour appuyer la Croix-Rouge locale, ou le Croissant-Rouge local.»

«L’approche est complètement différente, et je ne me sens pas comme un colonisateur; je me sens comme une personne qui doit arriver avec beaucoup d’humilité, qui a des ressources, des capacités, de l’expérience... qui est capable d’aider des gens dans une situation difficile, continue-t-il. Mon objectif, c’est juste d’essayer d’utiliser à meilleur escient les ressources qu’on a.»

Ebola, un épisode marquant

La mission la plus difficile à laquelle il a participé? Sans aucun doute celle en réponse à l’épidémie d’Ebola en Guinée, en 2014. Jean-Baptiste et son équipe avaient été déployés dans le petit village de Guéckédou, l’épicentre de l’épidémie en Afrique de l’Ouest à cette époque.

Jean-Baptiste Lacombe confie que la mission la plus difficile à laquelle il a participé est celle contre l'épidémie d'Ebola en Guinée, en 2014.
Crédit: Courtoisie
Jean-Baptiste Lacombe confie que la mission la plus difficile à laquelle il a participé est celle contre l'épidémie d'Ebola en Guinée, en 2014. Crédit: Courtoisie

«La plupart du temps, les communautés comprennent la catastrophe qui les frappe, explique-t-il. Ils savent que c’est un ouragan, ou un tremblement de terre ou une sécheresse... Mais dans le cas de l’épidémie d’Ebola, les gens avaient énormément de suspicion sur qu’est-ce que c’est, l’Ebola, comment le guérir, et il y avait énormément de rumeurs qui circulaient. C’était une maladie très difficile à combattre d’un point de vue médical, mais aussi d’un point de vue culturel et social.»

Les travailleurs avaient du mal à convaincre la population locale de se présenter dans un centre de traitement, parce que les habitants avaient l’impression de ne jamais revoir ceux qui s’y présentaient. C’est une situation que Jean-Baptiste et ses collègues ont aussi vécue en République démocratique du Congo, en 2018, pour combattre la même maladie. Il y a donc eu beaucoup de travail de sensibilisation qui a été fait sur place, avec les organismes locaux, notamment.

«C’était très décourageant de travailler constamment, tous les jours, en sachant que peu importe la qualité du travail qu’on va faire, les gens ont quand même une chance sur deux de décéder», ajoute Jean-Baptiste.

Un découragement qui s’est même transformé en sentiment d’échec, après son retour au pays, puisque la communauté internationale ne prenait pas encore cette épidémie au sérieux, alors que la maladie continuait de se propager, et que les morts s’accumulaient toujours.

Partir, c’est aussi savoir revenir

Quand Jean-Baptiste revient d’une mission aussi éprouvante que celle-là, il a besoin d’une zone tampon – c’est-à-dire aller passer quelques jours dans un autre pays – avant de rentrer chez lui.

«Il y a des missions où le niveau de fatigue, de stress, de trauma est assez élevé, raconte-t-il. Et quand on revient, on a vraiment besoin de temps seul. On a les émotions à fleur de peau.»

«Il y a certaines missions pour lesquelles le retour est plus facile que d’autres», nuance-t-il.

«Et avec l’expérience, tu apprends que ce n’est pas forcément dans l’intérêt de tout le monde de connaître tous les détails de ta mission... On garde souvent plusieurs parties de notre mission pour soi-même, ou on partage ça avec les gens qui sont très proches de nous.»

Il assure également que la Croix-Rouge fournit de très bons outils à ses travailleurs, lorsqu’ils reviennent d’une mission. Et que malgré tous ces éléments qui sont parfois difficiles, il adore son travail.

Jean-Baptiste ne se voit toutefois pas faire ce métier assez «usant» toute sa vie. Il aimerait, dans quelques années, travailler au siège social de la Croix-Rouge, par exemple, pour lui permettre d’avoir un style de vie plus propice à fonder une famille, éventuellement... «un autre projet humanitaire très intéressant à accomplir».

«Dans la lumière» est une série du HuffPost Québec qui donne la parole sans filtre à des gens ordinaires qui ont vécu des expériences hors du commun. Au cours d’un entretien intimiste, l’interviewé témoigne d’un parcours, d’un engagement ou d’une tranche de vie qu’il souhaite partager.