OPINION
04/12/2020 15:13 EST | Actualisé 04/12/2020 15:14 EST

COVID-19: 6 choses que vous devez savoir sur les résultats des vaccins

Il y a beaucoup de scepticisme à l’égard des vaccins et plusieurs se questionnent sur la fiabilité des annonces. L’hésitation à se faire vacciner diminue quand les gens en apprennent davantage sur la sécurité des vaccins.

AP Photo/Hans Pennink

Alors que la deuxième vague de COVID-19 s’intensifie au Canada et ailleurs dans le monde, des sociétés pharmaceutiques ont annoncé les résultats de leurs essais de vaccins, qui promettent d’alléger les restrictions et de nous redonner une vie «normale» dès l’an prochain.

Il y a cependant beaucoup de scepticisme à l’égard des vaccins et plusieurs se questionnent sur la fiabilité de ces annonces.

L’hésitation à se faire vacciner contre la COVID-19 diminue quand les gens en apprennent davantage sur la sécurité des vaccins. Ces informations sont donc importantes pour faire des choix éclairés en matière de santé publique.

Voici six questions que l’on peut se poser concernant les résultats annoncés des essais de vaccins contre la Covid-19.

1. En quoi consiste l’essai?

Les 11 différents essais cliniques de phase 3 pour les candidats-vaccins contre la COVID-19 impliquent chacun des milliers de participants qui reçoivent un vaccin ou un placebo, sans savoir lequel. Les chercheurs comparent ensuite le nombre de personnes infectées qui ont reçu le vaccin au nombre de personnes infectées qui ont reçu le placebo.

Les premiers résultats ont été annoncés par Pfizer/BioNTech et Moderna. Ces entreprises ont produit des vaccins basés sur une nouvelle technologie appelée ARN messager (ARNm), qui consiste à injecter dans les cellules la «recette» génétique d’un fragment de la protéine de pointe du SARS-CoV-2 via une nanoparticule de lipide.

Les cellules utilisent ces «instructions» pour fabriquer des fragments de virus que le système immunitaire apprendra à détruire. S’ils sont approuvés – c’est déjà le cas au Royaume-Uni – ces vaccins seront les premiers vaccins à ARNm à être homologués.

2. Qui a participé à l’essai?

Un vaccin efficace doit réduire le risque d’infection dans les populations les plus vulnérables. Les cas sévères et les décès liés à la COVID-19 sont plus nombreux dans les groupes racialisés, en particulier dans les populations autochtones, noires et latino-américaines, les personnes de plus de 65 ans et celles souffrant de problèmes de santé comme le diabète, les maladies rénales et l’obésité. Or le manque de représentation de ces groupes, historiquement marginalisés, est un problème depuis des années dans les essais cliniques.

AP Photo/Siphiwe Sibeko
Un volontaire reçoit une injection à l'hôpital Chris Hani Baragwanath de Soweto, à Johannesburg, le 24 juin 2020, dans le cadre de l'essai d'un candidat-vaccin contre la COVID-19 développé à l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni, avec AstraZeneca.

Dans l’étude sur le vaccin Pfizer/BioNTech menée dans six pays, 42 % des participants sont d’origines asiatique, afro-américaine, hispanique ou autochtone.

Sur les 30 000 participants à l’essai de Moderna, 37 % sont issus de groupes racialisés et de minorités ethniques, et l’étude comprenait une représentation significative de personnes de plus de 65 ans et de personnes présentant des conditions médicales à haut risque.

3. Le vaccin a-t-il réduit les infections?

Les meilleurs vaccins ont protégé 95 % des participants contre l’infection, comme le font les vaccins contre la rougeole. En comparaison, le vaccin contre la grippe réduit le risque d’infection d’environ 50 %, soit le seuil fixé par la Food and Drug Administration (FDA) pour envisager l’homologation d’un vaccin.

Pfizer et BioNTech ont d’abord annoncé un taux d’efficacité de 90 % après 94 cas confirmés d’infection. L’essai s’est terminé après 170 cas confirmés et une efficacité de 95 % pour les personnes ayant reçu le vaccin, et de 94 % chez les personnes de plus de 65 ans.

Le vaccin de Moderna quant à lui a montré un taux d’efficacité de 94,5 %. Sur 95 personnes infectées présentant des symptômes, seulement cinq étaient vaccinées.

Comme les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna, le vaccin d’Oxford et d’AstraZeneca nécessite une dose initiale et une dose de rappel. On s’attendait à ce que les 23 000 participants reçoivent un vaccin de contrôle ou un vaccin contre la Covid ainsi qu’un rappel.

Or en raison d’une erreur de calcul, un quart des participants ayant reçu le vaccin contre la Covid ont reçu une demi-dose suivie d’une dose complète de rappel. Chez les participants qui ont reçu deux doses complètes, le vaccin a montré une efficacité de 62 %, tandis que chez les participants ayant reçu une demi-dose seulement avant le rappel, le taux d’efficacité a été de 90 %.

AP Photo/Ted S. Warren, File
Cette photo du 16 mars 2020 montre les flacons utilisés par les pharmaciens pour préparer les seringues utilisées lors de la première phase d'une étude d'innocuité du candidat-vaccin contre la COVID-19 au Kaiser Permanente Washington Health Research Institute, à Seattle.

Comme le groupe qui a reçu la demi-dose est plus petit et que les participants étaient plus jeunes, ce pourcentage ne reflète peut-être pas exactement l’efficacité du vaccin. Ainsi sur les 131 cas d’infection observés dans l’essai Oxford/AstraZeneca, on a constaté une efficacité moyenne de 70 % du vaccin chez l’ensemble des volontaires.

Les essais de Pfizer/BioNTech et de Moderna impliquaient que les participants qui présentaient des symptômes de la Covid-19 soient soumis à un test de dépistage. Dans l’essai d’Oxford et AstraZeneca, des participants asymptomatiques étaient aussi régulièrement soumis à un test de dépistage. La conception différente des essais rend donc les comparaisons difficiles. Il faut plus de données avant d’affirmer quoi que ce soit sur l’efficacité des vaccins pour réduire le nombre de cas asymptomatiques et leur potentiel de transmettre le virus.

4. Le vaccin a-t-il réduit les complications?

Il est difficile pour un essai clinique lié à la COVID-19 de prouver une réduction des cas graves, car ceux-ci sont plus rares et les participants aux essais cliniques sont généralement en bonne santé.

Pfizer et BioNTech n’ont pas encore donné d’informations sur la gravité des cas détectés. Au cours de l’essai de Moderna, 11 infections graves se sont produites chez des personnes qui n’avaient pas reçu le vaccin. Dans le cas du vaccin d’Oxford et AstraZeneca, aucun des 131 cas signalés n’était grave. Même une fois ces essais terminés, les données ne sont pas suffisantes pour pouvoir affirmer que l’un de ces vaccins prévient de graves complications.

5. Le vaccin est-il sûr?

Tout vaccin qui causerait des effets secondaires graves chez plus de 10 % des centaines de participants à la phase 2 ne serait pas autorisé à passer à la phase 3. Cela signifie que les effets secondaires graves les plus courants, comme les réactions allergiques nécessitant une hospitalisation, sont peu probables.

La plupart des vaccins, y compris de nombreux candidats-vaccins contre la COVID-19, comprennent des additifs appelés adjuvants, qui produisent une réponse immunitaire plus forte, donc une protection plus efficace et plus durable. Cependant, les vaccins contenant des adjuvants sont aussi plus susceptibles de provoquer des réactions comme un gonflement au point d’injection et de la fièvre.

6. Quelles sont les autres considérations?

Si plusieurs vaccins sont sûrs et efficaces, nous pouvons prendre en considération d’autres facteurs affectant la distribution et l’accès à la vaccination. Les résultats obtenus jusqu’à maintenant ont nécessité deux doses par personne, ce qui nécessite de produire davantage de vaccins et de prévoir des rendez-vous de suivi, ce qui peut être un obstacle dans les communautés défavorisées.

Certains vaccins exigent aussi de prendre des précautions particulières en matière d’expédition et de stockage. Le vaccin de Pfizer et BioNTech doit être conservé à -70 degrés Celsius, une température plus froide que ce que peuvent assurer la plupart des cliniques et des pharmacies. Il peut être conservé jusqu’à cinq jours au réfrigérateur. Le vaccin de Moderna est stable pendant six mois à -20 degrés Celsius, un mois au réfrigérateur et jusqu’à 12 heures à température ambiante. Le vaccin d’Oxford et AstraZeneca, à base d’un adénovirus modifié responsable du rhume, est stable au réfrigérateur pendant au moins six mois.

Ce que vous ne saurez pas

Une étude menée sur une période de six mois ne peut pas nous dire combien de temps le vaccin protégera du virus. Cette question se poserait pour tout nouveau vaccin, mais les vaccins à ARNm sont une nouvelle technologie, ce qui crée davantage d’incertitude. L’essai de Pfizer et BioNTech a été le plus important, avec 43 000 participants, mais il ne permet pas de connaître les effets secondaires rares comme ceux qui affectent une personne sur 100 000. En fonction de la gravité des effets secondaires, cela pourrait changer la donne concernant les avantages du vaccin versus ses risques.

Ces essais ne peuvent pas non plus nous dire dans quelle mesure les gens seront prêts à accepter de se faire vacciner une fois le vaccin approuvé. L’efficacité d’un vaccin pour améliorer la santé publique dépend du nombre de personnes qui le reçoit. Et celles-ci accepteront plus facilement le vaccin si elles comprennent le processus d’essai ayant mené à son homologation.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d’actualités à but non lucratif dédié au partage d’idées entre experts universitaires et grand public.

La Conversation