COVID-19: quoi retenir de la 1re vague pour ne pas sombrer?

Même si c'est difficile à croire présentement, n'oubliez jamais que cette pandémie aura une fin.

Confinement, télétravail, anxiété, peur du lendemain, tests... Les conséquences de la COVID-19 ont fait l’effet d’un cocktail détonnant (parfois à retardement), chamboulant nos vies et notre santé mentale. Alors que le Québec est officiellement entré dans le début de la deuxième vague, quoi retenir du printemps passé pour ne pas sombrer?

Entretien avec Dre Christine Grou, Présidente de l’Ordre des Psychologues du Québec.

Un contexte… épuisant

Si l’été a été synonyme de trêve, ce fut de courte durée. On renouait avec une certaine vie sociale, laissée de côté confinement oblige, en terrasse ou dans les parcs. Un été synonyme de vacances pour certains - mais qui n’a pas permis de recharger les batteries - et déjà la rentrée s’annonçait dans ce contexte de fatigue physique et mentale généralisée. Masqués et armés de gels désinfectants, nos petits reprenaient le chemin de l’école, un répit pour les télétravailleurs, mais une source de stress amplifiée dans ce contexte de pandémie.

«La rentrée est par définition une source de stress, mais là c’est pire. Pour les gens qui ont des problèmes de santé et les hypocondriaques, il y a la peur de la contagion. Mais ce qui prédomine je dirais, c’est la crainte d’un reconfinement et ses nombreuses conséquences: privation des activités, retour des enfants à la maison, surcharge de travail...»

Un déjà vu qui angoisse.

Compte tenu des impact de la pandémie, il est normal de ressentir:

  • La peur, le stress et l’anxiété: Face à une menace, la peur permet à l’être humain de mettre en place des actions pour se défendre. Cependant, quand l’anxiété devient trop forte, ces actions ne sont plus efficaces.

  • La tristesse, la déprime et la solitude : Pour les personnes davantage isolées, limitées dans leurs activités ou éloignée de leurs proches, le quotidien peut devenir plus lourd: elles peuvent alors ressentir de la tristesse et la déprime.

  • La frustration, la colère et l’irritabilité: Les contraintes engendrées par cette pandémie peuvent être frustrantes et générer de la colère.

Source: Site de l’Ordre des Psychologues du Québec.

Si selon la Présidente de l’Ordre des Psychologues du Québec, il n’y a pas de chiffres précis sur la santé mentale pour l’instant, on peut affirmer que les personnes qui auraient besoin de consulter au Québec n’y parviennent pas. Un manque de ressources criant qui signifie un vrai enjeu de santé publique, qui pourrait devenir une urgence de santé publique.

Le port du masque, le nombre grimpant de contaminations, la perspective d’être à nouveau enfermés (et pour combien de temps?), cette nouvelle normalité mixée à une foule d’incertitudes, voilà ce qui dessine les contours d’un quotidien et d’un futur anxiogènes. Un cocktail assommant.

«On note une hausse de l’anxiété même chez ceux qui ne l’étaient pas auparavant! ll y aussi l’hypervigilance (cet état avancé de sensibilité accompagné de comportements exagérés dont le but est de détecter les menaces). On constate un épuisement mental qui s’est fait ressentir au terme des mois de confinement entraînant l’irritabilité et les divers problèmes de régulation des sentiments. Sans oublier ceux qui se sentent autodépréciés versus ceux qui se sentent mieux, ou semblent mieux s’en tirer. Le problème avec la santé mentale, c’est l’effet boule de neige!»

Ce qui a basculé

«Ce qui a basculé, c’est le sentiment qu’on était à l’abri d’une épidémie. On pensait à la peste de Camus, à la grippe espagnole, mais c’était de l’ordre du passé. Jamais on n’aurait imaginé que cela puisse nous arriver (malgré les craintes énoncées des scientifiques) et que cela dure en plus!»

Au printemps, on était en mode adaptation. On apprenait à vivre dans un quotidien redessiné, à composer en se privant de ce qui venait pimenter nos vies, ici et là. Exit restos, coiffeurs, soins esthétiques et autres petits luxes ponctuels, on se mettait sur pause.

«Au début, les gens ont été dociles, les consignes étaient très claires. Au fur et à mesure, elles sont devenues plus floues. Parallèlement, les gens allaient moins bien psychologiquement. On a constaté alors que certains devenaient plus sectaires, plus intolérants, ce qui n’est pas un signe de bien être.»

Ce qui semblerait le plus nous angoisser à la veille de cette deuxième vague, c’est le flou temporel dans un contexte de fatigue mentale généralisée. Quand sortirons-nous de cette pandémie? Rien de moins sûr, mais...

«Il ne faut pas oublier qu’il y aura une fin à cette pandémie et iI faut se le répéter. Il va falloir également expliquer aux gens que leur sentiment d’anxiété va être exacerbé à cause de la première fois, que la mémoire sélective va être réactivée. Vous allez revivre les sentiments à la puissance douze, mais il y a une fin à tout cela. Ne le perdez surtout pas de vue!»

Ne pas perdre de vue que...

- On n’est pas du tout dans un processus de deuil parce qu’il n’y a rien de définitif à cette situation. Il ne faut pas oublier qu’il y aura une fin à cette pandémie.

- Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour dire si cette pandémie nous a transformés. On est encore sur le qui-vive. Une fois la crise écartée, on pourra le mesurer. Ne pas oublier que l’homme a une grande capacité à oublier.

Les outils pour faire face à la 2e vague

  • Se mettre en action (par exemple, aider une personne âgée en faisant son épicerie);
  • S’informer auprès de sources officielles, s’appuyer sur des faits afin de relativiser la situation;
  • Éviter la surexposition aux nouvelles et médias traitant de la COVID-19, car le cerveau surexposé est plus inquiet;
  • Conserver ou intégrer de saines habitudes de vie dans son quotidien (bien s’alimenter, bouger, sortir à l’extérieur, bien dormir);
  • Rester en contact avec les gens qui vous font du bien en suivant les directives de santé publique;
  • Si vous avez de la difficulté à dormir, limitez votre temps devant un écran au moins une heure avant de vous coucher et tentez de faire des exercices de relaxation;
  • Créez une routine et variez vos activités;
  • Pratiquer des exercices de relaxation, de méditation, de yoga, de respiration et de pleine conscience;
  • Participer à des séances de groupe de soutien en ligne;
  • Faire preuve d’autocompassion et d’indulgence envers soi-même et les autres;
  • Cultiver l’empathie et la bienveillance auprès de vos proches
  • Utiliser, dans la mesure du possible, les stratégies qui se sont avérées efficaces pour vous par le passé;
  • Si vous faites du télétravail ou devez rester à la maison auprès de votre famille, tentez de vous réserver des moments en solitaire et afin de vous reposer, lorsque cela est possible;

Pour les aînés

  • Appeler plus souvent qu’à l’habitude, prendre de leurs nouvelles, s’informer de leurs préoccupations et les visiter dans la mesure du possible;
  • Écouter, ne pas nier ou encore minimiser ce qu’ils ressentent et expriment;
  • Leur rappeler d’être bienveillants et d’avoir de la compassion envers eux-mêmes.

Le site de l’Ordre des psychologues du Québec a mis en place une page spéciale COVID-19 avec de nouvelles thématiques abordées régulièrement.

Si vous vous sentez en détresse, que vous avez perdu de l’intérêt pour vos activités préférées, que les ressources autour de vous sont insuffisantes, que vous avez de la difficulté à accomplir vos tâches quotidiennes et que vous éprouvez une grande fatigue, une aide professionnelle peut être nécessaire.