NOUVELLES
31/03/2020 13:17 EDT | Actualisé 31/03/2020 19:47 EDT

COVID-19: les réserves de certains équipements médicaux en forte baisse

François Legault a affirmé que des commandes doivent arriver dans les prochains jours.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
François Legault (centre) a offert ses remerciements du jour aux chercheurs québécois. 

Avant la fin de la semaine, les réserves de masques dans les hôpitaux du Québec seront probablement épuisées.

Cette pénurie appréhendée de précieux outils de travail pour le personnel hospitalier survient au moment même où le nombre de malades explose au Québec, la province la plus touchée au Canada avec environ la moitié des cas confirmés de COVID-19.

L’épuisement des stocks d’équipement médical n’est donc plus qu’une question de temps, a prévenu le premier ministre François Legault, mardi, lors de sa conférence de presse quotidienne sur le sujet.

“Je veux vous dire la vérité. Pour certains équipements, on en a pour trois à sept jours”, a admis le premier ministre, en disant espérer que les commandes effectuées à l’étranger vont finir par arriver, “dans les prochains jours”, juste à temps pour éviter une rupture de stocks aux conséquences difficiles à évaluer.

“On est en pénurie de masques”, a renchéri le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda.

Le gouvernement est d’autant plus préoccupé par la situation que le sommet de la courbe d’éclosion du virus, attendu quelque part en avril, n’est toujours pas en vue.

EN VIDÉO: la conférence de presse du gouvernement du Québec 

Depuis le début de la lutte acharnée menée contre le virus extrêmement contagieux, tout le monde s’arrache littéralement ces précieux masques de procédure et masques N95 dans le milieu hospitalier.

À telle enseigne qu’on écoule désormais en un mois seulement les stocks qui suffisaient pour une année entière auparavant, a expliqué la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Québec n’a jamais prévu un tel scénario d’une véritable razzia pour mettre la main sur des masques médicaux, qui disparaissent comme des petits pains chauds.

Dans ce contexte, des dilemmes d’ordre éthique pourraient surgir dans les semaines qui viennent. Ainsi, que devra faire un médecin au chevet d’un malade atteint du virus, sans masque à sa disposition pour s’en approcher sans risque?

Le médecin devra alors s’abstenir de prodiguer des soins, si ce cas se présente, a tranché le premier ministre Legault. “Il n’est pas question qu’on demande à qui que ce soit de procéder à des actes sans être protégé”, a-t-il répondu, sans rien ajouter quant au sort ainsi réservé au malade.

Dans une entrevue récente au quotidien La Presse, le président du Collège des médecins, le Dr Mauril Gaudreault, a laissé entendre le contraire, faisant valoir que “l’intérêt du patient doit être au coeur des décisions” prises par le médecin, qui serait tenté de refuser de prodiguer des soins faute d’équipement de protection.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle consigne formulée au personnel du réseau de la santé: désormais, ne porter un masque que si c’est “essentiel”, a dit M. Legault.

Le Québec en est même rendu à devoir recycler ces outils de travail, normalement à usage unique. Le gouvernement recommande donc dorénavant de désinfecter les masques N95 usagés et de les porter à nouveau. ”Ça se fait et on va commencer à le faire”, a dit la ministre.

Parallèlement, le gouvernement cherche par tous les moyens à renouveler ses stocks. “On regarde partout où on est capables de commander” de l’équipement médical, a dit M. Legault, qui cherchait à se faire rassurant malgré la précarité de la situation.

Une livraison d’équipement doit arriver de l’Ontario prochainement, a-t-il annoncé, avant d’être contredit par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, semant ainsi la confusion.

Il a remercié les entreprises, dont les pharmacies Jean Coutu, qui possèdent des masques et qui ont accepté de les offrir au réseau de la santé.

Le Québec: premier au Canada

Frappé de plein fouet, le Québec est la province canadienne la plus contaminée par la pandémie de COVID-19, avec près de la moitié des 8484 cas confirmés. Et Montréal est la ville canadienne la plus affectée, avec près de 2000 malades.

En quatre jours, au Québec, le nombre de cas a plus que doublé, passant mardi à 4162 personnes infectées, avec 732 nouveaux cas en 24 heures, soit la hausse la plus importante observée jusqu’à maintenant.

Au total, 286 personnes ont dû être hospitalisées, dont 82 aux soins intensifs, et on compte un total de 31 décès à ce jour depuis le début de la crise.

Les lieux

Alors que la majorité des personnes décédées jusqu’à maintenant étaient âgées de plus de 70 ans et que ce groupe d’âge est considéré comme plus à risque, M. Arruda a dévoilé mardi le nombre de résidences pour aînés touchées par la COVID-19.

Il en a recensé plus de 400, dont 184 Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) dans lesquels il y a eu au moins un cas de contamination ou une situation, 114 résidences pour personnes âgées, 59 ressources intermédiaires et de type familial (RI-RTF) et 53 autres milieux de vie où peuvent vivre des personnes âgées.

La résidence Eva, à Lavaltrie, dans la région de Lanaudière, où ont été rapportés les quatre premiers décès, en est un exemple.

Mardi, elle comptait 39 cas de COVID-19 parmi ses résidants. De ce nombre, six personnes sont décédées.

“Je ne suis pas le bon dieu”

Sans compter le nombre de cas plus élevé au Québec qu’ailleurs au pays, la rupture de stocks d’équipement médical pourrait laisser croire que le Québec a peut-être failli à la tâche de bien se préparer à affronter la pandémie, qui a pris racine en Chine en décembre.

Questionné à ce propos, M. Arruda a soutenu qu’il était encore trop tôt pour le dire et pour faire des analyses.

“C’est le futur qui va nous dire si on était prêt ou pas”, a commenté le directeur de la santé publique, en s’engageant déjà à “faire mieux la prochaine fois, si on est encore ici, si je suis encore vivant”.

“Je ne suis pas le bon dieu”, a ajouté M. Arruda.

À VOIR ÉGALEMENT: