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COVID-19 dans les milieux de garde: des parents laissés dans le noir

La Fédération des intervenantes en petite enfance déplore un manque de transparence.

Les parents d’enfants fréquentant un service de garde d’urgence de Montréal où une éducatrice a reçu un diagnostic de COVID-19 n’ont pas été informés de la situation pendant des jours. Et ils ne l’ont été qu’après qu’une employée eut contacté son syndicat, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), pour les aviser.

«Les employées ont été averties assez rapidement, mais ça a pris trois ou quatre jours après le test pour les parents des enfants qui avaient été en contact avec l’employée infectée», a raconté l’une des éducatrices au HuffPost Québec. Elle a demandé à conserver son anonymat pour protéger son emploi.

Mise au fait de la situation, la FIPEQ-CSQ est intervenue auprès du ministère de la Famille et de la santé publique, qui ont approché le CPE pour que les parents soient avertis. «Mais il y a eu quand même eu quelques jours où personne ne le savait alors que le CPE est encore ouvert», déplore la présidente de l’organisation syndicale, Valérie Grenon.

«Pour nous, c’est inacceptable que les parents ne le sachent pas», ajoute-t-elle.

Elle rappelle qu’il est pourtant commun pour les milieux de garde de notifier tous les parents lorsqu’un cas de maladie infectieuse se déclare au sein de l’établissement. «Dans un CPE, si nous avons un cas de steptocoque ou de scarlatine dans un local, sans dire c’est quel enfant, [...] on informe tous les parents avec une lettre», explique Mme Grenon. «On s’attendait à ce que ce soit la même chose avec la COVID-19, parce que comme parent, j’ai le droit de décider si j’envoie mon enfant dans un endroit où il y a une maladie.»

D’autant plus que plusieurs parents dont les enfants fréquentent les services de garde d’urgence travaillent dans le milieu de la santé et pourraient être en contact avec des personnes vulnérables.

Seuls les enfants dont les parents occupent des emplois essentiels peuvent fréquenter les services de garde d'urgence. Il s'agit surtout de travailleurs de la santé, mais aussi de pompiers, de policiers ou d'éboueurs, par exemple.
Seuls les enfants dont les parents occupent des emplois essentiels peuvent fréquenter les services de garde d'urgence. Il s'agit surtout de travailleurs de la santé, mais aussi de pompiers, de policiers ou d'éboueurs, par exemple.

Si les parents ont été avisés sur-le-champ par certains services de garde, il semble que la décision de divulguer ou non un cas de COVID-19 revienne à la direction de chaque établissement.

Dans une lettre envoyée au ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, la FIPEQ-CSQ réclame donc plus de transparence envers les parents.

«Afin de maintenir le lien de confiance privilégié que nous avons avec les parents utilisateurs de notre réseau, la divulgation des cas de COVID-19 doit être automatique et un registre public devrait être disponible», écrit Mme Grenon.

Des protocoles variables

L’organisation syndicale demande également à la santé publique de mettre en place un protocole «fixe et transparent», pour gérer les cas de COVID-19 dans les milieux de garde d’urgence partout à travers la province. «Là, on y va à tâtons et il y a des décisions différentes qui se prennent», déplore Mme Grenon.

Elle cite l’exemple d’un autre CPE, aussi dans la région de Montréal, que la santé publique a choisi de fermer dès qu’un cas a été confirmé, alors que le premier demeure ouvert.

«On veut que la santé publique rende ses protocoles publics pour que les intervenantes sachent à quoi s’attendre [quand un cas de COVID-19 est confirmé]», résume-t-elle. «On place certaines personnes en quarantaine, mais du personnel et des enfants ayant été en contact demeurent au CPE sans avoir été testés.»

Elle craint d’ailleurs que les 15 cas de COVID-19 déclarés dans les milieux de garde d’urgence ne soient que la pointe de l’iceberg. «Les 15 cas confirmés cachent peut-être une centaine d’enfants ou d’intervenantes qui ont eu la COVID-19, parce qu’il n’y a pas de tests de disponibles», déplore Mme Grenon.

«Il va falloir conscientiser les parents, mais également les informer, parce que ça va se propager comme dans les CHSLD.»

- Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ-CSQ

Dans le cas du CPE où une éducatrice a été infectée, seules les employées qui avaient été en contact avec elle lors de son dernier jour de travail auraient été mises en quarantaine, selon sa collègue. Après l’intervention du syndicat, les enfants qui étaient sous sa responsabilité cette journée-là on également été mis en quarantaine. Entretemps, ces enfants ont été en contact avec d’autres employées qui, elles, n’ont toujours pas subi de tests ou été mises en quarantaine. L’employée infectée est maintenant hospitalisée.

Rien pour rassurer les intervenantes, dont certaines sont «très inquiètes». «On se demande toutes si on va être la prochaine», laisse tomber sa collègue.

«Notre inquiétude c’est qu’on s’en va vers une réouverture», renchérit Valérie Grenon. «On va avoir de plus en plus d’enfants dans nos services, ce qui va amener encore plus de risque de contagion. Il va falloir conscientiser les parents, mais également les informer, parce que ça va se propager comme dans les CHSLD.»

Le ministère de la Famille n’avait pas répondu aux questions du HuffPost Québec, mercredi soir.

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