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07/02/2021 10:44 EST

COVID-19: un lanceur d'alerte honoré à l'occasion de l'anniversaire de son décès

Un petit flux de personnes a marqué l’anniversaire avec des visites à l’hôpital samedi, certaines ont laissé des fleurs.

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Une carte avec un portrait du Dr Li Wenliang à l'hôpital de Li à Wuhan, dans la province du Hubei en Chine centrale. (photo d'archive)

WUHAN, Chine - Le message était caché dans un bouquet de chrysanthèmes laissé par une personne en deuil à l’arrière de l’hôpital central de Wuhan pour honorer le médecin dénonciateur chinois décédé après avoir attrapé la COVID-19 il y a un an. Un message qui indiquait simplement le numéro d’un verset biblique: Matthieu 5:10.

«Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux», lit-on dans le verset.

Il y a un an dimanche, le Dr Li Wenliang est décédé du virus détecté pour la première fois dans cette ville chinoise. Un petit flux de personnes a marqué l’anniversaire avec des visites à l’hôpital samedi, certaines ont laissé des fleurs.

L’ophtalmologiste de 34 ans était l’un des huit lanceurs d’alerte que les autorités locales ont punis très tôt pour avoir «répandu des rumeurs» sur un virus semblable au SRAS dans un groupe de médias sociaux. Sa situation, finalement rendue publique dans les médias, a fait de lui un symbole puissant des risques d’aller à l’encontre des messages officiels en Chine.

Le public chinois a rapidement aimé le Dr Li, dont la présence en ligne brossait le portrait d’une personne ordinaire. Sa femme était enceinte et il allait bientôt devenir père. Il a «lancé l’alerte» parce qu’il voulait avertir les autres.

Le public a également vu qu’il périssait en raison de la maladie dont il les mettait en garde. Il en est finalement mort.

La mort de Li Wenliang a été initialement rapportée par les médias d’État chinois dans la nuit du 6 février 2020, mais les médias ont rapidement retiré leurs reportages. Quelques heures plus tard, au petit matin du 7 février, l’hôpital central de Wuhan a annoncé sa mort.

Les Chinois ont pleuré sa mort, en ligne et hors ligne. Des personnes en deuil ont apporté des fleurs à l’hôpital, tandis qu’en ligne, certaines personnes étaient furieuses et exigeaient la liberté d’expression - ces messages ont été rapidement censurés.

La mort du Dr Li a semblé soulever un défi pour le gouvernement central, alors que la colère du public augmentait.

«Une société saine ne devrait pas avoir un seul type de voix», avait déclaré le Dr Li dans une interview avec le magazine d’affaires chinois Caixin l’année dernière.

Les autorités du gouvernement central ont mené une enquête sur la mort de lanceur d’alerte, concluant que l’officier qui a puni le médecin devrait être réprimandé. Un policier a été démis de ses fonctions, tandis qu’un autre a reçu un avertissement officiel, ont rapporté plus tard les médias d’État.

À la fin de l’enquête, les autorités ont publié un document de questions-réponses, dans laquelle elles notaient: «Li était un membre du Parti communiste, pas une soi-disant personne qui était contre le système». «Il a dit que ceux qui l’ont étiqueté de cette façon étaient des forces ennemies.»

Depuis lors, l’épidémie a été largement contrôlée à l’intérieur des frontières de la Chine, et le récit officiel est maintenant celui d’un triomphe. La Chine vient de sortir un film - Days and Nights in Wuhan - qui célèbre la ligne officielle de la Chine selon laquelle les mesures qu’elle a prises, y compris le confinement sans précédent qu’elle a imposé à la ville, ont fait gagner un temps précieux au monde pour se préparer à la pandémie.

Ce récit victorieux a été davantage souligné par la dévastation que la pandémie a provoquée dans de nombreux autres pays. Cependant, beaucoup ont remis en question la réponse de la Chine face au virus et son niveau de transparence au cours des premières semaines.

Ce n’est que le mois dernier que la Chine a finalement autorisé une équipe de l’OMS à pénétrer dans le pays pour enquêter sur la pandémie.

Wuhan est quasiment revenu ce qu’elle était, avec des centres commerciaux et des rues bondées, et il y a peu de preuves visibles des souffrances que la ville a endurées. Pourtant, quelques-uns de ses habitants pleurent tranquillement.

La mort du Dr Li est toujours un sujet sensible et sa famille s’est abstenue de donner des interviews aux médias. Bien que son profil Weibo ait été laissé en place, il n’y a pas eu de cérémonie publique à grande échelle.

La personne qui a laissé les fleurs et le verset biblique samedi a refusé d’être interviewée, affirmant que ça serait embêtant.

Un couple qui a déposé un bouquet à l’avant de l’hôpital a été invité par la sécurité en civil à apporter ses fleurs à l’arrière du bâtiment, où se trouvait un jardin.

Une petite collection de bouquets, dont certains avec des messages nichés au fond des fleurs, y avait été déposée samedi soir.

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