COVID-19 et réunions familiales : comment rassurer les enfants?

À Noël, ils ne veulent surtout pas offrir la COVID-19 à leurs grands-parents...

Beaucoup de Québécois croisent leurs doigts pour que les réunions familiales soient autorisées pour Noël. Mais pour certains enfants qui sont retournés sur les bancs d’école, s’exposant à la COVID-19, la peur d’infecter leurs proches, dont leurs grands-parents vulnérables, les tourmente. Comment les préparer aux Fêtes 2020 ou aux éventuels rassemblements familiaux?

Dédramatiser ou donner l’heure juste?

Les enfants sont loin d’être bêtes. Ils sont donc souvent en mesure de comprendre les mesures sanitaires ainsi que les risques que comportent les rassemblements. Selon leur âge, leur fragilité et leur curiosité, il est possible d’exposer les réalités liées au coronavirus, les risques potentiels pour la santé de leurs proches, sans voir leur niveau d’anxiété exploser, croit la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier.

«Un bon truc que je donne aux parents, c’est d’y aller en fonction des questionnements de l’enfant. S’il pose des questions, c’est qu’il est prêt à entendre la réponse, explique-t-elle. On suit son rythme en accueillant ses émotions progressivement. Si on sent qu’il est prêt à aller plus vite, go!»

Pour pouvoir les informer adéquatement, leur donner l’heure juste, tout en les rassurant, les parents ont le devoir d’être très au fait de l’évolution de la pandémie ainsi que de la santé de ceux qu’ils côtoient. Ils doivent pouvoir expliquer pourquoi la Santé publique impose ces mesures ou les allège à certains moments précis - et qu’ainsi les risques d’infection demeurent contrôlés.

La plupart d’entre eux seraient par ailleurs déjà très éveillés par rapport aux enjeux sanitaires puisqu’on leur enseignerait à l’école. Le parent, de son côté, peut ensuite nuancer les fausses idées reçues ou discours, parfois incompris, en invitant leur progéniture à s’exprimer sur la question. «Sans en faire l’unique sujet de discussion, on peut les questionner sur leurs craintes. Ce qu’ils ont à dire fait peut-être beaucoup de sens, on doit les entendre et leur faire comprendre que leur opinion a sa place».

Pour ce qui est des risques de mortalité ou des potentielles pertes financières, vaut mieux ne pas les aborder avec les jeunes enfants. «Un grand ado va comprendre, mais si c’est pas dans le vocabulaire de l’enfant, on évite la notion de mort ou d’argent. […] À quel point on a besoin de dire que papi est très très très malade? On évite de transmettre nos propres angoisses», conseille Dre Beaulieu-Pelletier.

Chacun son rôle

À l’approche d’une réunion avec les grands-parents, une concertation familiale est tout indiquée afin d’établir un plan de match pour assurer la sécurité de tous.

«C’est important d’indiquer que tout le monde est impliqué et a sa responsabilité. Il ne faut pas que le poids soit juste sur les épaules de l’enfant [puisqu’il va à l’école, NDLR]. On constate ensemble les risques et on se dit : “moi, comme parent, je vais faire ça et toi, comme enfant, tu vas faire ça“. Comme ça, ça amène un sentiment de contrôle, ce qui très rassurant pour l’enfant, pointe la psychologue. Ils comprennent et sont motivés à trouver des solutions. Ils trouvent des idées pour passer l’Halloween. Ils peuvent contribuer.»

Mais même si Québec juge éventuellement raisonnable d’alléger les mesures sanitaires pour Noël, l’angoisse de l’enfant par rapport aux risques d’infection de ses proches vulnérables peut demeurer légitime. «Il faut l’écouter, simplement, et trouver une solution qui conviendra à tous. […] Si la situation rend aussi anxieux le parent, c’est peut-être parce que la décision [d’inclure les grands-parents dans les célébrations, NDLR] est inadéquate», suppose Dre Beaulieu-Pelletier.

Des choix délicats

Mère de deux ados de 11 et 13 ans, Julie* - qui compte déjà recevoir ses parents pour les Fêtes - sait très bien que ses enfants ne pourront s’empêcher de voir leurs amis même si leurs grands-parents viennent partager une part de tourtière à Noël.

«C’est égoïste, mais je ne peux pas non plus les empêcher. À ce stade-ci, je me dis que c’est un risque calculé, qu’ils sont au courant [autant les enfants que les grands-parents, NDLR], qu’on va tous se faire vacciner contre la grippe pour déjà éliminer ça, et respecter certaines distances, dans la mesure du possible. [Même si les mesures sont respectées, NDLR] le risque zéro n’existe pas de nature. Faut vivre avec la possibilité de contamination», confie-t-elle.

Si on veut absolument respecter les mesures sanitaires en vigueur, la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier suggère sinon de laisser le choix «difficile» à son ado entre voir ses amis et être séparé des grands-parents à Noël, ou de garder ses distances dans la cour d’école et participer aux festivités familiales. «Si c’est plus souffrant pour lui de se priver de ses amis, on le laisse faire. C’est très confrontant, reconnaît-elle, mais chacun a sa réalité. Les ados ont besoin de leur autonomie. On doit entendre ses besoins, ses frustrations, sans critiquer. Sinon quand on ne se sent pas entendu, on réagit davantage.»

S’aimer à distance

Les plus petits qui voudront bécoter mamie et papi devront également revoir leurs habitudes, avec l’aide de leurs parents.

Dre Beaulier-Pelletier recommande de leur expliquer que «l’amour se ressent dans notre coeur et non pas nécessairement dans une caresse. On peut, par exemple, se serrer très fort au téléphone et lui demander s’il ressent notre amour, mettre des bisous sur papier qu’on garde dans notre poche ou qu’on envoie par la poste.»

Dans le salon, à Noël, pendant le traditionnel échange de cadeaux, on peut se faire de gros câlins collectifs de famille à distance, dessiner les autres membres de la famille en montrant combien on les aime. On peut transformer le souper «distancé» en jeu : les enfants au comptoir, les parents à table. «Il y a moyen de rendre ça ludique en étant créatif.»

Pour expliquer le coronavirus et ses dangers aux petits sans les inquiéter, Dr Frédérick L. Philippe et Dre. Beaulieu-Pelletier ont mis sur pied une petite histoire imagée et métaphorique. La voici :

«C’est comme si nous étions des petites autos qui peuvent transporter le virus d’une auto à l’autre.

Si ton auto est en bon état, tu vas juste le transporter dans la valise de ton auto. Et parfois même tu ne t’en rendras même pas compte que tu le transportes.

Si une autre auto te donne le virus, mais que ton auto est plus usée, ça pourrait causer des dommages à ton auto. Ton auto pourrait tomber en panne et tu devrais l’amener au garage.

Alors, les garages pourraient recevoir beaucoup de voitures usées en même temps à réparer, et avoir de la difficulté à toutes les réparer en même temps.»

* Source avec les images ici

* Nom fictif