Quand l’école à la maison est (finalement) un «cadeau»

Henri, 12 ans, a baptisé son école à la maison «L’académie du Confetti».
Henri Boisseau-Ouellet, 12 ans, est en 6e année, et fait l’école à la maison avec sa maman.
Henri Boisseau-Ouellet, 12 ans, est en 6e année, et fait l’école à la maison avec sa maman.

Henri Boisseau-Ouellet, 12 ans, est en 6e année, et fait l’école à la maison. Pas à distance, via un lien Zoom ou Teams où les enseignants jonglent entre les élèves qui oublient d’éteindre leur micro et ceux qui ont une connexion défectueuse. Non, à la maison, dans la cuisine d’un appartement de Ville-Émard plus précisément, où un meuble dédié aux travaux scolaires a été installé. Rencontre avec une famille qui a choisi de vivre ensemble, toute la journée, la pandémie.

Comme certaines autres familles québécoises, ses parents, Catherine Ouellet-Cummings et Julien Boisseau, ont décidé de se lancer dans l’aventure en septembre dernier, sans expérience en éducation ni diplôme d’enseignement. Épaulés par Hélène Ouellet, la mère de Catherine et voisine du dessus, accompagnés d’une cousine enseignante au troisième cycle, et des ressources mises en ligne par le gouvernement, ils ont réorganisé leurs journées de travail et leur vie de famille pour mener à bien leur projet.

Lors du premier confinement, «on a presque vécu comme un cadeau de pouvoir passer autant de temps avec Henri à la maison», se souvient Catherine.

Face à l’incertitude de la rentrée de septembre, le couple à la tête d’une entreprise de design graphique et de rédaction, en télétravail depuis 14 ans, envisage de gommer un peu plus la frontière entre vie de famille, professionnelle, et scolaire.

Henri Boisseau-Ouellet entouré de ses parents et de sa grand-mère.
Henri Boisseau-Ouellet entouré de ses parents et de sa grand-mère.

«On a presque vécu comme un cadeau de pouvoir passer autant de temps avec Henri à la maison.»

- Catherine Boisseau-Ouellet

«Ils [le gouvernement] parlaient de fermer des classes quand il y avait des cas. Pour nous, ça semblait difficile à gérer. Et il y a eu des cas de COVID, la classe d’Henri a été fermée, explique Julien. Peut-être que c’est mieux de réduire la charge de travail, faire l’école à la maison, mais d’être bien organisés?», s’interroge-t-il.

Une décision difficile

S’ajoute à leur réflexion la situation médicale de la grand-maman Hélène, âgée de 62 ans, diabétique, et appartenant à la même bulle. Il était hors de question pour les membres de la famille de prendre le risque de la contaminer.

Pourtant, pour la famille très impliquée à l’école - Catherine et Julien comme bénévoles, et Hélène surveillant le service du dîner - la décision est difficile à prendre. Même si Henri est bon élève et que ses résultats scolaires ne sont pas un enjeu, ils s’inquiètent. «Un an sans voir ses amis, qu’est-ce que ça fait?», se demandait Julien.

L’enthousiasme fait place au doute…

«C’était un sujet un peu sensible. Chaque fois qu’on en parlait, on s’obstinait un petit peu. Parce que moi je voulais vraiment faire l’école à la maison», rappelle Henri, qui avait hâte de réaliser des projets avec ses parents, dont deux maquettes, celle du phare de Pointe-des-Monts (sur la Côte-Nord) et celle des escaliers qui mèneront à leur future terrasse sur le toit.

«Un an sans voir ses amis, qu’est-ce que ça fait?»

- Julien Boisseau-Ouellet
Henri Boisseau-Ouellet et son père.
Henri Boisseau-Ouellet et son père.

Autre doute pour Catherine : la conciliation travail/école et la charge mentale! «J’avais peur que ça finisse par être seulement ma responsabilité et que Julien travaille».

La décision est enfin prise de scolariser Henri à la maison pour l’intégralité de l’année scolaire. Catherine s’occupe du français, des maths, de l’anglais, et Julien des projets artistiques. Un moment est réservé à l’activité physique le matin (marche, yoga ou patin).

Charge mentale

«Au niveau du partage de la charge mentale, ce n’est pas tout à fait équitable, explique Catherine. J’en prends plus sur mes épaules, ne serait-ce que tout ce qui touche à la réussite scolaire de notre projet, mais c’est une discussion qu’on a de façon récurrente, et on a trouvé un bon équilibre».

Quant à Hélène, elle prend la relève en fin d’après-midi et partage parfois avec son petit-fils un poulet à la Kiev, en plus de longues discussions, et de moments privilégiés autour du piano. Mais malgré les précautions de la famille, Hélène a reçu mi-janvier un diagnostic positif à la COVID-19. Ses symptômes sont mineurs (perte d’odorat, maux de tête, mal aux muscles). Le reste de la famille est négatif.

Le secondaire en septembre

Henri devrait reprendre le chemin de l’école dès septembre pour sa rentrée au secondaire. S’il est impatient de rejoindre le club de design de mode et d’apprendre de nombreuses langues pour devenir un «citoyen du monde», il ne regrette pas cette parenthèse familiale. Tout comme ses parents d’ailleurs!

«J’ai appris des choses sur Henri dans ce contexte-là, souligne Catherine. Quand on fait l’école ensemble, il est plus concentré, attentif, ouvert d’esprit. Je trouve ça vraiment trippant de le découvrir comme élève».

«Je me suis ennuyé de deux choses pour l’instant: la semaine avant Noël et la semaine avant Halloween.»

- Henri Boisseau-Ouellet
Henri Boisseau-Ouellet, 12 ans, est en 6e année, et fait l’école à la maison.
Henri Boisseau-Ouellet, 12 ans, est en 6e année, et fait l’école à la maison.

Henri a baptisé son école à la maison «L’académie du Confetti» et a même dessiné le logo de cette école éphémère sur Illustrator!

«Je me suis ennuyé de deux choses pour l’instant, avoue-t-il : la semaine avant Noël et la semaine avant Halloween», pour les activités proposées par l’école. Quant à ses amis et professeurs, le jeune garçon garde avec eux un contact virtuel, mais modéré.

«J’ai pas de cellulaire, pas d’ordi à moi. J’haïs ça les écrans, j’en veux pas; les jeux vidéo, ça ne m’intéresse pas du tout», insiste celui qui n’a ni compte Facebook, ni compte Instagram. Un garçon étonnant qui a tout de même accepté, à la demande de sa mère, d’avoir un téléphone flip l’année prochaine. «Ma mère a insisté pour que j’ai des textos. Il va y avoir un rang de lettres, puis c’est tout.» Comme quoi, l’avenir de Zoom n’est pas tant assuré!

Vous et votre famille avez aussi vécu une aventure incroyable, inspirante ou difficile avec la COVID-19? La pandémie a changé votre vie pour le mieux? Contactez-nous à nouvelles@huffpost.com pour en témoigner.