COVID-19 : Calmer son hypocondrie en temps de pandémie

Vous avez constamment l’impression que le virus vous guette? Lisez ceci.

À l’heure de la pandémie de COVID-19, difficile pour certains de garder leur sang-froid en ce qui concerne leur santé. Des psys expliquent comment reconnaître et gérer l’anxiété reliée à la maladie, aussi appelée hypocondrie.

Êtes-vous hypocondriaque?

Se préoccuper de sa santé et prendre les mesures suggérées par les autorités dans un contexte de pandémie, c’est normal et même fortement conseillé. Constamment en parler, mal dormir la nuit, avoir l’impression d’avoir des symptômes même si on a été testé négatif, s’imposer des conditions d’isolement supplémentaires, et penser à prendre des bains de Purell, ça l’est moins.

« L’hypocondrie, c’est une distorsion de la réalité, c’est quand on s’imagine ou aggrave des symptômes. Ça peut se manifester par des appels trop fréquents au 811, des visites trop courantes aux urgences, au point où différents médecins reconnaissent les patients par leur nom, […] une fausse perception de symptômes, ou par la germophobie, la peur de contracter un microbe qui nous pousse à constamment nous laver les mains pour être rassuré», pense le psychologue Pierre Faubert.

Mais comme beaucoup de Québécois sont en quarantaine volontaire sur les conseils du gouvernement au moment d’écrire ces lignes, il s’avère compliqué actuellement pour les professionnels de la santé mentale de poser un diagnostic.

«C’est difficile d’évaluer la gravité de l’hypocondrie dans le contexte actuel où notre fonctionnement est chamboulé et où c’est normal d’être anxieux. Les médecins le décèleront pas nécessairement», reconnaît Dr. Camillo Zacchia, psychologue spécialisé en traitement de l’anxiété.

«Les psychologues émettent généralement un diagnostic d’hypocondrie quand la personne a des problèmes de fonctionnement, précise-t-il. Oui, on peut éprouver de la souffrance en lien avec la peur de tomber malade, mais là où on s’inquiète, c’est quand les gens abandonnent leur vie sociale, leur emploi, leurs études pour justement tenter de limiter cette souffrance reliée au soucie extrême de leur santé.»

Peu importe la cause de l’hypocondrie, qu’elle soit reliée à une anxiété sociale, un tempérament individuel et (parfois) héréditaire névrotique, un trauma, ou une situation pandémique, il est recommandé de consulter un professionnel dès qu’on se sent dépassé, sérieusement menacé, ou qu’on s’inflige des limites non requises, affectant notre fonctionnement.

Quoi faire pour se rassurer?

Une pandémie est inévitablement anxiogène. Toutefois, pour apaiser l’anxiété les professionnels recommandent d’abord de s’informer auprès de sources fiables, c’est à dire les grands médias ainsi que les sources gouvernementales. Une déconnexion des réseaux sociaux où une tonne de fausses informations et de contenu anti-scientifique circulent est recommandée.

Il y a également un travail de réflexion personnelle à faire. «Voilà ce que je dis à mes patients à tendance hypocondriaque dans tous les contextes : “Deux constats. Une bonne nouvelle et une mauvaise. Si on se fie aux statistiques, la bonne est que tu vas probablement mourir vieux. La mauvaise, c’est que ça se peut que tu meures plus jeune. On ne peut rien y changer. Oui, c’est vrai qu’il y a une infime chance de mourir plus jeune, mais c’est vraiment très peu probable“. C’est de même qu’on réussit à se rassurer. […] Vivez comme si vous alliez vivre longtemps», affirme Dr. Zacchia.

Autrement dit, on ne devrait pas tout miser sur les possibilités - dans ce cas-ci de contracter le virus - , mais sur le scénario le plus probable, soit que tout est mis en place pour limiter la propagation et que la plupart des gens infectés survive.

Les données récoltées à partir de l’expérience chinoise où le virus a d’abord explosé montraient que le taux de mortalité est faible chez les jeunes adultes, mais grimpe chez les aînées. Radio-Canada citait, par exemple, que le taux décès était de 0,2 % chez les 30-39 ans, et atteignait 8 % pour la tranche d’âge de 70 à 79 ans.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies indiquait sinon le 11 mars dernier qu’environ 3,5% des malades diagnostiqués tous âges confondus en mourraient, avec des disparités selon les pays.

Pour mieux comprendre son raisonnement, Dr. Zacchia cite un exemple comique. «Mettriez-vous tout votre argent, incluant votre budget d’épicerie, de déplacements et autres - dans la loterie pour garantir votre retraite? C’est possible que vous gagniez un pactole et jouissiez d’une retraite formidable, mais c’est bien plus probable que vous vous retrouviez sans un sou à 65 ans. C’est stupide. Vaut mieux se fier sur ce qui est plus raisonnable, sur le scénario le plus probable [NDLR : que vous ne mourrez pas du coronavirus] et non la possibilité minime [que vous mourriez].»

Quoi faire si on angoisse?

Vous vous réveillez la nuit en sueur parce que vous avez peur d’avoir le virus? Vous sentez l’anxiété et l’angoisse monter? Pratiquez la respiration consciente ou cohérence cardiaque qui apaisent momentanément… puis attendez, tout simplement, conseille Dr. Zacchia.

«S’il n’y a pas d’urgence, il ne faut pas agir tout de suite. Attendez quelques heures, même jusqu’à demain, pour voir plus clair. Ensuite, on regarde les faits, on évalue les indices de façon plus rationnelle, et on réfléchit à ce qui pourrait être raisonnable comme action. Si nos symptômes sont absents le lendemain, inutile d’aller voir le médecin. Quand on entend une alarme d’incendie, par exemple, on panique, puis quand elle s’éteint, on prend le temps d’évaluer la cause du déclenchement. “Ah, ce n’était que le grille-pain. Pas besoin d’évacuer“.»

«Toutefois, on se sert de notre logique, nuance-t-il. Si l’auto fait du bruit en la conduisant, on l’arrête, on l’évalue et si le bruit se poursuit, c’est une bonne idée d’aller chez le garagiste. Même chose dans le cas d’un symptôme qui ne passe pas le lendemain. On va chez le médecin.»

Les fausses bonnes idées

Consulter toutes les sources d’information

On s’éloigne de tout contenu anti-scientifique, anti-vaccin et toutes sources louches qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux. Misez sur les sites des grands médias ainsi que sur les sources gouvernementales.

Consulter des médecins à répétition

«Pour calmer notre hypocondrie, il ne faut pas nécessairement aller chez le médecin, dit Dr. Faubert. C’est comme aller chez le vétérinaire pour un problème d’auto. On se rend plutôt chez le psychologue, on fait une thérapie pour identifier la détresse psychique, comprendre d’où ça vient et amener la personne à faire une conscientisation des causes probables de son angoisse existentielle qui se traduit parfois par des symptômes physiologiques. C’est dur puisque l’hypocondriaque a tendance à voir toutes les failles dans le thérapeute.»

Se couper complètement du monde

Heureusement, nous ne sommes pas en pleine invasion d’extraterrestres pendant laquelle il faut tous s’enfermer dans un bunker. Les psychologues suggèrent de continuer de rester en contact avec nos proches électroniquement, de sortir à l’extérieur sans nécessairement fréquenter les endroits publics, de garder une vie sociale le moindrement active. «On limite nos contacts, mais on ne doit pas arrêter de vivre. Ça, c’est anxiogène. On veut éduquer quoi à nos enfants? D’avoir peur des étrangers? Sommes-nous prêts à payer ce prix-là comme société au nom d’un virus?»

Vous croyez avoir des symptômes du COVID-19, téléphonez à la ligne québécoise spéciale 1-877-644-4545, plutôt que d’appeler Info-Santé.

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