Couple: êtes-vous victime de chantage émotif?

Ce n'est pas normal de se sentir coupable constamment.

Les relations de couple sont particulièrement mises à l’épreuve pendant la pandémie. Et la tension peut rapidement monter lorsque du chantage émotif entre en jeu. Mais comment le reconnaître avant qu’il ne fasse trop de dommages? Explications.

Disons que vous êtes en couple. Vous avez partagé un chien pendant cinq ans avec votre partenaire, mais techniquement l’animal a été adopté six mois avant que vous officialisiez la relation. Vous aimez le pitou, et pendant une engueulade explosive, il vous jette à la figure : «si tu me quittes, tu ne reverras plus jamais le chien».

C’est évidemment du chantage émotif. Mais parfois les tactiques sont plus insidieuses; quand il n’y a pas de menaces directes, par exemple.

«On le reconnaît quand un proche utilise la peur ou le sentiment de culpabilité pour faire plier l’autre, pour jouer avec sa vulnérabilité» et ainsi l’amener à se sentir obligé de faire certaines actions, explique le thérapeute conjugal et familial, Patrick De Bortoli. Ça ne veut pas dire inévitablement que la relation est toxique, mais il faut l’aborder afin de mettre fin à cette dynamique malsaine.»

Voici quelques exemples communs:

  • «Tu vas le regretter si tu fais ci ou ça…»
  • «Comment tes amis, ton patron ou tes parents prendraient ça s’ils apprenaient que tu as fait XYZ?»
  • «On est une famille. C’est ça que tu es censé faire pour nous autres.»
  • «Je vais le dire aux enfants que tu as…»
  • «Pourquoi ne veux-tu pas me prêter de l’argent alors je suis dans le pétrin? X et Y acceptent de m’aider, eux.»
  • «Pourquoi ne veux-tu pas m’aider alors que je l’ai fait pour toi il y a des années?»

Le détournement cognitif, aussi appelé «gaslightling», est l’une des tactiques de chantage émotif les plus sournoises pendant laquelle «le manipulateur plante des graines de doute dans la tête de la victime», affirme la thérapeute conjugale américaine Darlene Lancer. Vous remarquez, par exemple, que votre partenaire flirte avec un(e) collègue, puis lorsque vous lui dites, il vous fait sentir que vous êtes fou de penser qu’il pourrait sortir avec quelqu’un qu’il côtoie au travail.

D’où ça vient?

Si les personnes responsables du «blackmail» émotionnel peuvent facilement être taxées de «sans coeur», leur comportement manipulateur découlerait au contraire d’un trop-plein d’émotions mal géré.

«Généralement, ce genre de menaces ou de tactiques de manipulation se manifeste lorsqu’une personne se sent insécure dans sa relation, ou autrement dit pas aimée. C’est souvent une stratégie de dernier recours», pointe la sexologue Caroline Messier-Bellemare.

«C’est comme une façon de reprendre le contrôle émotionnel, d’assurer sa survie psychologique, mais d’une façon malhabile pour satisfaire ses besoins fondamentaux de se sentir aimé et validé», surenchérit M. De Bortoli.

Suivant cette logique, il y a fort à parier que votre partenaire ne sache pas comment exprimer qu’il vous sent distant, autre que par la menace, qu’elle soit volontaire ou non.

«Ce n’est définitivement pas la meilleure approche. Quand la personne devant moi est en train de franchir une frontière en lien avec ma personne, mes limites, il y a transgression. Ça devient du blackmail et il faut faire quelque chose», dit Patrick De Bortoli.

Comment confronter notre partenaire?

Il faut savoir d’abord que ce n’est pas votre responsabilité de «réparer», soigner, psychanalyser votre partenaire qui vous traite mal. «N’oubliez pas que le manipulateur choisit ses comportements et ses dilemmes, et qu’il essaie de vous transférer cette responsabilité, affirme Darlene Lancer. Ne le laissez pas faire.»

Selon l’intensité du chantage ou de la manipulation, les interventions diffèrent beaucoup. Si vous jugez que vous en êtes à vos premiers épisodes de chantage, on peut ouvrir le dialogue en s’exprimant idéalement à la première personne du singulier, au «je», sans pointer du doigt. Par exemple: «Je me suis senti blessé parce que j’ai senti que j’allais recevoir ta reconnaissance, ton amour seulement si je me conformais à certaines conditions». Ça permettra notamment d’explorer ce qui a pu nourrir cette peur de l’abandon chez l’autre et de trouver des façons de le rassurer à l’avenir.

Il importe également d’imposer ses limites tout de suite afin que ça ne se reproduise plus. Il faut faire comprendre à l’autre que la manipulation, ça ne passe pas.

«On ne doit pas tout adresser [à deux, NDLR], nuance toutefois M. De Bortoli. Si ça fait des années que ça dure, qu’il te prive de XYZ pour obtenir de la valorisation, on peut aller chercher de l’aide professionnelle ou quitter cette relation-là». Personne ne mérite de souffrir des insécurités de l’autre ou de se sentir menacé dans une relation, qu’elle soit amoureuse, familiale ou amicale.

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Avec la collaboration de Jenna Birch du HuffPost États-Unis