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02/08/2019 13:20 EDT

Le corps de sa mère a été illégalement vendu à l'armée pour des tests d'explosion

Un centre pour la donation de corps en Arizona coupait les dépouilles en morceaux pour les revendre, plutôt que de les donner à la recherche médicale.

En Arizona, un homme a été choqué d’apprendre que le corps de sa défunte mère a été utilisé par l’armée pour effectuer des tests d’explosion, alors qu’il croyait l’avoir donné à la science. Il se fait entendre alors que le centre privé de donation de corps est accusé de faire du trafic, de la mutilation de corps humain, et même de recoudre certaines parties humaines «à la Frankenstein». 

ATTENTION: Les descriptions qui suivent pourraient choquer certaines personnes.

«Je ne vois aucune manière de passer par-dessus cet évènement», a témoigné Jim Stauffer à la station de Phoenix ABC 15 à propos de ce qui est arrivé au corps de sa mère après qu’il eut fait don de ses organes à un centre de ressources biologiques à Phoenix. 

Jim Stauffer fait partie de multiples plaignants qui ont intenté une poursuite contre le centre, désormais fermé, et contre son propriétaire, Stephen Gore. La poursuite suit le raid du FBI effectué en 2014, qui a dévoilé que le corps de Doris Stauffer avait été vendu à l’armée américaine pour des essais d’explosion, a rapporté Reuters en 2016

«Elle a été attachée sur une chaise, sur une sorte d’appareil, puis une détonation s’est déclenchée sous elle afin de voir ce que le corps humain subit lorsqu’un véhicule roule sur une mine», a expliqué Jim Stauffer.

CBS 15
Jim Stauffer montre une boite contenant les cendres de sa mère. 

Lorsqu’il a signé les papiers pour le don du corps de sa mère, le formulaire demandait spécifiquement si des tests incluant des explosions étaient acceptés, a mentionné Jim Stauffer. 

«Nous avons répondu «non» à toutes ces questions», a-t-il assuré.

L’espoir de la famille était que son cerveau soit étudié pour les recherches sur l’Alzheimer, puisque la mère de M. Stauffer a souffert de cette maladie dans les dernières années de vie, a-t-il expliqué.

L’avocat Michael Burg, qui représente Jim Stauffer et d’autres dossiers dans la poursuite civile, a soulevé que des enquêtes sur d’autres centres de dons de corps à travers le pays ont révélé qu’ils effectuaient du trafic de corps pour gagner de l’argent.

«Ce sont des pilleurs de tombes qui n’ont même pas à creuser. Ils obtiennent les corps par fausses déclarations», a-t-il fait valoir. 

Le centre de ressources biologiques assurait aux familles que le corps de leur proche servirait aux recherches médicales pour potentiellement aider à traiter ou même à guérir les maux dont ils souffraient et que les frais de crémation étaient entièrement couverts, a révélé l’avocat, Michael Burg. 

À la place, des corps ont été coupés en morceaux et vendus, dans certains cas à l’international, pour faire du profit. Certaines familles ont même reçu des boîtes avec de la poussière de ciment à la place des cendres de leur proche, a-t-il ajouté. 

Google Maps
Le centre de ressources biologiques à Phoenix, où un agent du FBI a révélé avoir vu des seaux remplis de parties humaines.

«Ils ont une liste de prix détaillés pour un torse, une tête, un bras ou un genou», a dévoilé l’avocat. À la suite du raid de 2014, les autorités ont retracé les familles concernées pour les mettre au courant de la situation.   

«Ils disaient: nous croyons avoir trouvé la tête de votre père en Floride, ou nous pensons que son corps a été vendu pour du trafic humain en Asie du Sud-Est», a expliqué Michael Burg.

Malgré que la poursuite a été entamée il y a quelques années déjà, le dossier de Phoenix a fait les gros titres cette semaine après que des informations particulièrement macabres sur les découvertes des agents lors du raid du FBI ont été publiées par des médias locaux. 

Les détails faisaient partie d’un affidavit d’un agent du FBI que Michael Burg a ajouté à la poursuite au printemps dernier. Mais les informations n’ont pas été reprises par les nouvelles locales avant la fin du mois dernier. 

L’agent du FBI, Mark Cwymar, a décrit avoir vu des seaux remplis de parties humaines telles que des têtes, des jambes et des parties génitales masculines placées dans une glacière. Suspendu au mur, le corps d’un homme dont la tête avait été remplacée par celle d’une femme cousue à la façon de «Frankenstein», pendait. Cette présentation macabre avait été décrite comme une «blague morbide».

Parmi les outils des travailleurs, on a retrouvé des tronçonneuses et des scies à ruban. Les corps étaient rangés dans un congélateur qui rappelait une boucherie. 

Nous pensons que ce cas n’est pas isolé, nous pensons qu’il fait partie d’un trafic qui se déroule dans le noir depuis longtemps.L'avocat Michael Burg

«Ça ressemblait à la cour d’un ferrailleur où ils démembrent tout en différentes parties», avait dévoilé Matthew Parker, du bureau du procureur général de l’Arizona, à Reuters en 2017. 

Durant cette entrevue, Matthew Parker se rappelait avoir porté des sacs mortuaires dont le contenu glissait à l’intérieur et coulait sur son pantalon et ses chaussures. Il est parti à la retraite avec un trouble de stress post-traumatique relié à cette enquête. 

Depuis le raid du FBI, les autorités fédérales ont enquêté sur plusieurs autres cas de centres de donation de corps de partout au pays notamment à Détroit, Chicago et au Colorado où des poursuites similaires ont été intentées par le même cabinet d’avocats, a mentionné Michael Burg. 

 «C’est un problème national», a-t-il déclaré. «Nous pensons que ce cas n’est pas isolé, nous pensons qu’il fait partie d’un trafic qui se déroule dans le noir depuis longtemps», a ajouté Michael Burg. 

È la différence des dons d’organes, les dons de corps entier sont très peu réglementés aux États-Unis, a déclaré l’avocat.

Après le scandale de Phoenix, l’Arizona a adopté une loi en 2017 qui empêche ces centres d’opérer sans une licence fournie par l’État. Cette loi n’a toutefois pas été mise en place. 

Gore a été poursuivi et condamné pour contrôle illégal d’une entreprise. Il a été condamné en 2015 à un an de prison avec sursis et à quatre ans de probation, indique KTVK.

Le procès civil devrait débuter en octobre. 

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

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[Ce reportage contient des images qui pourraient choquer certaines personnes.]