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18/02/2020 15:09 EST

Coronavirus: le profil type des malades en Chine enfin connu grâce à une grande étude

Le gouvernement chinois a dévoilé une étude portant sur la quasi-totalité des patients touchés par le nouveau coronavirus Covid-19. Voici les 6 enseignements principaux.

Depuis près de deux mois, le monde vit au rythme du bulletin officiel chinois quotidien annonçant le décompte des cas infectés par le nouveau coronavirusCovid-19. Depuis le début de l’épidémie, 1875 personnes sont mortes à la suite d’une contamination du virus pour 73 337 cas confirmés. 13 123 sont rétablies, selon les derniers chiffres disponibles ce mardi 18 février.

Mais si les chercheurs dans le monde entier analysent en temps réel l’évolution de ce nouveau coronavirus, les études à son sujet étaient encore limitées à des analyses de moins de 1000 patients. Jusqu’à ce mardi. Le Centre chinois de contrôle et prévention des maladies vient de dévoiler l’étude la plus complète à ce jour, qui prend en compte les 72 314 patients enregistrés depuis le début de l’épidémie et jusqu’au 11 février (dont 44 672 confirmés par un test dédié).

En dix pages, les chercheurs chinois font un état des lieux permettant de faire le point sur l’évolution de l’épidémie et de dresser le portrait type des malades. Ces travaux ne permettent pas pour autant de répondre à toutes les questions, notamment concernant le taux de mortalité du nouveau coronavirus Covid-19. Voici les six points qu’il faut en retenir.

Les enfants plutôt épargnés

Depuis le début de l’épidémie fin décembre, les épidémiologistes et virologues étaient intrigués par un fait: peu d’enfants semblaient contaminés. Mais jusqu’alors, il était très difficile de confirmer cela, car la plupart des données provenaient uniquement d’hôpitaux pour adultes.

Cette nouvelle étude lève donc un peu plus le voile: les enfants semblent effectivement très peu touchés par le nouveau coronavirus. Sur les 44 672 cas confirmés, à peine 10% des patients ont moins de 30 ans et 2% moins de 20 ans. De même, sur les 1023 morts, un seul avait entre 10 et 19 ans et 7 entre 20 et 29 ans. 

Le mystère n’est pas totalement résolu pour autant: il faut maintenant expliquer pourquoi. Plusieurs hypothèses sont toujours d’actualité. Le nouveau coronavirus pourrait moins toucher les enfants, pour une raison ou une autre. Il pourrait également les toucher, mais avec des symptômes extrêmement légers, ce qui entraîne une présence moindre dans les hôpitaux.

Les personnes âgées ont plus de risque de mourir

Ici, l’étude confirme ce dont on se doute depuis le début: le coronavirus est particulièrement mortel pour les personnes âgées ou ayant une autre pathologie (comorbidité). Ainsi, si le nombre de contaminés est plutôt bien réparti entre les tranches d’âges à partir de 30 ans, le taux de mortalité est bien plus élevé à partir de 60 ans.

En moyenne, 80,9% des patients sont atteints de symptômes légers, 13,8% de symptômes sévères et 4,7% sont dans un état grave. Les personnes ayant une autre maladie (hypertension, diabète, maladie cardiovasculaire, etc.) ont entre deux et trois fois plus de risques de décéder des suites du coronavirus.

“Une majorité des 1023 morts avait plus de 60 ans et/ou une condition préexistante de comorbidité”, précisent les auteurs de l’étude.

Les hommes pas plus infectés, mais...

De premières études préliminaires laissaient penser que les hommes étaient surreprésentés. Mais avec cette analyse complète, on observe que 51,4% des cas confirmés sont des hommes et 48,6% des femmes. 

Par contre, le nombre de morts est très différent: 63,8% des 1023 personnes décédées sont des hommes et 36,2% des femmes. Attention pour autant à ne pas tirer de conclusion hâtive. Car il y a un risque à comparer les décès en détail.

Un taux de mortalité toujours flou, mais...

Dans leur étude, les chercheurs évoquent un “taux de mortalité de 2,3%”, calculé assez simplement: nombre de morts (1023) divisé par nombre de cas confirmés (44 672). Mais comme nous l’expliquions récemment, ces statistiques sur la mortalité ne veulent (pour l’instant) pas dire grand-chose.

En effet, parmi les 44 672 cas confirmés, une majorité sont encore hospitalisés. Impossible de savoir pour l’instant s’ils vont vivre ou décéder. D’ailleurs, quand on regarde l’étude dans le détail, le taux de mortalité “brut” est d’environ 15% pour les malades contaminés par le coronavirus avant le 11 janvier, puis descend progressivement jusqu’à 0,8% pour les patients touchés après le 1er février. Pour autant, il y a peu de chances que la mortalité ait autant diminué en un mois.

Pour calculer le vrai taux de mortalité, il faut regarder le nombre de morts et le nombre de patients définitivement rétablis. Selon les chiffres du 17 février, ce taux serait donc... de 12,9%. Il ne faut pas paniquer pour autant: ce chiffre n’est, lui non plus, pas bon.

Notamment car les patients infectés répertoriés par les autorités chinoises sont certainement ceux présentant les symptômes les plus problématiques. Il y a de grandes chances que de nombreuses personnes touchées par le coronavirus ne se soient pas déclarées à l’hôpital car les symptômes leur semblaient bénins, comme un simple rhume.

De plus, ce taux de mortalité “réel” n’en finit pas de chuter, comme vous pouvez le voir ci-dessous:

Aussi étrange que cela puisse paraître, le taux de mortalité de 2,3% donné par les chercheurs chinois sera peut-être proche de la réalité, pour de mauvaises raisons. C’est ce que rappelle l’épidémiologiste Adam Kucharski sur Twitter. “Les meilleures estimations actuelles proviennent de données plus fiables sur des cas à l’international, ajustées pour prendre en compte le décalage par rapport au résultat final”, ce qui donne des estimations aux alentours de 2%. Mais, encore une fois, il est trop tôt pour affirmer quoi que ce soit à ce sujet.

Une épidémie en baisse?

Grâce à toutes ces données, les chercheurs ont également pu créer une “courbe épidémique”, qui représente le nombre de personnes nouvellement infectées chaque jour. C’est différent des données que l’on peut voir sur le site de l’OMS, qui calcule juste le nombre de cas diagnostiqués par jour.

Et l’on voit que l’épidémie semble avoir connu un pic entre le 23 et le 27 janvier. C’est le 22 janvier que la Chine a placé Wuhan sous quarantaine, puis d’autres villes les jours suivants. “Cette tendance baissière dans la courbe épidémique suggère peut-être que l’isolation de villes entières, la diffusion d’informations essentielles régulièrement et sur divers canaux, ainsi que la mobilisation d’équipes dans de multiples secteurs a aidé à freiner l’épidémie” de coronavirus, estiment les chercheurs chinois.

Mais ceux-ci mettent en garde: un rebond est possible, notamment via la fin des vacances du Nouvel An chinois qui pourraient entraîner plus de déplacements en Chine. De même, si le nombre de cas confirmés par un test dédié (en bleu sur le graphique) baisse drastiquement, les cas suspectés (vert) ou diagnostiqués via un examen clinique (jaune) sont plus stables. Pékin a justement annoncé le 13 février que le bilan quotidien prendrait maintenant en compte ces cas non confirmés par le test dédié. Depuis, les nouveaux cas déclarés baissent, mais moins fortement.

chinacdc
La courbe épidémique du nouveau coronavirus Covid-19

Pas de “super-contamination”

L’étude se concentre également sur les médecins et personnels soignants contaminés. 64% d’entre eux exercent à Wuhan. Surtout, ce focus permet aux auteurs de dire qu’a leur connaissance, il n’y a eu aucun cas de “super-contamination” dans un hôpital chinois pour le moment.

Pour le Sras ou le Mers, certains patients pouvaient contaminer beaucoup, beaucoup plus de personnes que la moyenne. Jusqu’à une soixantaine, quand la moyenne était de 2,7.

Mais impossible pour l’instant de savoir si cela est dû ”à la nature du virus en lui-même ou plutôt que ces événements ont été empêchés avec succès”, rappellent les auteurs de l’étude. Tous les secrets du nouveau coronavirus Covid-19 ne sont pas encore percés.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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