TÉMOIGNAGES
02/09/2020 15:37 EDT | Actualisé 02/09/2020 15:47 EDT

Mon copain est blanc. Est-ce que je suis moins noire pour autant?

Le message d'un étranger m'a fait remettre en question ma relation.

Motortion via Getty Images

Mon amoureux est un Blanc. Non seulement ça, mais il est blond, aux yeux bleus. C’est un amateur de musique alternative, de Dave Matthews Band, il fait de l’escalade et du surf. C’est impossible d’ignorer sa «blancheur» ou de le confondre avec autre chose.

Je suis tombée amoureuse de Scott il y a 12 ans dans un centre de traitement de la toxicomanie et de l’alcoolisme. La couleur de sa peau semblait alors sans importance. Derrière les portes closes, nous avons chacun découvert nos secrets culturels respectifs.

Je lui ai appris à manier les délicates boucles de la nuque des femmes noires. Je lui ai expliqué ce que signifiait «jeter de l’ombre» envers les personnes noires et lui ai fait regarder des classiques du cinéma noir comme «Superfly» et «Boomerang». J’ai été enchantée d’entendre ses histoires de pêche à la mouche, puis il m’a fait regarder le documentaire «Free Solo» et m’a fait découvrir la musique du rocker soul Michael Franti.

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Plus j’apprenais à le connaître, plus je comprenais au fond de moi que j’avais besoin d’être avec lui. Il était bon pour moi. Il était bon pour moi et, surtout, j’aimais qui j’étais quand j’étais avec lui.

Mais il y avait une limite à notre bonheur éternel. Être avec lui signifiait abandonner l’idéal de la relation noire que je visais depuis que j’avais demandé à mon père de m’épouser à l’âge de quatre ans. L’idée que Scott et moi partagerions notre vie, mais ne partagerions jamais le fait d’être tous les deux Noirs me rendait nostalgique, comme si je renonçais à quelque chose qui pourrait un jour me manquer.

Et présentement, les Noirs vivent une période particulière. Dans le sport, nous nous agenouillons et nous nous tenons bras dessus bras dessous en portant des chandails «Black Lives Matter». Netflix et Hulu mettent de l’avant les films et les émissions de télévision de nos communautés et ce n’est même pas le Mois de l’histoire des Noirs. Partout où vous regardez, les Noirs se rassemblent pour se soutenir les uns les autres, pour protester ensemble, pour faire leur deuil ensemble. Et alors que des gens de toutes les origines participent à ces rassemblements et à ces veillées, c’est une période particulièrement remarquable pour être Noir. Car jamais dans l’histoire nous n’avons été collectivement plus forts et plus appréciés.

Mais ces derniers temps, j’expérimente des moments de doute chaque fois que je m’assois devant mon ordinateur. Est-ce que je peux continuer à écrire de manière percutante sur l’expérience des Noirs alors que mon copain est un Blanc? Puis-je protester contre le traitement réservé aux Noirs lorsqu’il est à mes côtés? Est-ce que mon amoureux blanc diminue ma couleur?

À l’époque où nous pouvions tous nous réunir en personne, j’ai commencé à remarquer quelque chose lors des réunions entre Noirs. Quand j’arrivais seule, je me sentais comme une femme noire, mère, rédactrice et animatrice de balado de la culture noire, militante de longue date du droit de vote des Noirs. Mais quand je marche dans ces mêmes espaces avec Scott, j’ai l’impression que sa blancheur est mise en valeur. Il y a eu des moments où, sans source de provocation, je me suis retrouvée à vouloir défendre notre amour auprès des gens qui nous entourent.

«Ne vous inquiétez pas, il est cool. Il est super conscientisé. Il a même lu Fragilité blanche».

Dans les années 90, c’est moi que mes amis qualifiaient de «militante» parce que j’étais connue pour dire du mal de celles qui sortaient avec des Blancs.

«Voulez-vous vraiment être responsables de la dilution de notre race?»

Je savais juste que mon futur mari et moi serions l’exemple parfait du couple noir. Cela m’a fait (et me fait encore) du bien de voir des Noirs ensemble, des familles noires, des enfants noirs. J’aime les nuances caramel et veloutées de notre peau et les boucles et les plis de nos cheveux. J’aime notre musique, notre art, nos films et notre nourriture.

Dans ma vingtaine, je suis sortie avec de nombreux Noirs, aspirant à une histoire d’amour comme celle de Justice et Lucky dans «Poetic Justice» ou de Darius et Nina dans «Love Jones». Mais après ma cinquième ou sixième rupture, j’ai commencé à me demander si un tel amour existait dans la vraie vie. Tout était comme je l’avais imaginé: les amis, les clubs et restaurants, les doubles «dates», les concerts. Mais la réalité, c’est que plus je persistais dans chaque relation, plus je prenais conscience de l’irréalisme de mes attentes. Je pensais que notre «Blackness» me donnerait tout ce que je cherchais. Je pensais que notre «Blackness» serait suffisante.

Courtoisie
L'auteure et son conjoint.

En pleurant chaque relation brisée, je me suis demandé ce qui me manquait. Tout autour, mes amies noires épousaient leurs copains noirs, et je devenais impatiente, attendant le mien. Alors lorsque j’ai rencontré un homme blanc à 27 ans, une plume aurait suffi à me renverser, surtout lorsque lui et moi sommes tombés amoureux et nous sommes mariés.

Et maintenant, un divorce et deux beaux enfants métissés plus tard, je suis partie et je suis tombée amoureuse d’un autre homme blanc. Au fil des ans, j’ai pensé que je devais abandonner mes vieilles idées sur l’intersection de l’amour et de la race. Mais il y a trois semaines, j’ai reçu un message privé de quelques mots qui m’a troublée:

«Je vois que vous n’aimez que les Blancs, hein?»

J’ai vérifié son profil et j’ai vu qu’il s’agissait d’un homme aîné à la peau brune qui s’appelait Ronald. J’ai senti mon visage s’échauffer alors que je réfléchissais à la façon de lui répondre.

Comment ose-t-il?!

Je voulais répondre à Ronald et lui dire à quel point il se trompait sur moi, que je suis bien plus que quelqu’un qui «n’aime que les Blancs». Je voulais qu’il sache que je suis une fan de hip-hop pour la vie, que je viens d’une famille noire fière et que j’ai fréquenté beaucoup de beaux hommes chocolat. Mais j’ai arrêté de taper sur mon clavier, j’ai fermé les yeux et j’ai pris quelques respirations profondes pour ralentir mon rythme cardiaque.

Tu ne dois rien à ce frère.

Ce n’était pas seulement à propos d’un étranger qui essaie de flirter avec un commentaire détourné. Les sentiments de colère, de culpabilité et de trahison avec lesquels je me débats viennent de plus loin, d’un blocage. Ils sont issus des fantasmes d’un enfant dont l’objectif sincère était d’être le personnage de Nia Long dans «Love Jones». L’idée que je suis en quelque sorte moins légitimement Noire parce que je suis avec un Blanc est non seulement erronée mais aussi blessante. Le fait que mon copain soit un Blanc efface-t-il le fait que je suis la Noire de service depuis la maternelle? Est-ce qu’être avec un homme blanc m’épargne de l’intolérance ou des milliers de microagressions que j’ai déjà dû endurer?

Je n’ai jamais cessé d’appeler au changement, de marcher pour la justice ou de tenter d’amplifier les voix qui doivent être entendues.

«Comment faites-vous pour avoir des cheveux comme ça?», «vous êtes si jolie que je ne vous vois même pas comme une Noire.» Ou alors, «vous parlez si bien!»

Depuis mon adolescence, j’encourage les citoyens des quartiers noirs à voter et j’ai soutenu les politiques de justice sociale pendant toute ma vie d’adulte. Peu importe avec qui je suis en relation, je n’ai jamais cessé d’appeler au changement, de marcher pour la justice ou de tenter d’amplifier les voix qui doivent être entendues.

Intellectuellement, je sais qu’être avec un homme blanc ne change rien à ce que je suis et à ce que je représente et pourtant...

Et voici comment tout bascule.

Toute l’énergie que je donne à cette idée que ma relation est quelque chose à défendre plutôt qu’à chérir pourrait blesser cet homme doux que j’aime.

Une minute, je peux être totalement bien avec ma vie exactement comme elle est, et puis un message plus tard, je vois ma vie à travers les yeux d’un étranger. Je lutte contre les sentiments de culpabilité en réalisant que j’ai laissé une tierce personne entrer dans ma tête et fausser ma perception de Scott. Toute l’énergie que je donne à cette idée que ma relation est quelque chose à défendre plutôt qu’à chérir pourrait blesser cet homme doux que j’aime. 

J’ai attendu une journée de plus et j’ai ensuite répondu à Ronald.

«Oui, vous avez raison. Je n’aime que les hommes blancs», ai-je tapé, puis je l’ai rapidement bloqué.

Oui, je sais, très mature.

Mais, la fois d’après, quand je me suis assise à mon clavier, j’ai remercié Ronald en silence pour ce que j’avais appris de mon expérience avec son petit message insultant. J’ai décidé de ne pas laisser ces chaînes sociétales qu’il essayait de me jeter sur les épaules me confiner ou me définir. Je suis une femme noire amoureuse d’un homme blanc, mais peu importe ce que les gens peuvent voir, ce n’est pas la totalité de notre histoire.

Je n’ai jamais été aussi fière d’être Noire, et je n’ai jamais été aussi fière d’être avec lui. Je peux choisir mon homme sans abandonner ma couleur.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.