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26/02/2020 08:53 EST | Actualisé 26/02/2020 10:40 EST

Que disent les paroles de «Les 100 000 façons de tuer un homme» de Félix Leclerc?

La chanson du poète québécois est au coeur d'une controverse.

INA via Getty Images
Le défunt chansonnier québécois Félix Leclerc.

La décision d’une école montréalaise de retirer une chanson de Félix Leclerc du cursus d’élèves de 3e et 4e année à la suite d’une plainte fait beaucoup réagir. 

Selon le Journal de Montréal, les élèves de l’école Saint-Enfant-Jésus devaient étudier la chanson satirique Les 100 000 façons de tuer un homme dans le cadre de leur cours d’art dramatique. Mais à la suite de la plainte d’un parent, l’école a abandonné l’étude de l’oeuvre, «pour éviter la controverse», cite le JdeM.

Si le détail de la plainte n’a pas été révélé, la Commission scolaire de Montréal a affirmé à la journaliste que le texte avait été «jugé trop aride pour des élèves de ce niveau».

La chanson, perçue comme une critique de l’aide sociale, énumère de façon parfois graphique les différentes méthodes pour tuer quelqu’un. La chanson évoque ainsi, entre autres, la pendaison, le rasoir, le gaz ou la noyade comme moyens de provoquer la mort. Les paroles sont reproduites en intégralité plus bas.

Indignation

Mercredi matin, plusieurs voix se sont élevés pour dénoncer la «rectitude politique», l’«asepsie sociale» et le «politiquement correct» qui auraient mené à cette décision. 

Paul Arcand a invité le parent qui «n’aime pas ce texte» à «aller se faire foutre» dans sa revue de presse sur les ondes du 98,5 FM.

Toujours au 98,5 FM, Alexandre Taillefer a toutefois tenu un discours plus nuancé.  «C’est un magnifique poème de Félix Leclerc, a-t-il lancé, mais vous n’allez pas me faire accroire que si on veut enseigner Félix Leclerc, on pourrait pas commencer par Moi, mes souliers

«Tout le monde est en train d’essayer de récupérer ça, a-t-il poursuivi. Je vous annonce que demain on va avoir une chronique de la droite identitaire qui va s’en prendre au fait qu’on s’attaque au grand poète Félix Leclerc. Si ça avait été écrit par Mohamed el Kamel ce poème-là, je te dis que la position aurait été complètement différente. […] Après ça, tu prends la gauche identitaire qui dit: “Le chômage, ça n’a pas de bon sens de dire que quand on ne travaille pas, c’est une façon de tuer quelqu’un.” Et ensuite de ça, on l’a vu déjà ce matin, les professeurs s’en donnent à coeur joie pour contester […] la loi 40.»

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a qualifié la décision de «lâche», tandis que d’autres y ont vu un effet pervers de la nouvelle loi 40, en vertu de laquelle les parents auront davantage de voix au chapitre.

Bien que peu nombreuses, certaines personnes ont, comme Alexandre Taillefer, évoqué un certain malaise quant à l’idée que la chanson soit enseignée à des enfants de 8 à 10 ans.

Les 100 000 façons de tuer un homme : paroles

Sur les cent mille façons de tuer quelqu’un
La plus dangereuse c’est le coup de fusil
La plus onéreuse c’est le coup de canon
Ça demande une équipe entraînée au bruit
Y’a toujours la corde dite pendaison
Pour le noeud coulant faut avoir le don.

Sûre que la noyade attire les moroses
Mais pas garantie parce que l’eau réveille
Y’a le bon vieux poison mais là faut la dose
Pas assez tu dors, un peu trop tu veilles.

Le gaz est plus propre, pas de commentaires
Mais à tout instant gare au courant d’air
Non je crois que la façon la plus sûre de tuer un homme
C’est de l’empêcher de travailler en lui donnant de
l’argent.

Le rasoir ma foi cette saloperie
A ses fanatiques parce que c’est tranchant
La hache le couteau et la scie aussi
Mais c’est un domaine bourré d’accidents
Très peu efficace est la collision
Ça brise une face, laisse des lésions
Pour mourir de soif faut la volonté
Le dégoût de l’eau, surtout la santé
Non vraiment j’y tiens la meilleure façon de tuer un homme
C’est de le payer à ne rien faire.

Entre mourir d’amour ou bien mourir de rire
La plus achalandée c’est difficile à dire
Les deux finissent en spasmes en soubresauts en transes
Mais les deux sont jeudis
Le rire toujours comique
Et l’autre romantique.

La chaise électrique c’est très indécent
Sauter dans le vide pas toujours prudent
Étrangler quelqu’un c’est perdre ses sens
Le trancher c’est pire c’est les sans dessus dessous.

Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
L’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui
marchent.