POLITIQUE
16/09/2019 18:33 EDT

Conservateurs: Scheer aspire à être le «vrai» candidat de la classe moyenne

Les membres du caucus et les proches du parti soutiennent que l’approche réfléchie et mesurée de M. Scheer et ses origines modestes font de lui l’adversaire idéal contre le chef libéral Justin Trudeau.

THE CANADIAN PRESS/Frank Gunn
Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer prend la parole lors d'un rassemblement à Parksville, en Colombie-Britannique, le dimanche 15 septembre 2019.

Par une chaude journée du mois d’août 2003, l’actuel directeur de campagne du Parti conservateur du Canada, Hamish Marshall, a appris à ne jamais sous-estimer Andrew Scheer.

C’était le jour du mariage de M. Scheer et Hamish Marshall faisait partie des invités. Il se trouvait assis à une table avec quelques hommes d’affaires de Regina lorsque la discussion sur l’avenir d’Andrew Scheer a commencé.

À l’époque, M. Scheer n’était encore qu’un jeune homme de 24 ans qui venait de s’installer en Saskatchewan et qui travaillait dans une société d’assurance et comme serveur pour arrondir les fins de mois.

Dans un des discours, quelqu’un a mentionné l’ambition du jeune Scheer de se porter candidat à une fonction publique. L’affirmation a provoqué quelques rires silencieux parmi les hommes d’affaires.

«Eh bien, n’est-ce pas mignon», se souvient d’avoir entendu Hamish Marshall.

Neuf mois plus tard, Andrew Scheer était élu à la Chambre des Communes. Il a d’abord remporté l’investiture conservatrice contre un joueur de football des Roughriders de la Saskatchewan, puis la circonscription de Regina-Qu’Appelle détenue jusqu’alors par le député néo-démocrate Lorne Nystrom, le plus ancien élu fédéral à l’époque.

Pour Hamish Marshall, ces «erreurs de calcul» des observateurs sont un thème récurrent dans la carrière politique du chef conservateur.

«Il y a une longue histoire de gens qui sous-estiment Andrew et de lui qui surpasse les attentes», a déclaré l’organisateur politique en entrevue avec La Presse canadienne.

Aujourd’hui âgé de 40 ans, Andrew Scheer est maintenant chef du Parti conservateur du Canada et il est sur la ligne de départ dans une course où se trouve un poste beaucoup plus élevé au fil d’arrivée.

Et bien que leur parti ait subi une importante défaite il y a quatre ans, M. Scheer et son équipe estiment avoir de réelles chances de victoire.

Approche réfléchie et mesurée

Les membres du caucus et les proches du parti soutiennent que l’approche réfléchie et mesurée de M. Scheer, sa capacité à créer un consensus au sein de son équipe et ses origines modestes font de lui l’adversaire idéal contre le premier ministre libéral sortant Justin Trudeau. Ce dernier est né alors que son père, Pierre, était premier ministre du Canada, il a grandi dans le confort matériel et a été une sorte de célébrité toute sa vie.

Les origines plus terre-à-terre d’Andrew Scheer sont devenues un sujet de discussion clé pour son équipe et pour lui-même, particulièrement pendant qu’il parcourait le pays avant le début officiel de la campagne.

Lors d’un discours prononcé au Cap-Breton en août, Andrew Scheer a décrit sa vision d’un «nouveau gouvernement conservateur» qui créerait un pays dans lequel «un enfant qui a grandi dans une maison de ville dans une famille qui ne possédait pas de voiture, dont les grands-parents vivaient dans une maison de deux pièces avec neuf enfants sur un chemin de terre dans une région rurale, maintenant banlieue de Toronto, peut se tenir dans une pièce comme celle-ci et devenir le prochain premier ministre du Canada.»

Regardant à peine ses notes, il a paru jovial et à l’aise devant son auditoire. Une aisance qui a pris du temps à s’installer, reconnaît M. Marshall, depuis que le père de cinq enfants est passé de jeune député à chef de parti.

Né à Ottawa d’une mère infirmière et d’un père documentaliste dans un journal, Andrew Scheer a terminé ses études universitaires de premier cycle en Saskatchewan, puis a été candidat au Parlement en 2004.

Si des gens ont douté de ses chances de battre le député de longue date établi dans sa circonscription, nombreux sont ceux qui doutaient aussi de ses chances d’être nommé président de la Chambre des communes en 2011. Pourtant, à seulement 32 ans, il est devenu le plus jeune président de l’histoire des Communes.

«Beaucoup de gens ont dit: “Vous rigolez? On n’aura jamais un président aussi jeune”, se souvient le député de Carleton Pierre Poilievre. Je pense qu’ils avaient sous-estimé le nombre de relations qu’il avait nouées et le respect qu’il avait mérité en tant que travailleur acharné et parlementaire réfléchi.»

Lors de la course à la chefferie du Parti conservateur, en 2017, Andrew Scheer et son équipe ont opté pour la stratégie du «deuxième choix solide». Un calcul payant puisque même s’il tirait de l’arrière dès le premier tour, il s’est finalement hissé en tête en devançant le favori de la course, Maxime Bernier, au 13e tour.

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