Consentement: une notion encore floue entre gais

«Tu veux pogner? Pogne pas le cul d'un gars sans son consentement.»

Se faire lever le t-shirt à la blague, caresser les fesses, tripoter lors d’une simple conversation, reluquer aux urinoirs ou envoyer une photo non sollicitée de pénis n’est pas si rare pour les hommes gais, bisexuels ou trans (GBT). Alors qu’une vague de dénonciations d’inconduites sexuelles déferle sur le Québec, l’incompréhension de la notion de consentement entre hommes refait surface.

«Dans un bar gai, c’est sûr qu’on se laisse plus aller pis c’est comme sous-entendu qu’il y a plus de cruise qui se donne entre gars», explique un jeune homosexuel dans une récente vidéo lancée par RÉZO, qui lutte pour le mieux-être des hommes GBT.

«Ça se peut que ça soit moins respectueux parce que tout le monde sait que t’es gai, queer ou ouvert d’esprit, poursuit-il. Alors il y a moins la retenue de dire: “ah est-ce que la personne a la même attirance que moi?“. “C’est tu moins déplacé si je la touche?“ “C’est-tu déplacé si je fais un move sur elle?“. Dans un bar gai, c’est comme sous-entendu que t’es ouvert à l’expérience».

Mais personne ne devrait assumer qu’on est consentant, qu’on soit dans un milieu festif ou au bureau, en état d’ébriété ou non, nuance Alexandre Dumont-Blais, co-directeur de RÉZO. «Ce n’est parce qu’on est deux hommes que ça nous donne nécessairement le droit de se taponner. Le consentement existe et il est nécessaire. Il est souvent non respecté et les dénonciations le confirment», dit-il.

Le problème serait ancré dans le préjugé que l’homme, et surtout l’homme GBT, est plus sexualisé, et donc toujours consentant à une relation sexuelle. Selon lui, il découlerait de cette opinion préconçue une banalisation de la violation du consentement entre hommes gais, et donc une répétition d’agressions de nature sexuelle, souvent perçues comme anodines.

«Beaucoup pensent [même la majorité hétérosexuelle, NDLR] que comme la chimie est facile entre gars, qu’il y a de la testostérone, un p’tit clin d’oeil pis BAM ça se passe pis que la question du consentement se pose pas. “Ah, vous les gais, on le sait ben, c’est super facile de rentrer en contact sexuel. Pas besoin de consentement“. Alors que oui, toujours», précise M. Dumont-Blais, aussi impliqué auprès de Fierté Montréal.

Qu’un homme porte un t-shirt moulant, un ensemble de cuir, voire presque rien ne donne pas plus le droit d’entrer dans son intimité sans invitation. Même chose s’il fréquente des lieux généralement plus associés au sexe, comme les saunas ou les dark rooms.

Julien Rougerie, chargé de programme à la Fondation Émergence, associe aussi la prévalence des inconduites sexuelles entre hommes dans les bars au caractère sexuel qui leur est associé. «Pendant longtemps, les lieux de rencontre gais [comme les bars du Village gai à Montréal, NDLR] étaient très sexuels puisque c’était les seuls endroits où les LGBTQ+ pouvaient vivre leur sexualité. Donc, il y a une connotation sexuelle qui est restée associée à ces milieux-là.»

Autre préjugé persistant banalisant le consentement: celui que l’homme peut se défendre tout seul s’il est victime d’une inconduite sexuelle en raison du rôle stéréotypé d’homme fort que la société lui prête. Or, tous les humains, peu importe leur genre, leur anatomie ou musculature, peuvent être victimes d’une agression sexuelle, rappelle l’organisme à but non lucratif RÉZO.

Pour faire réfléchir les communautés sur leur façon de draguer, une campagne sur le consentement entre hommes a été lancée en 2019 par RÉZO. Sur des affiches placardées dans le métro et dans une poignée de bars du Village, on pouvait lire: «Tu veux pogner? Transmettre des dick pics [photos de pénis, NDLR] non sollicitées, ça pogne pas» ou encore: Tu veux pogner? Pogne pas le cul d’un gars sans son consentement».

Les meilleures photos du défilé de la Fierté 2019