POLITIQUE
20/11/2019 14:06 EST | Actualisé 20/11/2019 18:27 EST

Conseil des ministres: Trudeau fait plus de place aux Québécois

Justin Trudeau a nommé 10 ministres québécois sur 36, en plus d'un lieutenant québécois.

Le second mandat de Justin Trudeau s’entame avec plus de Québécois à la table du conseil des ministres. Ils seront 10, sans compter le premier ministre Trudeau.

C’est deux de plus qu’avant les élections fédérales d’octobre.

M. Trudeau a distribué les responsabilités dans 36 ministères et il s’est nommé un lieutenant québécois. C’est le Montréalais Pablo Rodriguez qui occupera ce poste en plus de celui de leader parlementaire.

«C’est important d’écouter les gens et les Québécois ont clairement dit que même avec (...) 40 députés, ils voulaient encore avoir une voix plus forte», a déclaré M. Trudeau, mercredi, à sa sortie de la cérémonie d’assermentation lorsqu’on lui a demandé pourquoi il lui fallait à ce second mandat un lieutenant québécois. 

Il y a ceux qui gardent leurs postes: David Lametti à la Justice, Marc Garneau aux Transports, Diane Lebouthillier au Revenu national, Marie-Claude Bibeau à l’Agriculture.

Il y a ceux qui prennent du galon. En tête de cette liste, François-Philippe Champagne devient ministre des Affaires étrangères.

Mais, comme lorsqu’on lui avait donné le portefeuille du Commerce international, M. Champagne se voit privé du dossier des relations canado-américaines. C’est Chrystia Freeland, devenue vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales, qui continuera à être l’interlocutrice de Washington.

«C’est une sage décision du premier ministre», de l’avis du ministre Champagne qui n’a affiché aucune amertume. «Mme Freeland, on le sait tous, (...) a établi des relations privilégiées avec nos partenaires américains», a-t-il souligné.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Francois-Philippe Champagne devient ministre des Affaires étrangères.

Jean-Yves Duclos se voit confier le Conseil du trésor. Pablo Rodriguez devra gérer avec diplomatie les relations parlementaires en devenant leader du gouvernement aux Communes.

«Humilité, collaboration et écoute. Ce sont trois mots que je, et l’ensemble de l’équipe, allons appliquer», a promis M. Rodriguez qui veut avoir «une main tendue» vers les partis d’opposition pour assurer la survie du gouvernement minoritaire.

Mélanie Joly continuera à être ministre des langues officielles mais obtient, en plus, les responsabilités d’un ministère de Développement économique.

«J’aurais été déçue de ne pas faire la modernisation de la loi sur les langues officielles. Ça fait quatre ans que je travaille sur cette question-là, une loi fondamentale pour notre pays», a confié, après la cérémonie, la ministre Joly qui a dit aussi que la création de cette forme de ministère du Développement économique était son idée.

Il y a les deux nouveaux venus.

Marc Miller, élu pour la première fois en 2015, est un ami de longue date du premier ministre. Le député montréalais devient ministre des Services aux Autochtones. Son intérêt pour les Premières Nations - il apprend la langue mohawk - devrait lui être utile.

M. Trudeau a cependant choisi de ne pas puiser dans l’expertise de sa recrue Steven Guilbeault. Celui-ci devient ministre du Patrimoine canadien et non pas ministre de l’Environnement et des Changements climatiques.

C’est le Britanno-Colombien Jonathan Wilkinson qui a hérité du portefeuille de l’Environnement.

En arrivant à Rideau Hall, M. Guilbeault affichait un énorme sourire. Pourtant cette semaine, ses alliés d’hier ne décoléraient pas. 

À voir: Trudeau explique son choix de placer Guilbeault au Patrimoine

Les environnementalistes, eux, ont dit recevoir comme une gifle cette décision de M. Trudeau de se priver de l’expertise en changements climatiques de M. Guilbeault.

L’environnementaliste Guilbeault qui a fondé Équiterre estime que le ministère du Patrimoine lui va parce qu’il a déjà publié trois livres. «J’ai déjà fait un slam avec Richard Séguin, partagé la scène avec Diane Dufresne», a-t-il ajouté, sans cesser de sourire.

À la sortie, le nouveau ministre du Patrimoine et M. Trudeau ont dû répondre à plusieurs questions sur ce choix.

Le premier ministre a nié avoir craint de soulever la colère de l’Ouest si M. Guilbeault s’était retrouvé en charge de la lutte aux changements climatiques.

«Les décisions que j’ai prises pour assembler ce conseil des ministres extrêmement fort ont été faites par rapport à qui seraient les meilleures personnes pour travailler sur les grands dossiers pour les Canadiens. C’est la seule réflexion que j’ai eue», a-t-il assuré.

Et puis, M. Guilbeault, a insisté le premier ministre, pourra discuter d’environnement à la table du conseil des ministres.

«Je suis très content d’avoir 36 ministres qui vont être très forts sur l’environnement, dont Steven», a-t-il conclu.

Le ministre Guilbeault a puisé dans les métaphores sportives utilisées contre lui cette semaine pour se justifier.

«Je suis un joueur d’équipe. (...) Quand on est dans une équipe, les discussions se font au vestiaire et quand on arrive sur la glace, on joue ensemble», a-t-il dit, insistant que contrairement à ce que ses détracteurs ont dit, il n’est pas relégué aux estrades.

Les autres ministres: les Ontariens

Celle qui a subi toutes les foudres des défenseurs de l’industrie pétrolière au premier mandat, Catherine McKenna, passe de l’Environnement aux Infrastructures et Collectivités.

Chrystia Freeland est nommée ministre des Affaires intergouvernementales et vice-première ministre. Ce rôle de vice-premier ministre était disparu après le gouvernement de Paul Martin. M. Trudeau l’a donc ressuscité dans l’intention de réparer les pots cassés avec les provinces de l’Ouest qui n’ont élu aucun député libéral.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Chrystia Freeland devient ministre des Affaires intergouvernementales.

«De pouvoir l’avoir (...) au niveau des affaires intergouvernementales et à mes côtés en tant que vice-première ministre, ça va être bon pour l’unité nationale», a jugé M. Trudeau, alors que Mme Freeland souriait derrière lui.

Bill Blair hérite des responsabilités de Ralph Goodale qui n’a pas été réélu en Saskatchewan. M. Blair devient ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile.

Bill Morneau reste aux Finances.

C’est une nouvelle venue, Anita Anand, professeure de droit, qui est nommée ministre des Services publics et de l’Approvisionnement.

En perdant la partie développement économique de son ministère, Navdeep Bains devient ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie.

On crée un tout nouveau ministère pour Bardish Chagger qui a été leader parlementaire. La voilà ministre de la Diversité et de l’Inclusion de la jeunesse. Un nouveau ministère a été créé pour l’élue d’Ottawa Mona Fortier: elle devient ministre de la Prospérité de la classe moyenne.

Karina Gould devient ministre du Développement international, Patricia Hajdu ministre de la Santé, Ahmed Hussen ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Marco Mendicino accède pour la première fois au conseil des ministres, au portefeuille de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.

Maryam Monsef, en plus de demeurer ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, sera responsable du Développement économique rural. Mary Ng ajoute à ses responsabilités pour la Petite Entreprise et la Promotion des exportations les dossiers du Commerce international.

Une nouvelle recrue, Deb Schulte, accède au conseil des ministres pour la première fois comme ministre des Aînés. Filomena Tassi devient donc ministre du Travail.

Carolyn Bennett, elle, demeure ministre des Relations Couronne-Autochtones.

Les ministères des élus de l’Ouest et de l’Est

La Colombie-Britannique a quatre élus à la table des ministres.

Harjit Sajjan demeure ministre de la Défense. Carla Qualtrough devient ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées. Joyce Murray s’occupera du Gouvernement numérique. Et Jonathan Wilkinson passe du ministère des Pêches à celui de l’Environnement.

C’est un Manitobain, Dan Vandal, qui devient ministre des Affaires du Nord.

Les provinces atlantiques ont aussi quatre places à cette table. Lawrence MacAuley demeure ministre des Anciens Combattants. Bernadette Jordan devient ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière. Seamus O’Regan devient ministre des Ressources naturelles, lui qui vient d’une province productrice de pétrole.

Enfin, Dominic LeBlanc, qui se remet de sérieux ennuis de santé, devient président du Conseil privé.

Autres responsabilités

En plus de nommer un lieutenant québécois, M. Trudeau demande à Jim Carr, l’ancien ministre, d’être son représentant spécial pour les Prairies. M. Carr a reçu un diagnostic de cancer le mois dernier et aspirait à un agenda moins chargé.

«Sa responsabilité va être de nous rapporter la voix des Prairies et d’être notre voix en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba», a expliqué M. Trudeau.

Enfin, Mark Holland demeure le whip du gouvernement, un rôle particulièrement précieux dans un gouvernement minoritaire.

Premières critiques

Les chefs d’opposition dont dépend la survie du gouvernement libéral minoritaire n’ont pas tardé à commenter le nouveau conseil des ministres.

La sortie du conservateur Andrew Scheer s’est faite par voie de communiqué et sur un ton de colère.

“Justin Trudeau a clairement démontré qu’il n’a rien appris de ces quatre dernières années. En nommant un activiste anti-pipelines bien connu, des ministres qui l’ont suivi quand il a adopté des mesures législatives contre l’emploi, contre le secteur énergétique, et comme les projets de loi C-69 et C-48, Trudeau ne va qu’intensifier les divisions qu’il a créées durant la campagne électorale”, dit M. Scheer dans un communiqué publié mercredi après-midi.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, lui, s’est donné la peine de se présenter en personne pour critiquer le nouveau gouvernement Trudeau.

“Je vais avoir confiance si j’ai (...) des actions concrètes”, a-t-il dit devant la porte des Communes, estimant que le changement des visages au conseil des ministres n’augure pas forcément d’un changement des politiques du gouvernement.

M. Singh veut, par exemple, qu’on lui explique le rôle du nouveau ministère de la Prospérité de la classe moyenne.