TÉMOIGNAGES
11/11/2019 12:07 EST | Actualisé 11/11/2019 14:53 EST

Mon conjoint est dans l’armée et nous faisons tout pour garder notre famille unie

On l'a choisie ensemble, cette vie-là. On fait ça en équipe. On est tellement bien entourés de nos familles. Elles sont vraiment présentes pour nous et ça nous aide beaucoup.

Courtoisie/Andréa Turbide
Andréa Turbide, son conjoint Alexandre Blais-Lapointe et leur fille Romy.

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

Je suis en couple avec Alexandre depuis bientôt quatre ans. Nous avons une fille de 16 mois, Romy. Alexandre est militaire depuis six ans pour le Royal 22e régiment et il a un contrat de 25 ans avec l’armée. Depuis qu’on est ensemble, il a eu à partir souvent. À certains moments, c’est quelques jours ou une semaine, et d’autres fois, c’est pour quelques mois, comme présentement: il est déployé en Irak depuis le mois de mai.

Beaucoup de gens me disent que je savais dans quoi je m’embarquais en étant en relation avec un militaire. Moi, je pense que tu ne le sais jamais vraiment. Avec l’armée, ce n’est jamais sûr. Tout est toujours dernière minute. Alexandre a eu ses billets d’avion pour partir en Irak deux jours avant son départ.

En ce moment, on a une date pour son retour de l’Irak, mais je n’y croirai pas tant que je ne verrai pas Alexandre arriver à l’aéroport à Québec. Lui, il est super content, il compte les jours avant de revenir et je sais aussi que ça s’en vient. Mais je ne me fais pas trop d’idées, il faut rester réaliste. 

Courtoisie/Andréa Turbide
Alexandre Blais-Lapointe

Les premières fois où il a dû partir quelques semaines ou quelques mois, j’ai réalisé que ce serait ça, notre réalité de couple. Mais en même temps, quand il revient, c’est tellement magique! À chaque fois, c’est comme si on recommençait à se dater

Quand on a parlé d’avoir un enfant, je me suis mise à calculer. J’essayais de planifier en fonction de son horaire pour trouver le bon moment. Un jour, ma belle-mère m’a dit d’arrêter de calculer parce que si je continuais comme ça, on ne ferait jamais d’enfant, parce que ce ne serait jamais le bon moment. Je l’ai écoutée! 

On a finalement été chanceux parce que j’ai accouché en juin et on a été les trois ensemble jusqu’en septembre. On a pu passer du temps en famille. On en a vraiment profité en sachant très bien que dans les prochains mois, Alexandre allait éventuellement partir. 

Notre relation implique des sacrifices, oui, mais on essaie de se concentrer sur le positif. Quand Alexandre va revenir, il aura presque deux mois de congé et pendant qu’il est parti, on se concentre sur les projets qu’on a pour quand il va revenir, comme avoir un autre enfant et acheter une maison.

En s’enrôlant dans l’armée, mon chum savait qu’il manquerait des moments importants dans la vie de ses proches. Mais quand Alexandre a manqué les premiers moments de la vie de notre fille, il a trouvé ça plus difficile. Par exemple, il n’a pas pu être là à ma première échographie, et il était parti en Irak quand elle a fait ses premiers pas. 

Alexandre est revenu 15 jours au mois d’août et avant ça, j’ai travaillé fort pour ne pas que Romy l’oublie. Je lui montrais des photos, des vidéos et je lui faisais entendre sa voix. On essayait aussi le plus possible de faire des appels vidéo. 

Courtoisie/Andréa Turbide
Romy

Pendant nos premiers appels, Romy regardait mon téléphone et se penchait pour regarder derrière, comme si son père allait en sortir. À force de le faire, elle s’est bien rendu compte qu’il ne sortait pas du téléphone! 

Quand il est revenu pour ses 15 jours de congé, Alexandre l’a pris dans ses bras et elle lui a fait les plus beaux sourires. C’était vraiment mignon. Clairement, elle n’avait pas oublié son père. Elle a passé les 15 jours collés sur lui, il n’était aucunement question de se séparer de son père!

À l’aéroport, quand il a dû repartir, elle s’accrochait à lui et elle hurlait. Je me suis dit que contrairement à la première fois, elle savait qu’il s’en allait et qu’il ne reviendrait pas tout de suite. J’ai dû l’arracher des bras de son père au beau milieu de l’aéroport. De la voir réagir comme ça a été difficile pour nous deux. 

Courtoisie/Andréa Turbide
Alexandre Blais-Lapointe et sa fille Romy

L’Irak, ce n’est pas le Club Med! Quand j’ai su qu’il partait là-bas, on m’a expliqué, comme à tous les conjoints, ce qu’ils allaient faire, quel était le niveau de risque et le fonctionnement. Ça m’a vraiment rassurée. On m’a dit que ce n’était pas trop dangereux et j’ai fini par y croire!

Depuis octobre par contre, ça brasse un peu plus à Bagdad que lorsqu’il est parti en mai. Il y a des tirs de roquette sur la base. Il y a des jours où j’aimerais vraiment que mon chum revienne. Mais je me fie à ce qu’il me dit et lui, il n’est pas stressé. 

C’est certain que je trouve ça difficile quand Alexandre n’est pas là, mais je me dis que pour lui, c’est pire. Il est à l’autre bout du monde, dans une chambre avec deux autres gars, il n’est pas dans ses affaires, loin de sa famille et de ses amis. Moi, je suis à la maison, dans nos affaires, avec nos familles, nos amis, notre fille. Il manque tout ça. 

Je sais que, certains jours, il se sent mal lui aussi de m’imposer ça. Mais en même temps, on l’a choisie ensemble, cette vie-là. Je le sais qu’il est avec moi et qu’il me supporte là-dedans. Et même chose pour moi envers lui. 

Courtoisie/Andréa Turbide
Andréa Turbide, son conjoint Alexandre Blais-Lapointe et leur fille Romy.

On fait ça en équipe. On est tellement bien entourés de nos familles, elles sont vraiment présentes pour nous et ça nous aide beaucoup. On essaie de garder notre famille unie le plus possible. Je pense que pour l’instant, on s’en sort assez bien!

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Florence Breton.

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