Confinement: l'escalade des violences conjugales

«L’agresseur se permet, dans cette période de confinement, d’aller plus loin. Toutes les conditions sont réunies pour une escalade des violences conjugales.»

La pandémie enferme les victimes de violences conjugales avec leur bourreau. Le confinement prétexte à la séquestration et à l’escalade de la violence? Entretien avec Claudine Thibaudeau, responsable du soutien clinique de SOS Violence conjugale.

Escalade de la violence

«Il faut bien distinguer la pression qui peut monter en ce moment au sein d’un couple du fait du confinement - et ce qu’on définit: violence conjugale. On parle de violence conjugale lorsqu’un des deux maintient un pouvoir sur l’autre en utilisant des moyens coercitifs. Cette violence revêt différentes formes: psychologique, émotionnelle, verbale, physique. Elle est au départ très subtile, quasi impossible à identifier. C’est souvent a posteriori que les victimes la réalisent.»

Pour Claudine Thibaudeau, plusieurs victimes n’avaient pas identifié qu’elles vivaient une situation de violence conjugale, mais le confinement a eu l’effet d’un révélateur.

«L’agresseur se permet, dans cette période de confinement, d’aller plus loin. Toutes les conditions sont réunies pour une escalade des violences conjugales.»

La violence conjugale constitue un ensemble de stratégies qu’une personne utilise volontairement afin de contrôler et de dominer son conjoint. Ces stratégies sont, par exemple :

  • de la violence physique, tels des coups ou des brûlures;
  • de la violence psychologique, comme des propos méprisants ou le contrôle des fréquentations de l’autre, le menant à un isolement social;
  • de la violence verbale, telle que du sarcasme et des insultes;
  • de la violence sexuelle, comme une agression sexuelle ou du dénigrement sexuel;
  • de la violence économique, comme la saisie du revenu de l’autre ou la surveillance de ses dépenses.
Source Justice Québec

Quand la violence conjugale vise à prendre le contrôle du conjoint, le plus souvent, elle s’installe graduellement dans le couple.

Un prétexte à la séquestration

«Difficile d’établir des chiffres. Ce qu’on peut dire c’est que les appels que nous recevons sont différents. Plus d’appels dénoncent la séquestration. Le confinement est devenu un prétexte pour enfermer l’autre, l’empêcher de sortir à tout prix!»

Ensemble, confiné(e) avec son bureau, il devient alors difficile, voire quasi impossible pour la victime de demander de l’aide.

«On reçoit des appels lorsque l’autre est sorti. On note une augmentation des appels la nuit et la fin de semaine, quand le partenaire dort ou quand la victime parvient à prendre une marche.»

En 2018, plus de 99 000 personnes de 15 à 89 ans ont été l’objet de violence aux mains d’un partenaire intime au Canada, ce qui représente près du tiers (30 %) des victimes de crimes violents déclarés par la police.

- Source: Statistique Canada

On parle de 80% de femmes victimes de violences conjugales et de 20% d’hommes.

Perte des lieux de répit et de soutien

Pour une victime de violence conjugale, le lieu de travail, l’école, le temps passé à faire des courses ou l’heure passée au gym sont des moments importants.

«Le confinement leur enlève les moments de répit et l’accès aux personnes qu’elles pouvaient voir, aux personnes ressources, au filet de sécurité.»

Ce filet de sécurité est essentiel pour aider les victimes.

«Si vous êtes en mesure de discuter avec une victime de façon sécuritaire, il pourrait être bien de convenir d’un code qui signifie qu’elle souhaite l’aide des services d’urgence.»

Comme le détaille SOS Violence conjugale, ces codes peuvent par exemple utiliser un objet («Je voudrais tellement une bonne crème glacée»), une ville («Te rappelles-tu quand on est allé à Québec?») ou une personne («Je m’ennuie tellement de grand-maman»). De tels codes pourraient signifier en réalité: appelle la police.

Partager l’information sur la disponibilité des ressources

«Nous sommes l’autoroute vers les ressources. Quitter à tout prix n’est pas l’objectif premier, mais aider la victime à voir plus clair.»

Les ressources communautaires spécialisées en violence conjugale (SOS Violence conjugale mais aussi les maisons d’hébergement et autres ressources en externe) sont actuellement à pied d’oeuvre pour répondre aux besoins des victimes de violence conjugale et de leurs proches.

«Nous sommes disponibles 24h sur 24, tous les jours. Le fait de savoir que l’aide existe, que des personnes se préoccupent de leur situation et qu’elles peuvent faire appel à nous donne aux victimes de violence conjugale une dose d’espoir et de pouvoir.»

SOS violence conjugale

1 800 363-9010

24 heures sur 24 / 7 jours sur 7

Contacts importants en cas de détresse psychologique:

  • Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d’aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.
  • Pour joindre la ligne de soutien de Suicide Action Montréal, composez le 1-866-277-3553 (1-866-APPELLE)
  • Pour joindre les intervenants professionnels de Tel-jeunes :
    Téléphone : 1 800 263-2266 / Texto : 514 600-1002 / teljeunes.com
  • Pour joindre Jeunesse, J’écoute:
    Appelez le 1-800-668-6868, envoyez TEXTO à 686868 ou utilisez le clavardage.

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