Comment se comporter avec le voyageur qui revient du Sud sans le rejeter

«Plus on voit nos libertés se restreindre, plus on a tendance à chercher des coupables. Et c’est là le danger de la radicalisation. Il faut faire très attention.»

Couvre-feu et confinement quasi total, les nouvelles n’ont rien pour nous mettre du baume au coeur, et carrément même exacerbent les comportements antagonistes. Chercher un coupable n’est pas la solution, c’est l’un des premiers constats de Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec avec laquelle le HuffPost Québec s’est entretenu.

Depuis le congé des Fêtes, marqué par la polémique des voyages dans le Sud pour certains, la tension ne cesse de monter. Le tout exacerbé depuis peu par les nouvelles mesures annoncées par le premier ministre François Legault. «Comment redescendre d’un cran et faire baisser la pression entre nous?», telle est la question du jour.

Ça va pas ben!

Les chiffres le démontrent, la santé mentale, parent pauvre de la santé selon Dre Grou, ne va pas bien. D’après un sondage administré par l’Ordre des psychologues du Québec et envoyé à ses 8 843 membres, il ressort que:

  • 85,8 % des répondants affirment avoir relevé une augmentation de la détresse psychologique ou une aggravation des symptômes chez leur clientèle depuis le début de la pandémie.
  • 63,9 % des répondants affirment avoir noté un plus grand nombre de demandes urgentes ou de situations de crises.
  • 66,7 % des répondants affirment avoir eu des retours d’anciens clients dont l’état s’est fragilisé avec la pandémie.
  • 85,8 % des répondants affirment avoir relevé une augmentation de la détresse psychologique ou une aggravation des symptômes chez leur clientèle depuis le début de la pandémie.
  • 63,9 % des répondants affirment avoir noté un plus grand nombre de demandes urgentes ou de situations de crises.
  • 66,7 % des répondants affirment avoir eu des retours d’anciens clients dont l’état s’est fragilisé avec la pandémie.


STOP les chicanes!

De manière générale, la société ne va pas bien et se radicalise. À la source de cet état, il y a les sentiments d’injustice et d’impuissance, explique Dre Christine Grou.

«Plus on voit nos libertés se restreindre, plus on a tendance à chercher des coupables. Et c’est là le danger de la radicalisation. Il faut faire très attention.»

Selon notre spécialiste, tenir pour acquis que tous les voyageurs du temps des Fêtes sont partis juste pour le plaisir est d’emblée une erreur. Certains sont peut-être allés voir un proche malade ou mourant, ou de la famille à l’étranger. Il faut voir la raison. Lorsqu’on juge d’emblée et lorsque les certitudes s’installent, c’est à ce moment là qu’on se radicalise.

«Taper sur quelqu’un ne fera que nourrir notre haine, et l’autre en face sera coincé dans un mécanisme de défense.»

- Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

«Lorsqu’on ressent de la colère, ce n’est pas le temps de discuter. On risquerait d’endommager nos amitiés. Taper sur quelqu’un ne fera que nourrir notre haine, et l’autre en face sera coincé dans un mécanisme de défense.»

Autrement dit, aucune conciliation possible à ce stade-là.

«On ne peut parler que, si et seulement si, on est au ouvert à la conversation et prêt à réfléchir. Tout le défi de l’échange résidera dans le fait de savoir si on est capable de demeurer ouvert.»

Nos réseaux sociaux regorgent de messages haineux, moralisateurs, pointant du doigt celui que ne se comporte pas exactement comme nous, nous incitant à évincer de nos vies ceux qui ne prônent pas les mêmes valeurs que nous. Mais, est-ce vraiment une question de valeurs communes?

«Cela n’a rien à voir avec des valeurs communes ou pas je dirais. Là, c’est une question de perception et de compréhension de la situation et du danger, notamment. Il ne s’agit aucunement de valeurs. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas tous outillés de la même manière et par conséquent nous ne percevons pas les situations de la même façon!»

D’ailleurs, n’oubliez pas qu’on diverge aussi dans la compréhension et la tolérance. À bon entendeur.

Et sans verser dans les bon sentiments, «ce qui fera le plus de bien, c’est la gentillesse, l’empathie et la compassion», souligne Dre Grou.

Mais comment faire baisser les tensions?

Les nouvelles directives du gouvernement imposant un couvre-feu à partir du samedi 9 janvier jusqu’au 8 février, de 20 h à 5 h du matin, sans oublier la fermeture de tous les commerces non-essentiels, le tout n’a rien pour égayer nos humeurs. D’autant plus que les sorties extérieures en groupe, hors de la bulle familiale, ne seront plus permises. Alors, quels sont les aides et outils pour nous aider à surmonter ce début d’année?

«Les gens ne savent plus à quelle porte frapper. Et pourtant tout ce que l’on disait au printemps et à l’automne est encore vrai!», explique Dre Grou.

À conserver en tête:

  • Même si la pandémie dure, il y aura une fin!

  • Bouger, sortir. On ne cesse de le répéter, mais l’activité physique est primordiale.

  • Garder une routine de jour et de soir, de semaine et de week-end. Il faut absolument une cassure avec le travail, mais aussi que les semaines ne ressemblent pas aux week-ends, et inversement, pour éviter le sentiment de semaines interminables.

  • Modifier nos objectifs. Le moindre écart de conduite par rapport à nos standards personnels de perfection n’est pas grave! Il faut considérer que nous adapter, maintenir notre santé, mentale et physique, est l’objectif premier. Il faut aussi se pardonner et réparer. Planifier des conciliabules familiaux fréquents pour faire le point et échanger.

  • Faute d’aide de professionnels, essayer de trouver une personne qui va nous aider à ventiler. Cette personne doit avoir les trois qualités suivantes: être discrète, sans jugement, nous aider à prendre du recul. Le but est de se sentir moins seul.

  • La pleine conscience: accueillir l’état d’âme qui nous habite pour être capable de l’évacuer. N’oubliez jamais que quand on est fatigué, voire épuisé, on devient plus rigide.

Le site de l’Ordre des psychologues du Québec a mis en place une page spéciale COVID-19 avec de nouvelles thématiques abordées régulièrement.

Si vous vous sentez en détresse, que vous avez perdu de l’intérêt pour vos activités préférées, que les ressources autour de vous sont insuffisantes, que vous avez de la difficulté à accomplir vos tâches quotidiennes et que vous éprouvez une grande fatigue, une aide professionnelle peut être nécessaire.