Comment bien vivre le deuil de nos animaux de compagnie?

La tristesse et le sentiment de perte associés au deuil de nos petits «anges gardiens» peuvent encore aujourd'hui faire l'objet de jugement.

Ils nous ont réconfortés, apaisés, ancrés dans le moment présent: nos animaux de compagnie ont pris une place prépondérante dans la nouvelle réalité instaurée par la pandémie de COVID-19 ces derniers mois.

Si plusieurs ont profité de cette période de télétravail pour adopter un compagnon, d’autres ont dû bien malgré eux faire face à la perte de leur animal bien-aimé.

Florence Meney, cadre en relations médias et autrice, s’est penchée sur ce sujet sensible dans La dernière promenade, un ouvrage extensif qui se veut hybride. «À la fois un guide, un manuel, mais aussi écrit avec le coeur, avec les sentiments, et avec beaucoup de témoignages de gens également», affirme-t-elle au HuffPost Québec.

De tout temps amoureuse des animaux, Mme Meney a vécu le deuil de ses deux chiens coup sur coup il y a quelques années. En constatant sur les réseaux sociaux plusieurs témoignages de gens de son entourage qui parlaient de la perte de leur animal, celle qui est également journaliste de carrière a eu envie d’aborder ce type de deuil, mais également notre rapport aux animaux. «Dans une société moderne, les animaux sont souvent un élément très important de nos vies. Parfois, c’est notre seul lien social, (surtout chez) les gens âgés», explique-t-elle.

Une douleur criblée d’incompréhension

Si Florence Meney admet que la société évolue à ce sujet, un certain tabou persiste quant à l’intensité des émotions associées au deuil animalier.

Selon l’ancienne journaliste, si certaines personnes semblent ne pas comprendre la grande tristesse ressentie par les gens qui ont perdu leur compagnon, c’est qu’ils jugent «que la valeur de l’humain est bien supérieure à celle de l’animal, donc que la mort de l’animal est toute relative», dit-elle.

«Ce qu’on va se faire dire en général, c’est: “Ce n’est quand même pas un humain!», relate-t-elle. «Mais pour certaines personnes, un animal, c’est une relation aussi significative qu’un humain. Par exemple, si votre soeur ne vient jamais vous voir, mais que votre chien, lui, il est là tous les jours pour vous consoler, pour vous accompagner, est-ce que c’est pas un peu normal que la perte du chien soit très importante à vos yeux?»

Cesser de se sentir coupable

L’autre côté inhérent au fait d’avoir un animal de compagnie - et de le perdre -, c’est le sentiment de responsabilité qu’on peut ressentir à son égard. «On est leur dieu. Et le corollaire, c’est qu’on se sent complètement responsable d’eux. C’est une relation très fusionnelle», dit Mme Meney.

Les recherches effectuées dans le cadre de l’écriture de La dernière promenade lui ont fait réaliser l’importance d’arrêter de se sentir coupable. «Ce qui revient à plusieurs reprises, (...) c’est qu’il faut se dire à soi-même et se le répéter, qu’on a été un bon humain, un humain décent, un humain attentif pour notre compagnon animal; qu’on a fait tout ce qu’on pouvait», affirme-t-elle avec conviction.

«Parce que souvent, le problème avec la douleur de la perte d’un animal, c’est que l’animal n’a que nous. Un être humain, il a d’autres personnes. L’animal ne dépend que de nous. Donc s’il est mort, c’est qu’on n’a pas fait notre boulot quelque part. Il faut arrêter de dire ça.»

Émilie Wilson a eu sa chienne Sybelle pendant presque quatre ans. Déjà âgée de 10 ans lors de son adoption, la chienne Cavalier King Charles est décédée le 31 mai dernier, à la suite d’une morsure infligée par un autre chien chez un vétérinaire. Encore aujourd’hui, Émilie ressent de l’incompréhension et parfois des élans de culpabilité à l’égard de «sa personne préférée sur la Terre». «On pense tout le temps que d’une manière, on aurait pu arranger les choses. On se sent coupable parce qu’on sent qu’on n’a rien fait; mais je suis allée deux fois à l’urgence avec, j’ai tout fait ce que je pouvais. J’ai mis le plus d’argent que je pouvais, ça n’avait même pas de bon sens.»

Annique Lavergne est docteure en psychologie et spécialiste du deuil animalier. Elle explique que selon ce qui a été vu dans les recherches, les étapes de ce type de deuil sont similaires au deuil d’un être humain. Par contre, c’est effectivement la notion de culpabilité qui distingue le deuil animalier des autres. «Parce que (pour) le maître endeuillé, souvent, la mort survient après l’euthanasie de l’animal», dit-elle. «Ça devient plus commun avec la mort assistée, mais ce n’est pas quelque chose qu’on a à décider habituellement - du jour, de la date et du moment que notre être cher va décéder. (...) Du fait que les gens sont encore un peu isolés dans leur deuil, ils n’osent pas trop se faire juger pour l’intensité de la réaction de deuil animalier, il y a de la solitude qui s’installe.»

Briser la solitude

Lorsqu’on perd un animal, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de vide et il s’inscrit aussi dans le contact charnel avec le monde qui nous entoure. «C’est pour ça aussi que les animaux sont importants; parce que c’est cet aspect physique, charnel de notre vie. C’est incarné. C’est l’amour incarné, dans le fond», évoque Florence Meney.

La psychologue Annique Lavergne conseille aux gens endeuillés de ne pas hésiter à se confier à leur entourage et à aller chercher du réconfort auprès de groupes de soutien. «C’est une façon de se sentir un peu validé dans sa peine, d’avoir l’occasion de la partager» sans être jugé. «Il y a beaucoup de ressources qui sont disponibles maintenant sur Internet pour ces gens-là.»

Créer des rituels

Par ailleurs, l’autrice de La dernière promenade précise qu’il est important de «ne pas hésiter à évoquer les moments heureux avec l’animal, les revivre» pour aider à passer à travers. «Ça, ça permet vraiment d’amorcer le deuil.»

«Il faut prendre le temps, dit de son côté Annique Lavergne; soit on fait une empreinte de patte, on garde un peu de pelage de l’animal, on allume une chandelle, on écrit un poème. On se fait un montage de photos qu’on peut envoyer à nos proches.»

À la suite de la mort de sa Sybelle, Émilie Wilson s’est découvert quant à elle un côté spirituel. Lorsqu’elle est décédée, elle l’a longtemps cherchée dans son appartement. Elle avait l’impression que sa chienne était simplement en visite quelque part. «J’étais un peu dans le déni, dit-elle, songeuse. À toutes les fois où je me disais “non elle est décédée”, ça me faisait un gros vertige.»

Pour elle, Sybelle a simplement changé de forme; elle est maintenant «son ange gardien». «On dirait que je lui ai trouvé une autre forme dans ma vie. Sybelle n’est plus physique, mais quand je ne vais pas bien, quand je suis stressée, je lui parle», confie-t-elle.

«À toutes les fois où j’ai besoin d’elle ou que je connais quelqu’un qui a besoin d’aide, qui a besoin d’un miracle, je dis: Sybelle, je te commande un miracle.»

«L’amour d’un animal, c’est toujours quelque chose de joyeux, de renouvelé», remarque Florence Meney.

L’autrice insiste en terminant sur le fait que si on perd un compagnon, «il faut prendre le temps de faire le deuil, mais il ne faut pas se sentir coupable de prendre un autre animal et de revivre encore une fois la joie de partager son quotidien avec un compagnon animal.»

La dernière promenade, écrit par Florence Meney, est disponible dès aujourd’hui dans les librairies.