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Cette maman et son épouse allaitent toutes les deux leur fils

Jennifer Rice veut que plus de mères, biologiques ou non, sachent que c'est possible.
Jennifer Rice
Jennifer Rice

Jennifer Rice, une députée britanno-colombienne, a beaucoup fait jaser en partageant la semaine dernière un aspect très intime de son quotidien. Son épouse Andrea Wilmot et elle allaitent toutes les deux leur fils Lua.

Le co-allaitement, une pratique qui permet aux deux parents de partager l’allaitement, n’a rien d’inusité chez les couples lesbiens. Mais c’est beaucoup de travail.

Pour arriver à allaiter l’enfant qu’elle n’a pas porté, Jennifer Rice a dû suivre un protocole de stimulation de la lactation nécessitant la prise de pilules contraceptives, d’herbes et de dompéridone (un médicament contre les vomissements de plus en plus souvent prescrit pour stimuler la production de lait). Dans les semaines qui ont précédé la naissance de son fils, elle a aussi dû utiliser un tire-lait toutes les trois heures.

«Je réalise que ce ne sont pas tous les couples qui feraient ce choix, mais je veux qu’ils sachent que c’est possible.»

- Jennifer Rice

Si Mme Rice a partagé son vécu, c’est qu’elle souhaite faire connaître la pratique du co-allaitement, afin de permettre à plus de partenaires de vivre cette expérience qu’elle chérit.

En plus de faire connaître le co-allaitement, le témoignage de Mme Rice - surtout étant donné son statut de femme politicienne - contribue à normaliser l’allaitement en général.

Nous lui avons demandé de décrire son expérience dans ses propres mots. Voici ce qu’elle avait à dire.

Pourquoi était-ce important pour vous d’allaiter votre fils?

Quand j’imaginais devenir mère, allaiter mon enfant me semblait la chose normale et naturelle à faire. Mais comme Andrea est celle qui a porté notre enfant, je ne me sentais pas immédiatement attirée par l’allaitement puisque, dans mon esprit, ce rôle lui incomberait naturellement, en tant que mère gestatrice.

Plus tard, j’ai senti que je manquais quelque chose. Je suis aussi une maman et je devrais pouvoir l’allaiter. Je me sentais un peu égoïste, mais je ne voulais pas passer à côté de ce lien d’attachement que permet l’allaitement.

Jennifer Rice
Jennifer Rice

Comment vous sentez-vous maintenant que vous partagez cette expérience?

J’adore ça. Ça me fait me sentir plus comme une mère. Ça me rapproche de mon bébé. Au départ, je craignais de ne pas me sentir proche de Lua si je ne l’allaitais pas. Quand je l’ai rencontré, j’ai compris que je n’avais pas besoin de l’allaiter pour me sentir complètement en amour avec lui, mais je le vois comme un bonus et je suis heureuse d’avoir fait l’effort de stimuler la lactation.

Pourquoi avoir partagé votre histoire?

Nous voulions que d’autres sachent que c’est possible. Plusieurs personnes avec qui nous partageons notre histoire de co-allaitement sont surprises d’apprendre qu’il est même possible de stimuler la lactation sans grossesse. (Plusieurs mères racontent qu’elles auraient adoré pouvoir partager la responsabilité de l’allaitement avec leur partenaire.)

Nous voulions aussi que les médecins de famille et les intervenants de première ligne soient informés, afin qu’ils soient mieux préparés à accompagner les parents qui souhaitent stimuler la lactation. Ce serait encore mieux si c’était proposé de manière proactive. Je réalise que ce ne sont pas tous les couples qui feraient ce choix, mais je veux qu’ils sachent que c’est possible.

J’ai trouvé le protocole sur Internet, mais c’est une amie qui a été mère porteuse pour quelqu’un qui a stimulé l’allaitement qui m’a vraiment fait voir toutes les possibilités et qui m’a encouragée à parler à mon médecin. Elle m’a donné la poussée dont j’avais besoin pour demander de l’aide, parce que je n’avais pas la confiance nécessaire pour le faire, initialement.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres partenaires qui souhaitent allaiter?

Mon conseil serait d’investir dans un tire-lait double de bonne qualité et de commencer le processus le plus tôt possible. S’il n’est pas possible de commencer tôt, faites-le quand même. J’ai commencé alors qu’il ne me restait pas beaucoup de temps, mais j’ai quand même été capable de produire du lait. Tout allaitement, peu importe la quantité, est bénéfique pour vous et votre bébé, à mon avis. Si deux personnes allaitent, l’enfant reçoit deux fois plus d’anticorps, en plus des autres bénéfices.

L’allaitement ne se résume pas à la quantité de lait qu’une personne peut produire. C’est une occasion incroyable d’apprendre à se connaître, c’est intime et ça favorise le lien d’attachement. Il n’y a rien de plus doux que de sentir la petite main de mon bébé sur mon sein pendant qu’il boit. Ce sont des moments que je chéris.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.