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Yahou!, un clown qui a hâte de pouvoir retourner dans les CHSLD

Avec la pandémie, le clown thérapeutique arrive tout de même à faire du bénévolat à temps plein.
Guillaume Vermette, clown thérapeutique.
Guillaume Vermette, clown thérapeutique.

Des camps de réfugiés syriens au Liban aux CHSLD, celui qui est aussi connu sous le nom d’artiste Yahou! a parcouru 40 pays au cours des 15 dernières années. Équipé simplement de son sac à dos, d’une empathie contagieuse, et de l’envie d’«incarner un changement» dans la société. Rencontre avec Guillaume Vermette, 32 ans, clown humanitaire, thérapeutique ou social, qui veut «répandre du bonheur».

Guillaume Vermette dans un camp de réfugiés à Idoméni en Grèce, au printemps 2016. 
Guillaume Vermette dans un camp de réfugiés à Idoméni en Grèce, au printemps 2016. 

Bénévole à temps plein depuis cinq ans, il est rentré au Québec à l’automne 2019 avec l’intention de créer une «armée du bonheur», en vivant de ce qu’il appelle une «économie de l’entraide». Et la pandémie n’a fait qu’accentuer l’impétuosité de son projet. Il a créé une campagne de sociofinancement afin de récolter un minimum de 1000$ par mois pour subvenir à ses besoins et se consacrer au bénévolat.

«Le plan était que 1000 personnes me donnent 1$ par mois. Tout le monde est capable de donner 1$, ça ne change pas grand-chose dans leur vie, et moi, ça me permet d’avoir la liberté de m’investir à 100% dans des projets plein de sens, à essayer de faire mon petit boute de différence».

Pari réussi pour Guillaume depuis août dernier. Sans PCU, ni aide sociale, ses revenus varient tous les mois, mais ne passent pas au-dessous des 1000$ grâce à plus de 300 contributeurs. En janvier 2021, ils atteignaient même 1 513$.

Chaque dollar perçu en plus des 1000$ est reversé à son organisme, La Caravane Philanthrope, qui propose des formations de cirque thérapeutique (pour envoyer des clowns en CHSLD), de cirque humanitaire, pour les projets à l’étranger (en suspens en temps de pandémie), et de cirque social.

Guillaume Vermette dans un CHSLD.
Guillaume Vermette dans un CHSLD.

«Mon impact seul, c’est une goutte d’eau dans l’océan et je veux en faire plus. Je veux rassembler des gens, donner des formations, organiser des projets pour que d’autres gens puissent s’épanouir, devenir de meilleurs citoyens, de meilleurs artistes et redonner aux autres. Une espèce de virus du bonheur qui se propage».

«Les CHSLD, c’était déjà le festival de la détresse humaine et de la solitude. Définitivement, depuis la pandémie, c’est une crise humanitaire. Il n’y a aucun doute.»

- Guillaume Vermette

Des fêtes d’enfants aux CHSLD

Une cinquantaine de personnes sont actuellement impliquées dans l’organisme. Et si la COVID-19 les a forcées à annuler de nombreux projets, elle a aussi légitimé leur existence.

«Depuis quelques années, on voit une élite de clowns qui se forme [loin de l’image péjorative raillée]. Je pense que ça souligne le fait qu’il y a un besoin immense de douceur, de connexion humaine, de gentillesse, car c’est ça qu’on amène les clowns thérapeutiques. Et je pense que l’Occident était malade de solitude avant la pandémie».

C’est ainsi qu’un des membres de l’organisme a vu son rôle de clown dans des fêtes d’enfants sur Zoom être bouleversé, raconte Guillaume.

«Ce n’était plus des spectacles pour enfants. L’interaction humaine était tellement un besoin important que ça devenait du cirque thérapeutique. Il fallait redonner du pouvoir et du contrôle aux enfants».

Quant aux CHSLD, «c’était déjà le festival de la détresse humaine et de la solitude [avant la pandémie] témoigne Guillaume Vermette. Il y a un problème de société, définitivement, il y en avait déjà un avant. Depuis la pandémie, c’est une crise humanitaire. Il n’y a aucun doute.»

Au cours de l’été 2020, Guillaume a traîné son nez rouge une trentaine de fois en CHSLD pour «briser l’isolement» des aînés.

«Le premier CHSLD où je suis allé en présentiel, en 2020, la moitié des chambres étaient vides parce que les gens étaient décédés», se souvient-il avec émotion. Il observe que la COVID a augmenté les besoins et que son métier est plus pertinent que jamais.

Ses visites se sont interrompues à la mi-septembre, alors qu’il contracte lui-même la COVID-19 et subit des symptômes résiduels pendant plusieurs semaines. «J’ai été un mois dans mon lit 24 heures sur 24 à être vraiment à terre. Ça m’a affecté fort et je ne pensais pas être complètement remis d’aussi tôt, parce que même une fois guéri, je m’épuisais en parlant».

«Créer du lien»

C’est à Salluit, dans le Nunavik, que Guillaume s’improvise clown pour la première fois. Il est alors âgé de 17 ans et travaille comme animateur d’un camp de sciences pour adolescents. Le petit gars de Nicolet provenant d’une famille d’ingénieurs et qui voulait devenir psychologue, se retrouve confronté au suicide et veut intervenir. «J’ai mis une perruque jaune, laite, sur la tête, j’ai essayé de faire rire les gens, et ça ne marchait pas. Mais ça marchait pareil», se souvient Guillaume.

Car «le rôle d’un clown ce n’est pas d’être drôle, ce n’est pas d’être intéressant, c’est de créer un lien avec son public. L’aptitude numéro 1 d’un clown, c’est l’écoute. On passe par d’autres chemins que la parole pour aller rejoindre les gens, grâce au costume, à la musique… C’est particulièrement important en CHSLD, auprès de gens avec des problèmes cognitifs.»

Les projets de la Caravane Philanthrope ont rejoint 37 000 personnes dans la dernière année. Mais si Guillaume ne cherche pas la croissance à tout prix, il veut continuer à «briser l’isolement», à vivre selon ses convictions et à lutter contre la vision religieuse dépeignant le bénévolat comme un sacrifice. Quant à sa précarité financière, Guillaume ne s’en inquiète pas :

«Ce qui serait source de stress et d’anxiété, ce serait de travailler 40h semaine pour une job qui ne fait pas de sens. J’aurai l’impression de gaspiller mes aptitudes, mes talents, et de ne pas pouvoir me concentrer sur ce qui a le plus d’impact dans la société».


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