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02/06/2019 07:50 EDT

Avec son Circo de los Niños, un cofondateur du Cirque du Soleil soutient des enfants au Mexique

(Tout en gardant un œil attentif - et critique - sur les futurs projets du célèbre cirque.)

Malik Cocherel/HuffPost Québec

Sous le ciel bleu de la Riviera Nayarit, sur la côte du Pacifique, Gilles Ste-Croix initie les enfants mexicains de la région de San Pancho aux arts du cirque. Le cofondateur du Cirque du Soleil garde aussi un œil attentif - et critique - sur les futurs projets de la célèbre compagnie circassienne qu’il a quittée en 2014. 

Il y a une dizaine d’années, le natif de La Sarre en Abitibi s’est mis en quête d’une maison dans le Sud en prévision de ses «vieux jours». Après s’être orienté dans un premier temps vers les Caraïbes, Gilles Ste-Croix a finalement trouvé la perle rare dans l’ouest du Mexique, à San Pancho. À une heure de route de Puerto Vallarta, ce petit village de la luxuriante Riviera Nayarit est bien moins connu que Punta Mita ou Sayulita, deux destinations vacances voisines très prisées par les touristes comme les stars hollywoodiennes.

Une belle place au soleil

«C’est un village très charmant où on croise surtout des familles mexicaines. Il n’y a pas énormément de touristes étrangers», décrit M. Ste-Croix, en entrevue avec le HuffPost Québec. C’est dans ce havre de paix que le Québécois de 70 ans a trouvé sa «place au soleil», pour paraphraser le titre de son autobiographie publiée en 2016. «J’ai commencé peu à peu à m’impliquer dans la vie de la communauté et je leur ai proposé de monter un petit spectacle de cirque avec des enfants du village pour faire une levée de fonds pour le centre communautaire», poursuit l’intéressé.

Courtoisie
Gilles Ste-Croix au «Circo de los Ninos» à San Pancho.

 Ainsi est né le «Circo de los Niños». Le spectacle a accouché d’une organisation à but non lucratif qui s’est donné pour mission d’initier les enfants de la région aux arts du cirque.

«On a commencé, il y a sept ans, avec une cinquantaine d’enfants, pour arriver aujourd’hui à 160 enfants inscrits», confie M. Ste-Croix.  Âgés de 6 à 16 ans, les jeunes membres du Circo de los Niños, qui a pris ses quartiers dans une ancienne usine désaffectée de San Pancho, viennent après l’école suivre des cours d’acrobatie, de trampoline ou de jonglerie. De quoi susciter quelques vocations dans la région.

«On a un enfant qui nous a quittés il y a deux ans pour aller suivre des cours de cirque dans la ville de Mexico. Il a monté un numéro d’équilibriste et il est maintenant professionnel à 21 ans», se félicite M. Ste-Croix. «On a aussi pas mal de jeunes filles qui aimeraient venir étudier à l’école de cirque de Montréal qui est reconnue pour la qualité de son enseignement. Les artistes qui en sortent sont assurés d’avoir un travail. Alors on essaie de trouver une façon, avec l’école de Montréal, de sortir des bourses pour ces jeunes qui viennent généralement de milieux très modestes.»

Malik Cocherel/HuffPost Québec
Le cofondateur du Cirque du Soleil a monté son Circo de los Niños dans une ancienne usine désaffectée de San Pancho, sur la Riviera Nayarit.

 En attendant, Gilles Ste-Croix organise tous les ans un spectacle, à la fin mars, pour lever les fonds nécessaires au fonctionnement du Circo de los Niños, dont le budget annuel tourne autour de 500 000 pesos mexicains (environ 35 000 $CAN). Le maître des lieux peut aussi compter sur les dons en ligne (via le programme «Atrapasueños») et l’aide du Cirque du Soleil.

«Ils me laissent utiliser le matériel et les habits dont ils ne se servent plus. J’ai récupéré des costumes des spectacles Mystère et Saltimbanco qui dormaient dans des caisses dans des entrepôts. Plutôt qu’ils soient détruits, on les recycle.»

Malik Cocherel/HuffPost Québec
Le Cirque du Soleil fournit des accessoires et des costumes qui connaissent une seconde vie au Mexique.

Un parc d’attractions à venir

Même s’il a quitté le Cirque du Soleil, l’homme a conservé des liens étroits avec la compagnie qui a occupé pas moins de 30 ans de sa vie. Par un curieux hasard du destin, son Circo de los Niños n’est d’ailleurs séparé que d’une trentaine de kilomètres de Nuevo Vallarta, le site choisi par le promoteur touristique et hôtelier Grupo Vidanta pour bâtir le fameux parc d’attractions du Cirque du Soleil sur la Riviera Nayarit.

«À l’époque où j’étais encore au Cirque du Soleil, il y a de ça six ans, j’ai participé aux premières rencontres avec les gens de Vidanta pour ce projet, confie M. Ste-Croix. Au départ, l’idée n’était pas de faire un parc, mais de construire un théâtre pour créer un spectacle permanent comme ce qui a été fait avec JOYÁ à Playa del Carmen. Finalement, Vidanta a vu les choses en plus grand. Comme ils avaient beaucoup de terrain à Nuevo Vallarta, ils ont eu l’idée de créer ce parc.»

Initialement prévue en 2018, la construction de cet immense complexe a pris du retard et ne devrait pas s’achever avant la fin 2020.

Le spectacle de la jungle

Par ailleurs, Gilles Ste-Croix s’est aussi associé avec la compagnie Vallarta Adventures et le chef décorateur mexicain Eugenio Caballero, oscarisé pour Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, afin de créer un nouveau spectacle, Savia, en pleine nature, à quelques minutes de la plage paradisiaque de Las Caletas si chère à John Huston.

«Ce qui m’a intéressé, c’était le défi de faire un spectacle à ciel ouvert qui intègre des performances, des projections et des effets spéciaux dans la jungle, dit-il. J’ai quitté le Cirque du Soleil, mais les idées ont continué avec moi. Ma blonde me dit souvent, “arrête d’avoir des idées qu’on se repose un peu”. Mais je ne peux pas rester assis à rien faire!»

Un oeil sur le Cirque du Soleil

Celui qui a été artiste, metteur en scène, directeur de création et vice-président du Cirque du Soleil surveille également de loin les futurs projets de la compagnie vendue en 2015 au consortium mené par la firme américaine TPG Capital.

Interrogé sur le prochain spectacle du Cirque, R.U.N, prévu à l’automne prochain à Las Vegas, Ste-Croix a salué l’initiative de développer une expérience immersive destinée à plonger les spectateurs au cœur de cascades spectaculaires.

«C’est une très bonne idée, a-t-il commenté. Il y a un bon marché à exploiter. Ce qui me gêne en revanche, c’est qu’on va chercher des gens qui travaillent dans le cinéma à Los Angeles (dont le réalisateur de Sin City Robert Rodriguez chargé d’écrire le spectacle), sans faire appel à des Québécois. À l’époque où j’étais au Cirque du Soleil avec Guy Laliberté, on se faisait un point d’honneur de mettre en avant les talents d’ici. J’ai aussi pris des créateurs venus d’ailleurs, mais il y avait toujours un équilibre entre les Québécois et les autres.»

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