POLITIQUE
13/09/2019 14:00 EDT

Les circonscriptions libérales sortent gagnantes des annonces préélectorales

Sur un total de près de 1000 annonces d'une valeur de plus de 10 milliards $ en financement promis.

Sean Kilpatrick/PC

La campagne officielle en est peut-être à ses balbutiements, mais au cours de l’été, les politiciens libéraux travaillaient déjà dur, parcourant le pays et faisant des centaines d’annonces de dépenses dans les circonscriptions.

La Presse canadienne a fait le suivi de ces événements — des subventions pour tout, allant des producteurs laitiers aux festivals locaux en passant par les entreprises dirigées par des femmes — totalisant près de 1000 annonces d’une valeur de plus de 10 milliards $ en financement promis.

Ces chiffres sont conservateurs. Ils n’incluent pas les contrats gouvernementaux officiels (tels que l’attribution de plusieurs milliards de dollars à l’entreprise General Dynamics à London, en Ontario), les transferts prédéfinis tels que ceux du Fonds de la taxe sur l’essence, les annonces de financements ou de dépenses hors du Canada qui ne le sont pas pour la première fois. Les annonces pour plusieurs récipiendaires ou circonscriptions ont été comptabilisées comme un seul engagement auprès de la circonscription où l’événement a eu lieu ou celle où la majeure partie des fonds seront dépensés.

La part du lion aux circonscriptions libérales

Les circonscriptions libérales ont été les principaux bénéficiaires des largesses du gouvernement, représentant environ 75 pour cent du total. Parmi elles, le député local était présent ou a été celui qui a fait l’annonce de la bonne nouvelle 80 pour cent du temps.

Fait intéressant, des proportions à peu près égales des dépenses ont été faites dans des circonscriptions néo-démocrates et conservatrices — 15 pour cent et 13 pour cent, respectivement.

Certaines circonscriptions ont fait l’objet d’une attention particulière de la part des politiciens libéraux au cours de l’été, notamment au Québec. La circonscription de Lac-Saint-Jean, représentée par Richard Hébert, était au coeur des préoccupations, de même que la circonscription Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine de la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier.

Parmi les autres régions qui sont ressorties du lot mentionnons la circonscription du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, à Regina, celle de la ministre du Développement économique rural, Bernadette Jordan, en Nouvelle-Écosse, et les trois territoires. La ministre Jordan a remporté la palme du plus grand nombre d’annonces faites cet été, révèle la compilation.

Des nuances

Une mise en garde: l’annonce d’un projet dans une circonscription donnée n’indique pas nécessairement qu’il s’agit de clientélisme, une politique où les dépenses sont réparties à des fins politiques.

«Il existe, dans certaines régions, des besoins locaux» qui doivent simplement être satisfaits, a indiqué Nelson Wiseman, un professeur de sciences politiques à l’Université de Toronto. Et il convient de rappeler que les libéraux ont remporté plus de la moitié des 338 sièges du Canada lors des élections de 2015, a-t-il ajouté.

Toutefois, il se pourrait bien que le gouvernement réponde aux préoccupations des députés d’arrière-ban dans l’espoir d’augmenter leurs chances de réélection — une pratique aussi ancienne que le temps, disent les experts.

«Le gouvernement précédent faisait cela aussi, celui d’avant également... c’est pratique courante», a déclaré M. Wiseman.

Le parti au pouvoir a davantage d’occasions de planifier sa campagne électorale, parce que le Canada a maintenant fixé des dates pour les élections fédérales — une mesure qui était censée empêcher les gouvernements de jouer sur la date, tout en leur offrant des avantages, a déclaré Geneviève Tellier, une professeure de sciences politiques à l’Université d’Ottawa.

«Dès le premier jour, ils se diront peut-être: “Ok, cette annonce sera faite immédiatement et celle-là nous pourrons la faire dans quatre ans”», a-t-elle expliqué.

Quel impact?

Quant à savoir si de telles annonces ont réellement des conséquences politiques, c’est une autre question.

Les annonces locales sont souvent dans les nouvelles, a noté Mme Wiseman, et peuvent influencer juste assez d’électeurs pour faire la différence dans des circonscriptions où la course est serrée.

«Dans l’ensemble, un vent de changement à l’échelle nationale aurait un impact beaucoup plus grand que ces annonces locales, mais elles ne nuisent pas à votre cause, elles ne peuvent que vous aider», a-t-elle déclaré.

Surtout maintenant que la campagne électorale a véritablement commencé, il est difficile de savoir si les électeurs se souviendront d’une annonce de 200 000 $, voire de 2 millions $ faite en juillet.

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