NOUVELLES
16/01/2021 16:38 EST | Actualisé 17/01/2021 09:31 EST

Une centaine de personnes manifestent contre le couvre-feu à Montréal

«Le gouvernement encourage la délation, la recherche de bouc-émissaires et la culpabilisation individuelle, se dédouanant ainsi de toutes responsabilités», ont écrit les militants dans un communiqué de presse.

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes
La manifestation, qui s’est déroulée à Montréal, dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, était organisée par le collectif «Pas de solution policière à la crise sanitaire» afin de réclamer la fin des mesures «liberticides

MONTRÉAL — Entourés de très nombreux policiers, une centaine d’opposants au couvre-feu en vigueur depuis une semaine ont bravé la neige pour dénoncer samedi après-midi la mesure de santé publique qui a, selon eux, un «effet symbolique» tout en dégradant réellement le «filet social» et qui crée «un climat de peur».

La manifestation, qui s’est déroulée à Montréal, dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, était organisée par le collectif «Pas de solution policière à la crise sanitaire» afin de réclamer la fin des mesures «liberticides».

Dès le début du rassemblement, les policiers ont demandé aux manifestants via un camion-flûte de porter le couvre-visage et de respecter la distanciation physique, comme l’avaient déjà fait les organisateurs dans leur communiqué.

Les militants estiment que «le gouvernement encourage la délation, la recherche de bouc-émissaires et la culpabilisation individuelle, se dédouanant ainsi de toutes responsabilités».

Un manifestant, Zy St-Pierre-Bourdelais, réclamait une amnistie pour les itinérants. «C’est faux que ces gens ont suffisamment de places dans les refuges, a-t-il dit. Je trouve que c’est déraisonnable que les gens puissent avoir des contraventions et des sanctions parce qu’ils vivent dans la rue à cause d’un couvre-feu.»

Kaella, une travailleuse de rue qui a refusé de donner son nom de famille, est également venue pour réclamer la fin des «mesures contraignantes qui ne servent strictement à rien», comme de «donner une contravention à une personne en situation d’itinérance».

«Je trouve ça profondément décevant et frustrant», a-t-elle dit alors que les policiers retiraient de force une personne de la manifestation. «Les policiers ne doivent pas avoir une carte blanche de gros bon sens parce que souvent ils ne font pas preuve de gros bon sens.»

Quelques minutes plus tôt, un homme assis dans le parc qui ne faisait «clairement pas partie de la manifestation» et qui «était en détresse ben raide» a été également été retiré de la manifestation parce qu’il ne porte pas de couvre-visage, a raconté Chantal Poulin, un témoin visuel de l’événement.

Deux constats d’infraction de 1550 $ ont été remis pour non-port du couvre-visage, a confirmé l’agent Jean-Pierre Brabant, un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), insistant que ces personnes avaient été prévenues au haut-parleur.

Au moins une dizaine de manifestants ont refusé de répondre aux questions de La Presse Canadienne, l’un d’eux a expliqué que «les gens n’ont pas une formation pour parler aux médias et que les médias déforment ce qu’on dit».

Le jeune homme, non «formé» en la matière, a cependant confié que les policiers casqués, «c’est toujours intimidant», même qu’il les «surveille», puisqu’il garde un mauvais souvenir de manifestations étudiantes du printemps 2012 qui ont «viré plus violentes». Il a refusé de fournir son nom pour se «protéger de potentielles répercussions».

Après quelques discours, les manifestants ont entamé leur marche dans les rues enneigées de la métropole, forçant constamment les dizaines de policiers casqués - certains tenant même un bouclier et des fusils permettant de projeter des gaz lacrymogènes - à se réajuster alors que les marcheurs zigzaguaient constamment dans les rues pendant plus d’une heure et jusqu’à la tombée du jour.

«Ils se sont fait avoir», s’est amusé à crier un manifestant alors que les marcheurs ont tourné à la dernière minute vers une petite rue, des policiers poursuivant leur chemin à l’avant.

Les organisateurs avaient annoncé qu’ils n’entendaient pas coopérer avec la police de Montréal pour assurer la sécurité de l’événement, estimant qu’il s’agit d’une «responsabilité collective».

«Je suis solidaire avec vous autres», a lancé une femme depuis son balcon d’un immeuble à logements, alors que la foule scandait «Financez la santé, pas les policiers».

Les manifestants se réclamant de la gauche du spectre politique ont précisé qu’ils se dissocient «fermement» des autres manifestations contre le couvre-feu qui mettent de l’avant des «discours conspirationnistes ou idéologies d’extrême droite». Les anti-masques et anti-vaccins n’étaient d’ailleurs pas les bienvenus, avaient-ils précisé.

Le couvre-feu est en vigueur de 20 h et 5 h jusqu’au 8 février. Il vise à empêcher les rassemblements.

VRAI OU FAUX? Ce qu’il faut savoir de la COVID-19:

Galerie photo VRAI OU FAUX? Ce qu'il faut savoir de la COVID-19 Voyez les images