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25/06/2019 12:56 EDT | Actualisé 27/06/2019 09:24 EDT

Troquer le trafic et le stress pour le chocolat et la plage

Notre but initial était de changer notre vie pour vivre moins de stress, travailler moins d’heures et faire ce que l’on aime. Malgré certains accros, nous considérons que c’est mission accomplie et nous sommes indéniablement plus heureux.

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Martin (gauche) et Nelson devant un petite île sur la plage Cocles tout prêt de notre village de Puerto Viejo.

 

 

J’étais assis au même cubicule depuis 14 ans. Nelson lui, grelottait huit mois par année. On gagnait bien notre vie. En échange de 40-50 heures par semaine de performance et de stress, on pouvait acheter pas mal ce qu’on voulait quand on voulait, voyager une à deux fois par année, et pratiquer notre sport préféré: découvrir des restos. Je commençais à avoir une bédaine comme tant d’autres, et Nelson avait le teint vert trop souvent.

On est tombé sur un article de journal qui faisait le portrait de Québécois établis au Costa Rica. Notre intérêt étant devenu vif, l’article nous a mené à des vidéos YouTube, des livres et de multiples visites au Costa Rica à coup de deux semaines. C’est là qu’on a finalement pris la décision de commencer notre deuxième vie.

«On a tous deux vies. La deuxième commence quand on réalise qu’on en a seulement une.» - Confusius

 

 

Le plan

On quitte nos emplois, on vend tout, on part vivre où l’hiver n’existe pas et on y démarre notre entreprise. Un projet qui se divise en deux parties. 

La première: réaliser notre rêve de traverser notre pays en camper. C’est à bord d’un motorisé Toyota 1985 en bon état que nous avons parcouru plus de 10 000 km entre White Point, en Nouvelle-Écosse et Tofino, en Colombie-Britannique.

Ce voyage nous a fait réaliser à quel point notre pays est diversifié en paysages et encore plus beau qu’un vidéo de chats en boucle 

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Martin posant devant notre camper en Saskatchewan lors de notre traversée du Canada.

La deuxième: on se «magasine» un pays pour s’y installer. Durant six mois, nous avons trainé notre sac à dos au Pérou, en Équateur, au Panama et au Nicaragua.

Malgré la découverte d’endroits magnifiques et des gens fort sympathiques, pour nous, rien n’a égalé le Costa Rica. Retour à la case départ. Passez Go, réclamez 200$... On continue…

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Nelson dans les rues de Cuzco au Pérou.

Se choisir un village

Notre choix de pays étant maintenant fait, il nous fallait maintenant choisir un village.

Après avoir sillonné le pays durant quelques semaines, notre choix s’est arrêté sur le petit village de Puerto Viejo de Talamanca, sur la côte Caraïbe du Costa Rica. 

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Fin de journée sur la mer des Caraïbes, à deux pas de notre boutique.

Ici, pas de McDo ni de Starbucks. L’asphalte, le téléphone et Internet y sont arrivés depuis peu. Le vélo est «le» moyen de transport, le surf et le yoga sont les sports populaires. D’influence et d’origine jamaïcaines, les Costariciens de Puerto Viejo se mélangent aux expats venant d’un peu partout dans le monde.

Ce qui se traduit par une culture diversifiée et une offre de restos, boutiques, hôtels et activités internationales.

Trouver une idée d’affaires

Au lieu de focaliser sur une idée de projet précis, nous avons adopté l’attitude inverse: laisser le projet venir à nous. Ainsi, avec nos nombreux verres de gin-tonic à la main durant notre périple canadien ou de rhum sous les tropiques, nous avons brainstormé à propos d’au moins une bonne centaine d’idées de projets. 

Le jour J. Une amie venant nous visiter à Puerto Viejo, l’occasion était parfaite pour explorer une plantation de cacao locale et une fabrique de chocolat. Le guide nous a alors raconté l’histoire du cacao au Costa Rica, qui remonte bien avant la conquête des Espagnols.

C’est là que nous avons réalisé qu’il y a beaucoup de producteurs de cacao dans notre petite région, et que la grande majorité de ceux-ci le transforment en chocolat artisanal.

Quelle fut donc notre surprise, de retour au «centre-ville» de Puerto, de constater que rien ne faisait référence au chocolat!

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Du cacao séchant au soleil.

Voilà notre projet! Il est apparu devant nous comme s’il nous attendait depuis toujours. Nous avons donc ouvert notre boutique Choco le 22 décembre 2017.

Hybride entre boutique, café, bar et centre d’informations, nous y vendons le chocolat de tous les fabricants locaux. En plus d’offrir plus de 80 différentes barres de chocolat, nous avons développé des accords de chocolats avec différents produits locaux, comme le rhum, la bière en fut, le vin et le café.

Les gens peuvent également obtenir de l’information sur les producteurs et accéder à différentes activités reliées au chocolat, dont la visite guidée qui a inspiré notre projet.

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L’intérieur de notre boutique Choco. Chaque fabricant de chocolat a sa propre section ainsi qu’une petite biographie pour que les clients puissent en apprennent sur les gens derrière la barre de chocolat qu’ils achètent.
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Martin et Priscila, notre gérante.

En couple et en affaires

Nelson et moi sommes l’équipe parfaite. Nous avons vite réalisé qu’en affaires, nos forces sont complémentaires, comme Batman et Robin. Il a l’œil plus artistique, moi plus admin et finances. Tout va bien, jusqu’au jour où nous nous retrouvons tous les deux seuls à servir nos clients.

Dans les périodes de rush, impossible de se comprendre. Le combat des deux superhéros n’allait jamais dans le même sens.

Après plusieurs conversations, verres de rhum aidant, nous avons décidé de réduire nos heures ensemble à la boutique pour le bien de l’humanité et pour notre amour. Avec nos fabuleuses employées, Priscilla, Andreas et Cherry, nous pouvions justement avoir cette flexibilité.

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Nelson (à gauche) et Martin.

Nos journées dans les Caraïbes

À la suite des très intenses mois d’ouverture, nous commençons à nous habituer à notre nouvelle vie. Notre espagnol s’améliore, entre autres grâce à nos employés qui nous servent également de professeures. Nous apprivoisons la culture et le beat de la région, beaucoup plus relax que notre rythme nord-américain. La devise du pays est Pura Vida, ce qui se traduirait par «vie relax».

Super concept lorsqu’on est en vacances. Moins pratique quand tu as besoin du papier A pour obtenir le formulaire rose afin d’avoir le permis X pour ouvrir ta boutique. Ou quand ton internet résidentiel cesse de fonctionner.

D’ailleurs, on a vite compris que quand ça ne fonctionne plus, 95% du temps c’est parce qu’un technicien dans le poteau au coin de notre rue nousdébranche. On a donc appris à courir à sa rencontre, à afficher notre plus beau sourire, et lui demander de reconnecter le fil qu’il vient de débrancher par erreur! Ce n’est pas toujours comme chez nous, il faut s’adapter. 

Nous nous réveillons au son des oiseaux. Ce n’est pas une application que nous avons téléchargée, mais bien la faune de la jungle tropicale humide.

La plage étant à quelques pas, nous nous faisons un devoir d’y aller au moins une fois par jour. Après tout, nous n’avons pas quitté la neige et le froid pour vivre au bord de la mer et ne pas en profiter! 

La boutique est ouverte de 10h à 20h, du mercredi au dimanche. En général, j’y vais pour quelques heures le matin pendant que Nelson répond à ses courriels, travaille sur nos médias sociaux et accomplit quelques tâches administratives depuis la maison. En mi-journée nous inversons les rôles. 

Après la fermeture de la boutique, un verre est de mise sous les étoiles et le bruit des vagues.

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Nelson avec nos trois employés: Andreas, Cherry et notre gérante Priscila (de la gauche vers la droite).

Du rêve à la réalité

Notre but initial était de changer notre vie pour avoir moins de stress, travailler moins d’heures, faire ce que l’on aime et ainsi être plus heureux. La réalité est qu’être en affaires vient immanquablement avec son lot de stress et de nombreuses heures de travail. Malgré tout, nous considérons que c’est mission accomplie et nous sommes indéniablement plus heureux.

Le stress, quoique présent, n’est pas le même. Les heures de travail n’ont pas le même poids.

Le fait que nous travaillons pour nous, la satisfaction de voir que nos efforts génèrent des résultats concrets, le vélo quotidien, le climat chaud et la plage toujours dans nos angles morts sont sans aucun doute des facteurs contribuant à notre bonheur. 

Assurément, nous ne regrettons nullement nos choix. Après tout, grâce au soleil, Nelson est de moins en moins vert, et grâce au vélo et jogging quotidien, j’ai perdu ma bédaine. 

Pura Vida

Courtoisie
Plage de Cocles, très prisée pour le surf, tout prêt de Puerto Viejo.

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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