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Chirurgie réfractive au laser: attention à la pensée magique

Alors que les annonces et les offres se multiplient, il faut poser les bonnes questions, indique une ophtalmologiste.

Il est presque aussi facile aujourd’hui d’obtenir une chirurgie de correction de la vue que de s’acheter une voiture: les cliniques qui offrent ce genre d’intervention prolifèrent, les annonces et les offres se multiplient, et certaines proposent même de «voir maintenant et payer plus tard».

Mais les patients qui envisagent de se libérer de leurs lunettes et de leurs verres de contact doivent éviter de tomber dans le piège de la «pensée magique» en concluant que les effets secondaires possibles seront réservés aux autres, prévient une experte interrogée par La Presse canadienne.

«Tout le monde a cette tendance-là à vouloir dire que ce ne sera pas moi qui va développer les complications et donc de faire la sourde oreille quand on a ces discussions-là (avec le chirurgien), a dit la docteure Marie-Claude Robert, une ophtalmologiste du CHUM. Il faut porter attention (...) pour ne pas sauter à des conclusions de ‘wishful thinking’.»

Un patient insatisfait a ainsi récemment déposé une demande de recours collectif contre Lasik MD, en affirmant que la chirurgie qu’il a subie aux yeux a «complètement» détruit sa vie.

Ce patient souffre de kératonévralgie, une douleur neuropathique de la surface de l’oeil «extrêmement rare» et très difficile à traiter, a expliqué la docteure Robert.

«Tout comme il y a des risques à se faire enlever les amygdales, il y a des risques avec la chirurgie réfractive au laser», a-t-elle illustré.

«Ce sont des risques peu fréquents, ce qui explique un peu la popularité de ces chirurgies-là ici, mais il y a quand même des risques qui peuvent aller jusqu’à la baisse de l’acuité visuelle.»

- Marie-Claude Robert, ophtalmologiste

Progrès et avantages

Cela étant dit, les progrès technologiques et techniques réalisés au cours des dernières années ont contribué non seulement à la popularisation et à la démocratisation, mais aussi à la sécurité, de ces interventions, a-t-elle ajouté.

«C’est devenu plus facile d’avoir cette intervention-là parce que les plateformes laser sont devenues meilleures, a dit la docteure Robert. Dans les grosses méta-analyses récentes, les résultats de la chirurgie sont excellents, on parle de 99 pour cent. C’est devenu plus accessible parce que les résultats se sont améliorés avec le temps, avec le développement de la technologie au niveau du laser et au niveau de la technique.»

Elle compare ces chirurgies réfractives au laser aux chirurgies esthétiques qui sont effectuées pour raffermir le ventre, atténuer les rides ou rendre les lèvres plus pulpeuses.

«C’est un peu une commodité (...) de ne pas avoir à porter de lunettes, a-t-elle dit. Donc ça change un peu le ton.»

Le patient qui souhaite passer sous le bistouri doit quand même prendre le temps de se demander ce qui motive son choix, poursuit la docteure Robert.

«La première question à se poser est, pourquoi est-ce que je veux faire cette chirurgie-là?»

- Marie-Claude Robert, ophtalmologiste

Ainsi, quelqu’un qui n’a besoin que d’une très petite correction aurait avantage à soupeser son choix. Mais dans le cas d’un individu qui a besoin d’une plus grande correction, «ça peut être vraiment libérateur d’arrêter de porter ses lunettes», a-t-elle dit.

«La première question à se poser est, pourquoi est-ce que je veux faire cette chirurgie-là? Est-ce que c’est vraiment pour me débarrasser de mes lunettes? Parce que je suis intolérant aux verres de contact? Plusieurs gens veulent se débarrasser de leurs verres de contact parce qu’ils ne les tolèrent pas, parce qu’ils ont les yeux secs, et les yeux secs sont une complication de la chirurgie réfractive au laser, a prévenu la docteure Robert. Donc, essentiellement, avoir une bonne compréhension de pourquoi on recherche la chirurgie réfractive va nous aider à ensuite poser les questions appropriées à notre chirurgien.