POLITIQUE
25/06/2020 12:05 EDT | Actualisé 26/06/2020 06:25 EDT

Plier devant la Chine compromettrait la sécurité de Canadiens, dit Trudeau

M. Trudeau ne change pas sa position sur les procédures d’extradition contre Meng Wanzhou.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Le premier ministre Justin Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré jeudi que céder aux pressions de Pékin pour obtenir la libération de deux Canadiens mettrait en péril “beaucoup plus” de citoyens en laissant entendre que le Canada pouvait être intimidé de la sorte.

Malgré les pressions de certains experts, M. Trudeau n’en démord pas: le Canada enverrait un très mauvais message en abandonnant les procédures d’extradition contre Meng Wanzhou dans l’espoir d’obtenir la libération de l’entrepreneur Michael Spavor et de l’ancien diplomate Michael Kovrig.

Les autorités canadiennes ont placé Mme Meng en garde à vue en raison d’allégations de Washington. La directrice des finances de Huawei fait face aux États-Unis à des accusations de fraude, qu’elle nie catégoriquement. Washington soutient qu’elle aurait déformé les liens du géant chinois de la technologie avec l’entreprise Skycom Tech, ce qui aurait pu placer la banque HSBC en infraction des sanctions commerciales américaines imposées à l’Iran. Sa cause en extradition est actuellement devant un tribunal de la Colombie-Britannique.

Peu de temps après l’arrestation de Mme Meng, le 1er décembre 2018 à l’aéroport de Vancouver, la Chine a arrêté MM. Spavor et Kovrig pour des allégations d’atteinte à la sécurité nationale – un geste largement considéré au Canada et ailleurs dans le monde comme une mesure de représailles pour la détention de Mme Meng.

Une lettre envoyée à M. Trudeau et signée par 19 anciens politiciens et ex-diplomates demande l’abandon des procédures d’extradition contre Mme Meng, afin d’obtenir la libération des deux Canadiens détenus en Chine. L’ex-juge de la Cour suprême du Canada Louise Arbour assurait cette semaine, avec d’autres juristes, que le ministre canadien de la Justice avait tout à fait le droit de suspendre ces procédures, en vertu de la Loi sur l’extradition.

Parmi les signataires de la lettre, obtenue par La Presse canadienne, on retrouve les anciens ministres libéraux des Affaires étrangères Lloyd Axworthy et André Ouellet, mais aussi l’ancien ministre conservateur des Affaires étrangères Lawrence Cannon et l’ancien diplomate Robert Fowler, lui-même retenu en otage en 2008 au Niger.

Mercredi, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a laissé entendre que la libération de Meng Wanzhou pourrait être un moyen de résoudre le problème.

M. Trudeau a déclaré jeudi qu’il était complètement en désaccord avec les signataires de cette lettre, parce que si Ottawa devait céder à Pékin dans ce dossier-ci, le Canada mettrait ensuite en danger les millions de Canadiens qui voyagent dans le monde.

Andrew Scheer d’accord, mais...

Le Canada continuera de travailler “incroyablement fort” pour obtenir la libération de MM. Spavor et Kovrig, a assuré M. Trudeau, tout en reconnaissant la douleur que ressentent leurs proches. “Mais en même temps, notre responsabilité est de nous assurer que nous protégeons également les Canadiens à l’avenir”, a-t-il soutenu.

“Si des pays du monde entier, y compris la Chine, réalisent qu’en arrêtant arbitrairement des Canadiens au hasard, ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent du Canada, politiquement, alors beaucoup plus de Canadiens qui voyagent dans le monde seront vulnérables à ce genre de pressions.

“Nous continuerons donc à défendre notre système judiciaire, solide et indépendant. Nous ferons tout notre possible pour ramener les deux Michael à la maison. Et nous continuerons de faire tout ce que nous devons faire pour nous assurer que tous les Canadiens seront protégés à l’avenir”, a-t-il dit.

Cette position a reçu le soutien de l’Alliance Canada Hong Kong, un organisme canadien qui milite pour les droits de la personne en Chine. “S’engager dans une diplomatie des otages créerait un dangereux précédent qui rendrait vulnérables tous les Canadiens en Chine”, a écrit la directrice, Cherie Wong.

Selon l’organisme, 123 Canadiens sont actuellement détenus en Chine, dont 13 depuis l’arrestation de Mme Meng. “Il est indéniable que le gouvernement chinois tient en otage des ressortissants étrangers en Chine pour négocier avec des gouvernements démocratiques, estime l’Alliance. Il est donc important que le Canada ne soit pas le premier État à s’agenouiller devant l’autocratie (du Parti communiste chinois) car ce ne sera que le début de l’effondrement de la démocratie mondiale.”

Le chef conservateur Andrew Scheer ne croit pas lui non plus qu’il faille “mettre de côté la primauté du droit” pour répondre à “la détention illégale des deux Canadiens”. Lors d’une conférence de presse à Regina, jeudi, M. Scheer a toutefois accusé le premier ministre Trudeau de ne pas avoir su résister à Pékin, ce qui pousse maintenant certains Canadiens éminents à croire que la libération des deux Michael passe par la libération de Mme Meng.

Il croit que M. Trudeau aurait dû riposter immédiatement en retirant le soutien financier du Canada à la Banque asiatique d’infrastructure et en imposant plus d’inspections sur les produits chinois importés au Canada. “Il a été complètement floué par le gouvernement chinois et, malheureusement, sa faiblesse nous a placés dans cette position où les gens plaident publiquement en faveur de la suppression de l’État de droit.”

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