POLITIQUE
09/10/2019 13:07 EDT | Actualisé 09/10/2019 18:00 EDT

Chemin Roxham: Scheer promet à Québec plus de contrôle sur l'immigration

«J’appuie (...) la volonté du premier ministre Legault d’exercer plus d’autonomie dans la sélection et les conditions d’accueil de ceux et celles qui veulent immigrer au Québec», a déclaré le chef conservateur.

THE CANADIAN PRESS/Jonathan Hayward
Le chef conservateur Andrew Scheer fait une annonce à la frontière canado-américaine sur le chemin Roxham lors d’un arrêt de la campagne à Lacolle, le mercredi 9 octobre 2019.

HEMMINGFORD, Qc — Andrew Scheer a pris une page du livre du Bloc québécois pour venir parler d’immigration au chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, mercredi.

Le chef conservateur s’est en effet placé devant les nouvelles installations temporaires d’accueil des migrants irréguliers au petit chemin frontalier pour s’engager à «recevoir avec intérêt» les demandes du gouvernement Legault d’exercer un plus grand contrôle sur la sélection des nouveaux arrivants sur son territoire.

«J’appuie (...) la volonté du premier ministre (François) Legault d’exercer plus d’autonomie dans la sélection et les conditions d’accueil de ceux et celles qui veulent immigrer au Québec», a déclaré M. Scheer.

«Je vais donc recevoir avec intérêt les demandes de modifications de l’accord Canada-Québec sur l’immigration», a-t-il promis, sans parler explicitement du test de connaissance des valeurs que veut imposer le gouvernement Legault, ni du désir du gouvernement caquiste de contrôler le nombre de réfugiés et le nombre d’immigrants qui viennent rejoindre leurs familles.

M. Scheer a aussi promis d’agir pour faciliter la reconnaissance des diplômes étrangers, prenant l’exemple de médecins ou d’ingénieurs qui ne peuvent pratiquer, sans toutefois pouvoir expliquer comment il pensait intervenir, alors qu’il s’agit là d’un domaine de compétence provinciale d’une part et d’une chasse gardée des ordres professionnels, d’autre part. 

Resserrement de la frontière

Ironiquement, le chef conservateur a commencé son allocution quelques minutes après l’arrivée de nouveaux demandeurs d’asile au point de passage. Son propos, outre l’ouverture aux demandes du Québec - exprimée également par le Bloc québécois - visait justement à proposer des mesures pour fermer la faille qui permet aux migrants d’entrer au Canada sans être refoulés à la frontière.

M. Scheer s’est ainsi engagé, s’il est élu, à embaucher 250 officiers de plus pour patrouiller à la frontière. Et sans en préciser le nombre, il a dit qu’il déploierait à la frontière, «vers les points chauds des migrants illégaux», des juges de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié afin qu’ils traitent plus rapidement les demandes d’asile.

Le chef conservateur a également promis de renégocier avec les États-Unis l’entente des tiers pays sûrs et, si la négociation n’aboutit pas comme il le désire, d’imposer le principe de cette entente sur toute la frontière canado-américaine.

Cette entente, en ce moment, prévoit qu’un candidat réfugié demande l’asile dans le premier pays sûr où il arrive. S’il tente de passer d’un pays sûr à un autre, en l’occurrence des États-Unis au Canada, pour demander le statut de réfugié, l’entente fait en sorte qu’il sera refoulé aux États-Unis. Cependant, l’entente prévoit le refoulement seulement dans les cas de postes frontaliers et douanes portuaires et aéroportuaires et non pas dans les cas de passages irréguliers, comme le chemin Roxham.

Revoir les niveaux d’immigration

Andrew Scheer a cependant aussi tenu un discours à saveur populiste en parlant d’immigration, tout en demeurant très prudent dans le choix des mots.

Ainsi, il a promis de revoir et fixer les niveaux d’immigration annuellement «selon les intérêts et les besoins du Canada» tout en tenant compte «de notre capacité à accueillir convenablement des réfugiés humanitaires».

Interrogé sur les niveaux actuels, toutefois, il a offert une réponse à la fois neutre et chargée politiquement. «Je ne veux pas, pour des raisons politiques, présenter des chiffres plus élevés ni plus bas. On va arriver à un niveau basé sur les données, basé sur l’information, basé sur les besoins de notre pays», a-t-il répondu, afin d’assurer que, dans l’avenir «les Canadiens (puissent) avoir confiance que nos cibles sont basées sur les preuves, sur les besoins économiques, sur les besoins basés sur la population».

Le chef conservateur a néanmoins joué la carte de l’inquiétude, faisant référence à «une profonde crise de confiance dans l’immigration depuis quelques années», ajoutant qu’une «majorité de Canadiens ont maintenant une impression négative de l’immigration».