BIEN-ÊTRE
19/06/2019 15:20 EDT

La fessée, une méthode de discipline de plus en plus rare

Toutefois, près de la moitié des enfants se sont fait hurler après, traiter de noms ou menacer de se faire frapper en 2018.

fiorigianluigi via Getty Images

Autrefois la norme, le châtiment corporel des enfants est en forte baisse, quoique toujours présent.

La difficile conciliation travail-famille a toutefois amené au fil des ans un plus grand nombre de parents à recourir à la violence verbale lorsqu’ils perdent patience avec leurs enfants.

La quatrième édition de l’enquête sur la violence familiale dans la vie des enfants, qui est menée périodiquement depuis 1999, démontre que la proportion d’enfants qui ont reçu des tapes à mains nues sur les fesses, les mains, les bras ou les jambes au moins une fois dans l’année a chuté de moitié, passant de 48 pour cent en 1999 à 26 pour cent en 2018.

Les résultats de l’enquête, dévoilés mercredi par l’Institut de la statistique du Québec, montrent aussi et surtout que l’occurrence de sévices plus graves, tels que frapper sur les fesses ou ailleurs avec un objet dur, donner un coup de poing ou secouer un enfant de moins de 2 ans ont aussi chuté de moitié pour devenir l’exception, passant de 7 pour cent en 1999 à 3,4 pour cent en 2018.

Changement de mentalité

Cette baisse résulte d’une évolution marquée et mesurable des mentalités en matière de punition corporelle. Et même si les pères ont traditionnellement une attitude plus rigide que les mères à l’égard de la punition corporelle, tous les deux ont connu un changement de mentalité marqué.

Ainsi, en 2004, une mère sur quatre (25,7 pour cent) et un père sur trois (33,8 pour cent) estimaient que «certains enfants ont besoin de tapes pour apprendre à bien se conduire». En 2018, il n’y a plus qu’un père sur dix (10,9 pour cent) et moins d’une mère sur 10 (7,1 pour cent) qui ont toujours cette opinion.

De même, sur l’utilisation de la fessée comme «méthode efficace pour éduquer un enfant», plus d’une mère sur dix (11,8 pour cent) était de cet avis en 2004, mais elles ne sont plus qu’une mère sur 25 (4,4 pour cent) en 2018. Chez les pères, la chute est encore plus évidente, la proportion de pères ayant cette vision de la fessée étant passée de 16,3 pour cent à 5,7 pour cent entre 2004 et 2018.

Violence psychologique

Le volet de l’enquête qui porte sur la violence verbale et psychologique subie par les enfants vient par ailleurs ébranler certains préjugés. Les chercheurs ont établi au fil des enquêtes une corrélation selon laquelle les parents qui se livrent à des agressions psychologiques sur leurs enfants sont davantage susceptibles de se trouver en situation aisée, de travailler et d’être plus scolarisés.

Cette corrélation s’explique, selon l’hypothèse avancée dans cette enquête et ses précédentes par les auteurs, par un manque de mesures de conciliation travail-famille qui augmente considérablement le niveau de stress des parents.

Une donnée rassure cependant les chercheurs, soit que le nombre d’enfants ayant subi ce genre de traitement a connu une légère baisse en 2018 par rapport à 2012, après une croissance inversement proportionnelle à la baisse de la violence physique durant les années précédentes.

Il n’en reste pas moins que près de la moitié des enfants (48 pour cent) se sont fait crier ou hurler après, traiter de noms ou menacer de recevoir la fessée ou de se faire frapper à trois reprises ou plus durant une année.

Une bonne nouvelle est que l’écrasante majorité des enfants vivent avec des adultes qui répondent à leurs besoins essentiels de sécurité et de développement (83 pour cent et 94 pour cent).

En contrepartie, de 5 à 16 pour cent des enfants ne voient pas leurs besoins cognitifs ou affectifs, de supervision ou physiques être comblés de manière optimale. Les résultats montrent, entre autres, que 5 pour cent des enfants âgés de 6 mois à 5 ans sont à risque sur le plan cognitif parce qu’ils ne reçoivent pas assez d’affection, alors que 12 pour cent des adolescents de 13 à 17 ans sont davantage à risque sur le plan de la supervision, c’est-à-dire, par exemple, de ne pas se trouver en présence d’une personne de confiance.

L’enquête «La violence familiale dans la vie des enfants du Québec» a été réalisée en 1999, 2004, 2012 et 2018. Pour l’édition de 2018, 5184 répondants, soit 3984 mères et 1200 pères, ont répondu à un questionnaire téléphonique.

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