La chaîne Le Château cessera ses activités

Fondée à la fin des années 1950, la chaîne québécoise éprouvait des difficultés depuis plusieurs années.

La deuxième vague de la pandémie de COVID-19 a infligé le coup de grâce au détaillant de vêtements Le Château, qui mettra la clé sous la porte de ses 123 boutiques restantes au pays en plus d’éliminer environ 1400 emplois.

Fondée en 1959, la chaîne québécoise, contrôlée par la famille du fondateur Herschel Segal, a annoncé, vendredi, vouloir se tourner vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) afin de procéder à une liquidation de ses actifs avant de cesser ses activités.

“C’est une journée très triste pour tout le monde”, a laissé tomber son vice-président, ventes et exploitation, Franco Rocchi, au cours d’une entrevue téléphonique.

Il a précisé que le détaillant avait exploré plusieurs options qui auraient pu aller d’un refinancement jusqu’à une vente à un repreneur.

Le Château compte environ 500 employés à son siège social montréalais et fabrique localement environ 30 % de ses collections, ce qui laissera un vide dans l’écosystème montréalais de la mode, a expliqué M. Rocchi. Les ventes de liquidation pourraient débuter dès la prochaine fin de semaine et devraient s’échelonner sur une période allant de 20 à 25 semaines. Les boutiques demeureront ouvertes pendant ce temps.

Le nouveau coronavirus est venu bousculer le secteur du commerce de détail, qui faisait déjà face à de nombreux défis en raison de la montée du commerce en ligne. L’importante diminution de bals, de mariages et d’autres événements a fait chuter la demande pour les tenues de soirée, qui représente environ la moitié du chiffre d’affaires chez Le Château, ce qui a accentué ses difficultés.

“Nous avions réussi à naviguer à travers l’annulation des bals de finissants et des festivals, a dit M. Rocchi. Mais la deuxième vague fait en sorte qu’il n’y aura pas de saison des partys de Noël (dans les entreprises) et probablement que le temps des Fêtes sera également différent. C’était de trop.”

Plusieurs détaillants québécois comme Aldo, Reitmans, Groupe Dynamite et Frank and Oak ont opté pour une restructuration supervisée par les tribunaux – ce qui se traduit généralement par des fermetures de boutiques – depuis le début de la pandémie, mais Le Château est allé plus loin en décidant de cesser ses activités.

Dans le rouge

Le détaillant québécois avait affiché une perte nette de 69,2 millions $ au terme de l’exercice qui s’est terminé le 25 janvier dernier et le déficit de son fonds de roulement était estimé à 44 millions $ à ce moment. Ses derniers profits remontent à 2010, lorsque l’entreprise exploitait 236 boutiques au pays et deux points de vente au sud de la frontière, d’après le rapport annuel de l’époque.

Si Le Château n’avait pas été une entreprise familiale, la fin des activités aurait peut-être été annoncée plus tôt, a estimé Charles de Brabant, directeur exécutif de l’École Bensadoun de gestion du commerce au détail de l’Université McGill, au cours d’une entrevue téléphonique.

“Des fois, il y a des liens émotionnels qui font en sorte qu’on n’a pas envie de lâcher prise, a-t-il expliqué. C’est une marque qui fait partie de l’histoire du commerce de détail à Montréal mais dont on parle très peu aujourd’hui, a-t-il expliqué. Elle occupe moins l’espace public.”

Le Château avait signalé en juillet qu’il existait une “incertitude significative” quant à sa capacité à poursuivre ses activités. Les échéances entourant une facilité de crédit de 70 millions $ ainsi qu’un prêt de 15 millions $ avaient été reportées à la fin de l’année en cours. Mercredi, Le Château avait annoncé le report de son assemblée annuelle des actionnaires, qui devait se tenir le lendemain. Ce rendez-vous n’aura vraisemblablement pas lieu.

“Notre industrie s’apprête à perdre un fleuron du paysage mode du Québec, a déploré dans une déclaration envoyée par courriel la directrice générale de la Grappe métropolitaine de la mode, Debbie Zakaib. Le Château est principalement reconnu comme un pilier du commerce de détail, mais leur contribution à l’économie canadienne passait aussi par la production locale.”

À la Bourse de croissance TSXV, le titre du détaillant avait touché un creux historique de deux cents au mois de mai. En juillet 2007, son titre se négociait aux alentours de 16,67 $.