Charge mentale: ces mères témoignent de leur quotidien pendant le confinement

Leurs enfants ont de 2 à 19 ans et elles doivent jongler entre télétravail, école à la maison et routine quotidienne. Illustrations de leurs journées sans fin.

Les journées s’étirent sans fin et se poursuivent bien après la tombée de la nuit. Pour ces mères de famille, confinement et télétravail sont synonymes d’enfants, travail, gestion de repas, leçons, activités physiques, ménage encore et encore.

(Sur)charge mentale vous dites?

Marie-Mousse

- En couple
- Auteure, scénariste pour la télévision
- Ophélie, 11 ans, Jacob 7 ans, Elliott 4 ans
- Montréal

Je travaille à moitié, j’enseigne à moitié, je cuisine à moitié. J’ai moins de temps et plus de travail. J’ai l’impression d’échouer dans tous les domaines.

La journée, je suis seule avec les trois enfants, mon chum travaillant à l’extérieur.

Les “j’ai faim, je m’ennuie” ponctuent les journées, mais je ne cède pas à l’appel des écrans. D’ailleurs, il n’y en a pas du tout pendant le jour. Seulement un peu de télé le matin jusqu’à 9 am. Le soir un peu après le souper.

Il y a une semaine, je me suis dit qu’il fallait un horaire quotidien avec des périodes d’études, des moments consacrés à des travaux plus académiques, des activités sportives. C’est pour mon petit de 4 ans que c’est plus compliqué. L’an prochain, il entrera à la maternelle, j’essaie de poursuivre avec lui des activités de préparation à l’école. Mais ce n’est pas simple.

Les semaines s’écoulent avec des journées meilleures que d’autres, mais cela va de mieux en mieux dans l’ensemble.

Travailler efficacement? Non, je ne travaille pas efficacement!

«Il faut choisir de faire baisser sa culpabilité et je suis certaine que notre vision de la performance va changer.»

- Marie-Mousse

Mon plus petit de 4 ans fait une apparition dans mon bureau toutes les 5 minutes pour voir si j’existe encore. Il faut dire que les enfants sont anxieux. Ils ont besoin d’être rassurés. Lorsqu’on sort, on ne cesse de leur dire:“tasse-toi, marche en file”. C’est anxiogène.

Alors je récupère le soir et la fin de semaine le travail que je n’ai pu effectuer la journée.

Une fierté tout de même, on a relancé une capsule de Bibi et Geneviève au temps de la COVID-19 - série que ma mère Francine Touga avait lancée - qui a été vue plus de 600 000 fois. J’y suis arrivée malgré tout!

Lâcher-prise.

Personne ne s’attend à ce qu’on soit aussi productif qu’avant. Il faut choisir de faire baisser sa culpabilité et je suis certaine que notre vision de la performance va changer, du moins je l’espère. Nos attentes aussi avec nous-mêmes doivent diminuer. Préserver notre santé mentale, notre relation de couple, la bulle de chacun. Cela fait beaucoup, c’est sûr.

On s’adapte à tout. C’est seulement lorsque j’envisage qu’il reste encore plus de temps à passer confinés que ce que l’on a déjà fait… je suis alors découragée. Ne pas trop y penser, se dire qu’on est tous dans le même bateau.

Virginie

- Mère monoparentale
- Attachée de presse
- Chloé 16 ans, Arthur 19 ans
- Montréal

Jongler entre un nouveau travail que je démarre pile en ce moment (à distance en plus!) et ma fille plus intéressée par ses changements capillaires que ses cours, c’est ça le plus complexe. Je n’ai pas encore de routine huilée.

C’est stressant de composer dans ce climat d’incertitudes et d’angoisses, et quand en plus la culpabilité embarque...

«Moi qui n’étais pas hypocondriaque, je le suis devenue. On ne parle que du virus, on ne lit que ça. Ça finit par nous rentrer dedans.»

- Virginie

J’ai peur malgré les précautions que je prends. Je stresse chaque fois que je vais dans un supermarché. Et quand je commande sur Uber Eats pour alterner les plaisirs, je stresse. Le livreur est-il contaminé? Et la boîte?

Moi qui n’étais pas hypocondriaque, je le suis devenue. On ne parle que du virus, on ne lit que ça. Ça finit par nous rentrer dedans.

Garder la maison propre, alors qu’on est trois en à se marcher dessus est aussi un vrai dossier. Partout où l’oeil se pose, c’est le bazar.

J’apprends à lâcher-prise. Puis parfois, je suis prise d’une crise intense de nettoyage et de rangement, mais j’ai décidé de ne plus regarder le désordre des chambres des enfants.

Ma recette? Je cours tous les matins tôt, à 6h30 am, c’est ma soupape de sécurité.

Marie-Claude

- En couple
- Directrice principale de comptes dans une banque
- Julie 5 ans, Marie-Anne 2 ans et demi
- Région de Québec

Avec mon chum, on travaille tous les deux en télétravail, alors on s’est fait un horaire, on s’occupe des enfants par intermittence, on prépare les repas bien en avance pour ne pas être mal pris. Tout est chronométré. Mais on finit par travailler tard le soir et la fin de semaine.

Nos employeurs ne nous ont jamais dit: «Travaillez moins!». On trouve difficile de se mettre des limites nous-mêmes. On se dit qu’il va falloir ralentir parce que tu finis par penser travail, maison, enfants, et le risque est de s’oublier et d’oublier son couple.

«La première semaine a été chaotique, la troisième on était rodé. On se sent désormais pris entre réalisme et l’optimisme.»

- Marie-Claude

Et bien sûr il y a la pression par rapport aux enfants, c’est certain. C’est une situation sans précédent qui les rend anxieux. Quand on sort de la maison pour prendre une marche, lorsqu’on croise des gens à distance, j’entends ma grande dire: «Je veux pas attraper le corona.»

La première semaine a été chaotique, la troisième on était rodé. On se sent désormais pris entre réalisme et l’optimisme.

Ce qui est le plus dur, c’est de se renouveler les fins de semaine pour occuper les enfants et avoir du fun ensemble.

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