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29/10/2020 08:15 EDT

La centralisation a causé des morts dans les hôpitaux, dénoncent 700 médecins

Ils demandent au ministre d’accorder les assouplissements nécessaires pour que chaque établissement local puisse prendre des décisions et agir.

Phil Fisk via Getty Images

QUÉBEC — Pas moins de 700 médecins issus d’une cinquantaine de centres hospitaliers brisent «l’omerta» et interpellent directement le ministre de la Santé, Christian Dubé: ils exigent de pouvoir prendre des décisions eux-mêmes sur le terrain parce que la centralisation a causé trop de morts depuis le début de la pandémie.

Dans une lettre obtenue par La Presse canadienne, ils réclament notamment la nomination d’un administrateur local dans chaque hôpital, à l’instar de ce qui a été fait d’ailleurs dans les CHSLD à la suite de la crise du printemps dernier. Ils avaient déjà proposé des solutions concrètes au ministre en juin, mais elles sont restées lettre morte.

«Pléthore d’exemples»

«Je peux vous assurer, je pourrais vous donner une pléthore d’exemples dramatiques de gens qui sont décédés à cause de la centralisation, mais je ne peux pas le faire parce qu’il y a une omerta», a affirmé leur porte-parole, le Dr Vincent Bouchard-Dechêne, dans une entrevue téléphonique.

Des centres hospitaliers de Montréal n’ont pu appliquer des mesures adéquates, parce qu’ils étaient «freinés par les structures» comme les CIUSSS, soit les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux.

Par exemple, les professionnels des soins ne peuvent même pas décider de mettre un mur entre deux sections d’un hôpital afin d’éviter des contaminations. Ils doivent s’adresser à un gestionnaire du CIUSSS qui pourrait n’avoir jamais mis les pieds dans le bâtiment et qui pourrait refuser.

«Il y a des patients qui auraient pu ne pas attraper le virus à l’hôpital et qui l’ont attrapé, et malheureusement, il y en a qui sont décédés, a insisté le médecin. Il y a des impacts réels à la centralisation. La COVID a hypertrophié un problème qui était déjà présent depuis la réforme de 2015.»

Les médecins ne demandent pas une autre réforme de structure comme celle qui a mené en 2015 à cette centralisation, menée par l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Revendications

Ils demandent plutôt au ministre d’accorder les assouplissements nécessaires, comme le permet la loi, pour que chaque établissement local puisse prendre des décisions et agir.

Entre autres, le regroupement réclame de rétablir un Conseil des médecins, pharmaciens et dentistes dans chaque hôpital, comme c’était le cas avant la réforme. Actuellement il y a un seul par CIUSSS.

«C’est impensable qu’un tel conseil puisse gérer pour l’ensemble d’un CIUSSS. C’est le chien de garde pour la qualité des soins des patients. On voit des impacts de leur abolition sur la qualité des soins.»

Aussi, ils veulent un retour de la «table des chefs» quotidienne dans chaque établissement, qui regroupe notamment le chef des soins intensifs, le chef de la médecine interne, le chef des soins infirmiers des soins intensifs, etc.

«L’ensemble des chefs sont autour d’une table et prennent des décisions rapides», a résumé le Dr Bouchard-Dechêne. Une telle table, quand elle se fait au niveau du CIUSSS pour trois hôpitaux et de nombreux CHSLD, n’a pas la même efficacité, a-t-il argué.

«Nous sommes apolitiques, on est des médecins préoccupés parce qu’on a vu des gens malades qui n’auraient pas dû être malades, a-t-il conclu. (...) Il y a une urgence à rétablir une capacité fonctionnelle dans chaque hôpital.»

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