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04/11/2019 11:57 EST

Ce que je veux que vous sachiez sur mon trouble de la personnalité limite

Le trouble de la personnalité limite est mal compris. La stigmatisation entoure la maladie. On la juge «impossible à soigner».

Courtoisie/Erika Lee
Erika Lee

Je n’ai pas toujours su que j’avais une maladie. C’est seulement quand mon copain m’a laissée lors de ma première année d’université, il y a cinq ans, que j’ai commencé à réaliser que quelque chose n’allait peut-être pas.

Nous parlions ensemble au téléphone jusqu’à cinq heures par nuit et j’avais toujours le sentiment qu’il ne passait pas assez de temps avec moi. Qu’il ne m’aimait pas. Qu’il me quitterait. Que je n’étais pas assez. Mes relations changeaient constamment - amener les gens à vouloir sortir avec moi ou à devenir mon ami était facile, mais les gens ne semblaient jamais vouloir rester.

Il y avait toujours une chicane avec un collègue, un ami d’enfance ou un amoureux potentiel. Je blâmais tout et tout le monde sauf moi. Peu importe à quel point ma vie allait bien ou combien de personnes se souciaient de moi, je me sentais toujours vide et mal aimée.

Quand mes amis n’étaient pas avec moi, j’étais toujours paranoïaque, je me disais qu’ils parlaient dans mon dos. Il n’y avait aucune raison logique pour vivre ces sentiments, mais j’ai toujours senti que tout le monde était contre moi.

Encore là, je me disais que je traversais peut-être une phase. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que les personnes chez qui on diagnostique un trouble de la personnalité limite ont toujours une personne qu’elles considèrent comme leur «PF» ou leur «personne préférée». C’est la personne qu’elles choisissent inconsciemment dans leur esprit et à qui elles lancent une bombe d’amour, pensent constamment et envers qui elles ont des attentes irréalistes.

Chaque fois que je me disputais avec ma «PF», quelle qu’elle soit, je voulais mourir. Je ne savais pas pourquoi à ce moment-là, mais je me sentais constamment inutile et abandonnée.

Je pensais juste que j’étais un peu plus sensible que les autres.

Et le pattern revenait sans cesse. Chaque fois qu’un ami ou un amoureux ne me répondait pas depuis plusieurs heures, je commençais à paniquer. Il me déteste. J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Pourquoi il m’ignorerait comme ça? Avec qui d’autres il traîne? Pourquoi je ne suis pas assez? C’était quelques-unes des pensées qui tourmentaient mon esprit - des pensées avec lesquelles je me suis torturée. Le pire, c’est que même si ce n’était pas vrai, je l’envisageais comme une vérité pour les autres.

J’ai eu tellement de disputes et de ruptures que je me suis demandée en quoi ma vie aurait été différente si rien de tout ça n’était ma réalité. Je n’ai jamais vraiment considéré qu’il s’agissait d’une maladie mentale. Je pensais juste que j’étais un peu plus sensible que les autres.

Il y a trois ans, au cours de ma première année à l’université, après une dispute acharnée avec mes parents au sujet de l’abandon de quelques cours à l’université, ma mère m’a demandé qu’on se parle et m’a dit gentiment que je devrais peut-être demander de l’aide.

Je savais que je souffrais déjà d’anxiété, alors j'étais encore plus découragée d’avoir des problèmes qui s’ajoutaient.

Elle avait remarqué que je pleurais presque chaque matin presque sans raison et que je n’avais aucune motivation à me lever du lit. Elle craignait que j’échoue à tous mes cours.

Au début, c’était comme si elle se souciait seulement de mon cheminement à l’école et non de ma santé. Mais après avoir dit que j’allais bien pendant quelques mois alors que ce n’était pas le cas, j’ai réalisé que ça n’avait pas d’importance, parce que je ne pouvais pas continuer comme ça.

Alors, à 20 ans, j’ai commencé à voir un psychiatre. Je savais que je souffrais déjà d’anxiété, alors j’étais encore plus découragée d’avoir des problèmes qui s’ajoutaient. Mais mon thérapeute m’a confirmé que le trouble de personnalité limite était souvent associé à d’autres troubles comme l’anxiété et la dépression.

Certains symptômes incluent une peur intense d’abandon, des relations instables, une image de soi changeante, des comportements impulsifs, des sentiments de vide, des sautes d’humeur extrêmes et des problèmes de colère. Dans le pire des cas, ça peut conduire à des comportements autodestructeurs et suicidaires.

Je n’ai pas pris du mieux tout de suite, mais prendre des médicaments et avoir quelqu’un avec qui en parler rendait les choses bien moins pires. Les changements ont été petits et progressifs. Les journées passaient et j’ai réalisé un jour que je ne m’étais pas réveillée en pleurant. Ou qu’une de mes journées n’avait pas été si pire. Ou que je n’avais pas eu de chicanes pendant une ou deux semaines. Rien ne me rendait extrêmement heureuse, mais tout ne me semblait plus aussi terrible et c’était la chose la plus étonnante.

La période d’isolement où j’ai entrepris une thérapie m’a fait apprécier les relations que j’avais.

Lorsque j’ai informé mes amis pour la première fois après mes premiers mois de traitement, il était difficile pour beaucoup d’entre eux de comprendre. On aurait dit que je voulais juste justifier tous mes comportements en blâmant une source extérieure à moi.

Certains m’ont soutenue au cours de cette période de découverte de moi, mais beaucoup étaient encore blessés par des conflits passés. Le mieux que je puisse dire, c’est que j’étais soutenue à bout de bras. La période d’isolement où j’ai entrepris une thérapie m’a fait apprécier les relations que j’avais.

Le trouble de la personnalité limite est mal compris. La stigmatisation entoure la maladie: on la juge «impossible à soigner». Tout le monde ne sait pas exactement ce que c’est, mais une fois que les gens entendent les mots, ils ont tendance à rester à l’écart. Les personnes les plus proches de moi m’ont dit que ce qui leur faisait le plus peur, c’était mon imprévisibilité, parce qu’on ne savait pas quand mon humeur changerait.

Le TPL, c’est aussi extrêmement complexe. C’est tellement plus que d’être une personne difficile à côtoyer. Les personnes atteintes ont la capacité de ressentir des émotions si profondes et si intenses pour les autres. Ils ont particulièrement de grands coeurs.

Je n’ai pas envie d’être comme je suis. Je suis classée comme instable et irrécupérable, et je suis rien de moins qu’un problème. Mais la vérité, c’est que moi et les autres personnes aux prises avec ce trouble, nous voulons simplement nous sentir considérées et entendues, et qu’on croit en nous. Il y a un grand sentiment de solitude lorsqu’une personne discrédite qui nous sommes pour quelque chose qu’on ne peut pas contrôler.

Je fais de mon mieux pour m’assurer de devenir une meilleure version de moi-même chaque jour. Mon plus grand souhait est d’atteindre la stabilité émotionnelle, physique et mentale. Ce n’est pas un trouble intraitable: ça demande juste du temps.

Aujourd’hui, deux ans après le début du traitement, de vieux amis m’ont dit avoir constaté une amélioration significative de ma stabilité émotionnelle. J’ai été capable d’établir des relations saines. Au lieu d’attaquer les autres, je suis capable de réfléchir et de discuter des problèmes avec calme. Bien que je ne sois pas parfaite et que j’ai encore des jours d’instabilité, je suis infiniment meilleure qu’avant.

Je suis reconnaissante envers ma famille de me soutenir comme je suis et de continuer à croire en moi. Je célèbre des petites victoires, comme pouvoir faire des courses personnelles, maintenir des relations et des amitiés, avoir une humeur stable pendant une longue période, demander régulièrement de l’aide et avoir des mécanismes d’adaptation sains.

Je ne dis pas automatiquement aux gens que je suis atteinte du trouble de la personnalité limite, mais lorsque le sujet de la santé mentale est abordé dans une conversation, je ne crains pas de partager mon expérience. Ça a été bénéfique pour moi de rejoindre quelques groupes de soutien en ligne pour mesurer mes progrès avec d’autres.

Nous discutons des vrais problèmes qui nous concernent. Nous en sommes à différents stades de notre cheminement en matière de santé mentale, mais nous avons tous quelque chose en commun: nous voulons simplement être de meilleures personnes, pas seulement pour ceux que nous aimons, mais pour nous-mêmes.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPostÉtats-Unis, a été traduit de l’anglais.

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