NOUVELLES
19/06/2019 11:01 EDT | Actualisé 19/06/2019 15:01 EDT

La CDPQ prête à se défendre contre l'ex-patron d'Otéra

Alfonso Graceffa conteste son congédiement.

Christinne Muschi / Reuters

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) se dit prête à se défendre devant les tribunaux si l’ex-dirigeant de sa filiale Otéra Capital Alfonso Graceffa, qui conteste son congédiement, décide d’emprunter la voie judiciaire.

Quatre personnes, dont M. Graceffa, avaient perdu leur emploi le 28 mai dernier au terme d’une enquête indépendante commandée par le bas de laine des Québécois à la suite de reportages embarrassants entourant certains gestes posés par des responsables de sa filiale spécialisée dans le financement hypothécaire.

Mercredi, dans un communiqué, M. Graceffa a critiqué la CDPQ en lui reprochant «l’opération de relations publiques» visant à le «discréditer», offrant au passage son «entière collaboration» à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Il a laissé entendre que l’UPAC aurait en sa possession le rapport d’enquête sur Otéra Capital, mais le corps policier n’avait pas retourné les appels de La Presse canadienne, mercredi.

Disant vouloir “rétablir sa réputation”, il n’a pas confirmé si une poursuite serait déposée contre son ex-employeur. Mercredi après-midi, Jean Maurice Duddin, porte-parole pour M. Graceffa, n’était pas en mesure de s’avancer sur cette question.

“Les reproches évoqués contre moi sont basés sur des faits incomplets et pris hors contexte (et) constituent une atteinte inacceptable et injustifiée à ma réputation”, précise M. Graceffa, estimant qu’il n’y a eu “aucune preuve de fraude ou de blanchiment d’argent touchant le portefeuille d’Otéra ni de transactions frauduleuses”.

La CDPQ réplique

Pour sa part, la CDPQ a répliqué aux arguments de M. Graceffa en affirmant qu’elle comptait défendre “avec vigueur” la décision de congédier pour cause M. Graceffa.

Dans une déclaration publiée en ligne, l’institution a souligné que les “manquements éthiques graves” qui se trouvaient dans le rapport d’enquête ne “correspondent d’aucune façon aux normes élevées” qui s’appliquent au grand patron d’une filiale d’une institution publique.

 

La Caisse et ses filiales ne verseront aucun sou d’indemnité des épargnes des Québécois à quelqu’un qui a rompu le lien de confiance par des manquements éthiques graves.Déclaration de la CDPQ

 

“Nous gérons l’argent des Québécois et l’éthique et l’intégrité sont donc non négociables, a expliqué un porte-parole, Maxime Chagnon, au cours d’un entretien téléphonique. Il est tout aussi clair pour nous qu’aucune indemnité, quelle qu’elle soit, ne sera versée. Ça serait inacceptable. Nous sommes prêts à détailler en cour tous les faits qui ont conduit à notre décision.”

L’enquête, qui a coûté 5 millions $, avait relevé des manquements éthiques tout en soulignant qu’il n’y avait aucune preuve de fraude ou de blanchiment d’argent concernant le portefeuille d’Otéra et qu’il n’y avait aucun élément permettant de croire qu’il y ait eu des transactions frauduleuses. Toutefois, le rapport ne nommait pas les personnes à qui l’on reprochait des manquements éthiques.

En plus de M. Graceffa, la vice-présidente au financement immobilier Québec et Est du Canada, Martine Gaudreault, ainsi que l’économiste Edmondo Marandola avaient perdu leur emploi.

Les irrégularités constatées chez Otéra Capital avaient été mises au jour par le Journal de Montréal en février.

Le quotidien avait notamment révélé que M. Graceffa avait obtenu 11 prêts totalisant plus de 9 millions $ d’une filiale d’Otéra pour financer des immeubles à revenus dont il était propriétaire, que M. Marandola agissait comme promoteur immobilier parallèlement à son emploi chez Otéra et que Mme Gaudrault et son conjoint, Alain Cormier, étaient aussi en affaires ensemble et que ce dernier, un prêteur privé, entretenait des liens d’affaires avec le clan Rizutto.

Dans la foulée de l’enquête indépendante, la CDPQ avait procédé à un remaniement de la direction au sein de sa filiale en plus d’apporter des changements en matière de gouvernance ainsi qu’au code d’éthique.

En date du 31 décembre dernier, le portefeuille de placements d’Otéra Capital était de 13,6 milliards $, alors que l’actif net de la CDPQ s’élevait à 309,5 milliards $.