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04/07/2020 15:50 EDT

Les castors profiteraient du réchauffement climatique pour migrer vers le nord

Selon ce qu'écrivent des chercheurs dans le journal scientifique «Environmental Research Letters», le nombre de castors dans le nord-ouest de l’Alaska serait passé de deux en 2002 à 98 en 2019.

Troy Harrison via Getty Images
Selon ce qu'écrivent des chercheurs dans le journal scientifique «Environmental Research Letters», le nombre de castors dans le nord-ouest de l’Alaska serait passé de deux en 2002 à 98 en 2019.

Les castors semblent profiter du réchauffement climatique pour migrer vers le nord et aller occuper des territoires qui leur étaient auparavant inaccessibles.

Des chercheurs de l’Université de l’Alaska à Fairbanks ont épluché 12 années d’images satellitaires en haute résolution pour examiner la présence des rongeurs dans un secteur de 100 kilomètres carrés dans le nord-ouest de l’Alaska. Ils ont notamment cartographié les barrages et calculé l’augmentation de la superficie d’eau.

Selon ce qu’ils écrivent dans le journal scientifique Environmental Research Letters, le nombre de castors dans la région serait passé de deux en 2002 à 98 en 2019.

Pendant la même période, la superficie recouverte par des étangs et des lacs serait passée de 5,94 kilomètres carrés à 6,43 kilomètres carrés, et les castors seraient responsables de 66 % de cette augmentation, selon les chercheurs.

«Le Nord change beaucoup, a commenté la professeure Najat Bhiry, du département de géographie de l’Université Laval. Les régions arctiques et subarctiques se réchauffent trois fois plus vite que le reste du monde.

«Ce réchauffement a encouragé la migration de plusieurs espèces vers le nord, parce que (...) les conditions sont plus favorables à certaines espèces qui sont plus habituées de vivre au sud.»

Le phénomène ne serait pas unique à l’Alaska. La communauté inuite d’Umiujaq, avec qui Mme Bhiry collabore régulièrement, décrit ainsi une augmentation au Nunavik du nombre de castors, de leurs barrages et des étangs qui se forment.

Contribuer au réchauffement

Les chercheurs de l’Université de l’Alaska évoquent la possibilité que les castors puissent être (partiellement) responsables du phénomène dont ils profitent puisque l’eau qui s’accumule derrière leurs barrages ferait fondre le pergélisol, permettant aux microbes de décomposer de la matière auparavant inaccessible — et entraînant le rejet dans l’atmosphère de deux puissants gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone et le méthane.

«C’est (un phénomène) plausible, mais c’est une hypothèse qu’ils ont émise, a dit Mme Bhiry. C’est tout à fait logique, mais il faut la vérifier. Et pour la vérifier, il faut faire des mesures sur place.»

Et s’il s’agit d’un «phénomène écologique intéressant (...) qui vaut la peine d’être mentionné», a quant à lui réagi le professeur Michel Allard, du Centre d’études nordiques de l’Université Laval. Mais il importe, selon lui, de prendre un peu de recul face à la situation.

«Je crois que c’est exagéré de dire que ça pourrait être une grosse contribution aux changements climatiques, parce que les régions affectées par ce genre de phénomène-là sont très peu abondantes», a-t-il dit.

En effet, souligne le professeur Allard, un simple climat un peu plus clément ne suffira pas à attirer les castors: ils ont aussi besoin d’espèces d’arbres qui leur plaisent et de sols propices à la construction de leurs barrages.

«L’étude (américaine) est muette là-dessus, a-t-il fait remarquer. Il n’y a pas de travaux de terrain. Tout est fait par l’analyse de photos aériennes ou d’images par satellite. On ne connaît pas la nature du sol. On ne sait pas quelle végétation est là. Ils ne donnent même pas le nom d’une espèce d’arbre.

«Le moindre observateur averti qui analyse des photos aériennes peut voir dans sa région de travail n’importe quand des (barrages) de castor. C’est tellement facile.»

Pas seulement les castors

Les castors ne sont évidemment pas les seuls à profiter du réchauffement climatique pour migrer un peu plus vers le nord.

«C’est la même chose pour les orignaux, a dit Mme Bhiry. La limite était plus au sud, et elle est de plus en plus au nord. L’environnement va être partagé entre le boeuf musqué, le caribou et l’orignal, donc la dynamique va être assez différente. Le Nunavik est grand, mais il y a certains endroits qui attirent plus les animaux.»

Le réchauffement du climat contribue aussi à ce qu’on appelle le «verdissement du Nord», à savoir l’apparition d’arbustes là où il n’y avait pratiquement rien auparavant.

Les herbivores à la recherche de nourriture envahiront donc des territoires où ils ne se seraient autrement jamais aventurés.

L’apparition de ces arbustes va aussi contribuer au dégel du sol, fait remarquer le professeur Allard, puisque l’augmentation de la densité des arbustes va généralement accroître l’augmentation de la neige et empêcher le sol de regeler.

Les arbustes progressent actuellement vers le nord et se multiplient, et éventuellement ils feront place à de premiers arbres.

«Ce changement écologique-là favorise la dégradation du pergélisol, mais en même temps fournit un habitat qui est plus favorable au castor, a-t-il conclu. Il y a un aspect cyclique qui est important, ce qui fait qu’à la fin, démêler l’impact pur de l’action des castors de l’impact des changements climatiques n’est pas si simple.»

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