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02/12/2019 07:37 EST | Actualisé 02/12/2019 07:42 EST

Carles Puigdemont remercie les Québécois et dénonce la position d'Ottawa

L'ancien président de la Catalogne a écrit une lettre ouverte aux Québécois.

KENZO TRIBOUILLARD via Getty Images
Photo d'archives de Carles Puigdemont.

L’ancien président de la Catalogne Carles Puigdemont signe une lettre ouverte adressée aux Québécois. Dans cette missive, que vous pouvez lire au bas de cet article, Carles Puigdemont remercie la population du Québec pour sa solidarité à l’égard des Catalans, mais dénonce aussi la position d’Ottawa qui refuse de lui accorder une autorisation de voyage lui permettant de venir au Québec.

Dans la lettre ouverte qui a été envoyée aux médias par l’entremise de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, Carles Puigdemont remercie les Québécois, qui n’ont pas «fléchi» devant la «l’arsenal répressif déployé par l’État espagnol dans la foulée du référendum de 2017» et devant «la violence inouïe des institutions policières et judiciaires» espagnole.

«J’ai bien pris note, non sans émotion, des résolutions unanimes de votre Assemblée nationale ainsi que de la mobilisation vigoureuse de vos organisations citoyennes en appui aux principes de justice et de démocratie que nous travaillons à faire respecter de ce côté-ci de l’Atlantique», a écrit l’ancien président de la Catalogne.

Carles Puigdemont souhaite visiter le Canada, et particulièrement le Québec, afin de rencontrer les parlementaires québécois dont certains sont solidaires à la cause indépendantiste catalane.

L’ancien président de la Catalogne, poussé à l’exil par des accusations de sédition et de détournement de fonds publics déposées contre lui par le gouvernement espagnol, conteste le refus d’Immigration Canada de lui accorder une autorisation de voyage électronique lui permettant de venir au Québec.

À voir: quel sort attend Carles Puigdemont en Espagne?


Carles Puigdemont a écrit qu’il était «perplexe» vis-à-vis les réticences d’Ottawa à lui permettre de visiter la province.

«Je ne m’attendais pas à ce traitement qui me surprend, sachant qu’entretemps il m’a été possible, par exemple, de circuler librement dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni. J’aurais cru que le Canada, qui a toujours joui d’une grande aura d’exemplarité à l’international, se montrerait plus accueillant à mon endroit.»

Il se dit également préoccupé qu’Ottawa semble accréditer la «thèse dangereuse», selon laquelle «la participation d’un élu à la tenue d’un référendum d’autodétermination puisse être légitimement passible de condamnations criminelles».

Dans sa lettre, Carles Puigdemont trace «certains parallèles» entre le parcours historique du Québec et celui de la Catalogne.

«Ainsi, l’assimilation linguistique et culturelle, la répression militaire et policière, les diktats politiques et constitutionnels imposés d’en haut, etc., sont autant de phénomènes qui ne nous sont guère étrangers» a-t-il écrit.

Or, les peuples, comme les individus, ont le droit inaliénable au respect de leur dignité, de leur volonté, de leur liberté. C'est là un combat juste et nécessaire qui s'ancre dans les fondements de notre civilisation.Carles Puigdemont

Carles Puigdemont a mentionné qu’il éprouvait beaucoup de solidarité «à l’égard des combats» des Québécois et qu’il «demeure également un observateur attentif des discussions sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec».

Le 130e Président de la Catalogne président de la Catalogne a terminé sa lettre en citant le poète Gaston Miron:

«Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver / […] il n’est pas question de laisser tomber nos espérances».

Réagissant à la lettre de Carles Puigdemont, le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Maxime Laporte, s’est attaqué au premier ministre du Canada.

«Le Canada devrait avoir honte de traiter en criminel ce grand démocrate qui n’a fait que convier son peuple, le peuple catalan, à choisir son destin. Cela vaut aussi, bien entendu, pour ses compatriotes condamnés à des peines insensées pouvant aller jusqu’à 13 ans de prison. Justin Trudeau est-il vraiment à l’aise avec cette situation? Entend-il sérieusement continuer à avaler sans broncher les couleuvres espagnoles? Pour reprendre le vocabulaire de son père : le Canada serait-il donc dirigé par un pleutre?» a écrit Maxime Laporte dans un courriel qui accompagnait la lettre de Carles Puigdemont.

M. Puigdemont avait appris en octobre dernier qu’un agent d’immigration au bureau de Paris avait rejeté sa demande d’autorisation de voyage électronique (AVE), et ce, en raison des accusations portées contre lui par le gouvernement espagnol à la suite du référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, référendum que l’Espagne a toujours considéré comme étant illégal.

Bien qu’aucun visa ne soit nécessaire pour les voyageurs européens voulant venir au Canada, une autorisation de voyage électronique est requise depuis quelques années.

La lettre complète de Carles Puigdemont: 

Chères Québécoises, chers Québécois,

Je vous écris pour vous remercier, du fond du cœur, de la solidarité sincère dont vous avez fait preuve ces derniers temps à l’égard de la démocratie catalane. 

Devant l’arsenal répressif déployé par l’État espagnol dans la foulée du référendum de 2017 ; devant la violence inouïe des institutions policières et judiciaires de ce pays, déterminées à briser nos aspirations les plus légitimes, vous, Québécoises et Québécois, n’avez pas fléchi. Malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, j’ai bien pris note, non sans émotion, des résolutions unanimes de votre Assemblée nationale ainsi que de la mobilisation vigoureuse de vos organisations citoyennes en appui aux principes de justice et de démocratie que nous travaillons à faire respecter de ce côté-ci de l’Atlantique.

Je remercie également celles et ceux qui, ailleurs sur le vaste sous-continent canadien, partagent ces mêmes principes et s’attachent tout particulièrement aux engagements internationaux ratifiés par le Canada eu égard au droit des peuples à l’autodétermination. J’en profite pour saluer mes compatriotes ayant fait le choix d’aller vivre en ce pays aussi hivernal que chaleureux, qui demeure un partenaire appréciable pour la Catalogne. – Un pays que j’ai hâte de visiter, comme m’y a si aimablement invité la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et son président général Me Maxime Laporte, afin de sensibiliser la population à la situation injuste qui a cours en Espagne. 

Cela étant, je reste « perplexe », à l’instar du premier ministre du Québec, vis-à-vis les quelques réticences des autorités fédérales à m’accorder le visa électronique censé me permettre d’accéder au territoire canadien par la voie des airs… Je ne m’attendais pas à ce traitement qui me surprend, sachant qu’entre-temps il m’a été possible, par exemple, de circuler librement dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni. J’aurais cru que le Canada, qui a toujours joui d’une grande aura d’exemplarité à l’international, se montrerait plus accueillant à mon endroit. 

Plus fondamentalement, je me préoccupe de ce que le gouvernement canadien semble ici accréditer cette thèse dangereuse, – si chère à l’extrême-droite qui, hélas, gagne en influence en Espagne –, voulant que la participation d’un élu à la tenue d’un référendum d’autodétermination puisse être légitimement passible de condamnations criminelles... Il va sans dire, je ne puis que dénoncer l’actuelle position d’Ottawa, qui porte gravement préjudice à l’idée même de démocratie, et que je contesterai jusqu’aux plus hautes instances judiciaires s’il le faut. 

Parlant de préjudices infligés aux droits démocratiques des peuples, je reconnais, à l’évidence, certains parallèles entre nos parcours historiques respectifs, même si toute comparaison demeure hasardeuse. Toujours est-il que l’amitié et la compréhension mutuelle qui lient les nations québécoise et catalane – sans oublier les peuples acadien, métis et autochtones ainsi que les collectivités francophones hors Québec – ne sont assurément pas le fruit du hasard. 

Ainsi, l’assimilation linguistique et culturelle, la répression militaire et policière, les diktats politiques et constitutionnels imposés d’en haut, etc., sont autant de phénomènes qui ne nous sont guère étrangers. 

Or, les peuples, comme les individus, ont le droit inaliénable au respect de leur dignité, de leur volonté, de leur liberté. C’est là un combat juste et nécessaire qui s’ancre dans les fondements de notre civilisation. Un combat de portée universelle qui vaut aussi bien pour la démocratie catalane que pour toutes les autres. 

C’est dans cet esprit que je salue l’engagement de tous ceux et celles qui, de par le monde, ont à cœur l’avancement du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En l’occurrence, je tiens à rendre hommage aux peuples autochtones du Canada pour leur courage et leur résilience devant les défis considérables qui se posent à eux. Je demeure également un observateur attentif des discussions sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec, qui continuent de rejaillir sur l’enjeu du droit à l’autodétermination à l’échelle mondiale. Encore aujourd’hui, les questions relatives à la défense de votre langue nationale ou, par exemple, l’actuel débat entourant votre loi 99, suscitent un intérêt certain chez ceux qui suivent de près ces dossiers.

Enfin, je réitère ma gratitude en réponse aux gestes et aux paroles de solidarité qui s’expriment chez vous vis-à-vis des aspirations pacifiques et démocratiques du peuple catalan. Une solidarité que j’éprouve moi-même à l’égard de vos combats. C’est là, me semble-t-il, le signe d’une amitié solide et durable qui ne pourra que se renforcer à mesure que la Catalogne cheminera vers son destin. Car, comme l’a écrit un jour Gaston Miron, l’un de vos brillants poètes, « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver, […] il n’est pas question de laisser tomber nos espérances ».

Carles Puigdemont i Casamajó, 130e président de la Catalogne

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