OPINION
21/06/2019 06:00 EDT | Actualisé 21/06/2019 15:00 EDT

Le cannabis, alors c'est légal ou pas...?

Le gouvernement du Québec doit absolument adopter des règlements qui s’appliqueront à tous les espaces publics, les municipalités, les parcs et les évènements d’une façon uniforme parce que c’est le capharnaüm le plus complet.

Holysoul Naina / EyeEm via Getty Images
Il me semble qu’il était plus facile de consommer du cannabis avant la légalisation: nous savions que c’était illégal et ne nous posions pas de question. Mais là...

Je peux ou je ne peux pas... version provinciale 

L’hiver dernier, lors d’une belle fin de semaine où il n’avait pas trop plu les jours précédents, et avant les inondations… Je suis avec quelques amis et nous décidons d’aller faire une excursion en raquettes au parc d’Oka (SEPAC).

Magnifique journée, mésanges qui viennent manger dans la main, promenade sur le bord de la grève et petite pause dans un endroit isolé. La chose étant devenue légale, nous décidons que c’est l’endroit idéal pour partager un joint. Mais soudain, un problème existentialiste surgit à ce moment.  

Ai-je le droit de fumer ici? Heuuuu… Nous avons pris soin de nous éloigner, afin de n’importuner personne, mais… nous sommes dans un parc provincial, est-ce légal? Gros doute… Mais vous pourrez facilement imaginer ce que nous avons décidé. Après vérification, c’était légal, mais pas légal.

En effet, à Oka, il a été décidé que l’on pouvait fumer sur les terrains de camping, mais pas dans les autres endroits. Et nous sommes sur la plage, isolés certes, mais sur la plage (au mois de janvier…), et pas sur le terrain de camping, quelle infamie! ILLÉGAL!

Par contre, je dois préciser que les restrictions qui s’appliquent au cannabis semblent être les mêmes que celles pour la cigarette dans les parcs de la SEPAQ.

Je peux ou je ne peux pas... version Laval

Le lendemain, nous reprenons l’initiative de la veille et allons faire une autre randonnée. Cette fois, nous nous retrouvons dans un magnifique boisé de Laval. Charmant sentier, nous suivons les traces d’un castor qui a coupé un arbre d’un bon diamètre un peu plus tôt.

Nous nous retrouvons dans un magnifique paysage isolé et… même dilemme: pouvons-nous fumer un joint dans un boisé à Laval? C’est interdit dans les parcs, mais un boisé? Autre moment d’affreux doute qui nous envahit et… D’accord, j’exagère un peu, mais cela n’empêche pas que nous nous sommes posé la question jusqu’à ce que nous obtenions l’information.

Selon un communiqué de «règlements et permis», mis à jour le 15 octobre 2018, à Laval «il est interdit de fumer ou de vapoter du cannabis dans tous les parcs, espaces verts, boisés et berges sur le territoire lavallois. Il en sera de même pour les grands espaces extérieurs, tels le Centre de la nature et la Maison des arts».

Au début de l’année, la ville de Laval réitère sa position dans son communiqué dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi no 157 et demande encore plus d’autonomie. Par contre, après vérification auprès de la police de Laval, on m’a confirmé que le service de police appliquait les règlements mis en application par le gouvernement provincial et qu’ils appliquaient les mêmes règlements que ceux concernant la cigarette.

Cependant, les propriétaires de logement, comme partout ailleurs au Québec, peuvent maintenant interdire la consommation de cannabis dans leurs immeubles.

Je peux ou je ne peux pas... version Montréal

De retour à Montréal, un ami me faisait part de la clause ajoutée sur son bail par son propriétaire. Il sera désormais interdit de consommer du cannabis dans son appartement. La cigarette est permise, mais pas le cannabis.

La seule chose que la légalisation a donnée, dans son cas, c’est que désormais son propriétaire peut carrément contrôler la vie de son locataire et décider pour lui de ce qui est acceptable ou pas.

La cigarette est acceptable, mais pas le cannabis! Pourquoi? Parce que l’odeur de la fumée résiduelle du cannabis sent mauvais? Et l’odeur de la cigarette? Ça sent bon, peut-être? J’aperçois de plus en plus d’individus qui veillent sur le balcon joint ou cigarette à la main, été comme hiver. C’est presque une norme établie chez de nombreux individus.

Et maintenant, les maires et mairesses d’arrondissement veulent aussi leur propre règlementation. 

C’est la confusion la plus totale. Il me semble qu’il était plus facile de consommer du cannabis avant la légalisation. Nous savions tous que c’était illégal.

Le problème était simple et nous ne nous posions pas de question. C’était illégal partout et cela ne nous a jamais empêchés de fumer. Maintenant, il faut vérifier la législation concernant les villes, les arrondissements, les parcs, les endroits du parc où tu peux ou tu ne peux pas, les logements, le côté du trottoir, la direction du vent… Alouette!                         

Difficile équilibre entre un marché naissant très rentable et son encadrement 

Le marché du cannabis est tout récent et se développe à une vitesse fulgurante. La légalisation prochaine des produits dérivés et des produits comestibles va ouvrir d’autres avenues inimaginables. Rares sont ceux dans l’industrie pharmaceutique et des cosmétiques qui ne font pas des recherches intensives sur le cannabis depuis sa légalité.

Nous découvrons régulièrement de nouvelles vertus thérapeutiques au cannabis. Le Canada est un leader mondial dans ce marché et le Québec pourrait en profiter avantageusement.

C’est une industrie méconnue jusqu’à présent et je comprends les craintes et les appréhensions de nos dirigeants devant ces nouveaux produits. Nous savons fort bien que la légalisation du produit n’augmente pas d’une façon significative la consommation à long terme.

Nous savons aussi que beaucoup des produits qui vont entrer sur le marché existaient déjà avant la légalisation et que l’usage modéré de ces substances n’a jamais tué personne. Il ne faut donc pas étouffer ce nouveau marché avec des lois trop restrictives ou qui diffèrent complètement d’un endroit à l’autre selon la bonne volonté des élus locaux.

Le gouvernement Legault aura-t-il l’audace de s’imposer comme législateur? 

Le cannabis devrait avoir un encadrement semblable à celui de la vente et de la consommation de l’alcool ou de la cigarette. Et que l’on arrête de me parler des effets par inhalation indirecte s’il vous plait. À moins que vous ayez passé la soirée dans une pièce fermée entouré de fumeur de cannabis, il est complètement impossible de ressentir les effets de la fumée indirecte.

Et j’ajouterais que vous avez dû y prendre du plaisir, parce que je connais pas mal d’amateurs qui consomment assez régulièrement et qui ne supporteraient pas une situation semblable. Selon moi, les cas d’inhalation indirecte sont plus souvent utilisés pour sauver des réputations de personnages publics, de jobs très bien rémunérées ou pour fournir des causes très payantes à des avocats qu’un fait réel.  

Je suis complètement d’accord pour que l’on protège notre jeunesse et que l’on accorde une attention particulière à la prévention chez les moins de 18 ans.

Je dis bien 18 ans, car légaliser à partir de 21 ans ne ferait qu’encourager un marché illégal et nuirait à la prévention chez les jeunes. C‘est jouer à l’autruche que de penser qu’un jeune ne peut pas se procurer du cannabis avant l’âge de 21 ans!

Le gouvernement du Québec doit absolument adopter des règlements qui s’appliqueront à tous les espaces publics, les municipalités, les parcs et les évènements d’une façon uniforme parce que c’est le capharnaüm le plus complet.

Le gouvernement Legault m’a surpris dans certains dossiers comme l’environnement. Aura-t-il l’audace de s’imposer comme législateur québécois et de mettre un peu d’ordre dans tout cela?

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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